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Takami Nakamoto, architecte de l’épure

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           Les newsletters de rentrée s’enchaînent, et pour le moment la pêche à la nouvelle perle est plutôt maigre. Ce ne sont pourtant pas les sorties événementialisées qui manquent en cette rentrée 2014 ; la rencontre inattendue (et réussie) de Gonzales et Boys Noize, l’excellent troisième album des Dø, la concrétisation de l’annonce du comeback des Pink Floyd, j’en passe et des (plus ou moins) meilleures… Bref, beaucoup de choses, plutôt sympa dans l’ensemble, mais rien de vraiment neuf à nous mettre sous la dent. Et puis voilà qu’un jour me tombe dessus la vidéo promo d’un Franco-japonais au nom absolument peu mémorisable, et jusque-là complètement inconnu au bataillon. Petite réticence au début, mais la vidéo est là, proprement réalisée, plutôt bien foutue, et en tout cas suffisamment convaincante pour me donner envie de creuser un peu sur cet artiste et son premier EP, Opacity (sortie prévue le 3 novembre).

     Pour bien comprendre Opacity, il est utile de se replonger un tout petit peu dans le parcours de Nakamoto, artiste complet et, il faut le dire, assez talentueux. Entre plasticien et musicien, difficile de trancher clairement pour définir le bonhomme ; architecte de formation, Nakamoto s’est tout d’abord fait connaître dans le monde des performances audiovisuelles avec le studio Nonotak, qu’il a cofondé avec Noemi Schipfer (elle-même illustratrice et graphic designer). Si les activités du binôme sont assez diverses, le cœur du projet reste ses performances audiovisuelles. Plusieurs installations sont ainsi montées un peu partout dans le monde (Tokyo, Paris, New-York, Istanbul…), consistant pour la plupart en des projections de lumière réfléchies sur des plaques de plexi (ou autres surfaces translucides) accompagnées de nappes sonores ; en résulte la construction de structures lumineuses et sonores dans lesquelles le public est entièrement immergé, le tout dans une esthétique minimaliste. Le concept est simple, pas forcément novateur, mais plutôt efficace.

[youtube www.youtube.com/watch?v=_vD2osW4LrU]

     Parcours en miroir à celui de Ryoji Ikeda (souhaitons-lui en tout cas le même succès), ce n’est qu’après avoir pu sérieusement toucher à l’électro à travers ces installations (et plus particulièrement Late Speculation) que Nakamoto se lance en solo, avec un EP en prolongement direct de son travail au sein de Nonotak. En plus de la justesse du travail musical (tout est à sa place, bien ciselé, propre), Nakamoto effectue un véritable travail de partition spatiale des sons, toujours dans la même optique : immerger entièrement son public dans l’oeuvre. C’est chose faite ici, et pour peu que l’on possède un bon casque (ou une excellente sono), Opacity parvient à transporter son public dans une sphère sonore tridimensionnelle (mention spéciale à Decay). Pas mal.

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     Bien au-delà de l’aspect purement musical, le projet comporte également une dimension plastique indéniable, non seulement à travers des visuels particulièrement soignés (une vidéo devrait être rendue publique dans les prochaines semaines), mais également au niveau de la conception même du projet. Le titre, bien évidemment, n’est pas anodin, et s’il ne semble a priori pas renvoyer directement aux morceaux (Ashes, Solstice, Decay, Plurial Mute et Transmitter Park), c’est qu’il désigne plus largement la progression esthétique de l’EP. Nakamoto établit ainsi une corrélation directe entre sonorités et teintes lumineuses ; Opacity est pensé comme un dégradé de sons, une certaine clarté sonore faisant progressivement place à une saturation et un assombrissement des morceaux, plongeant de fait le public dans une atmosphère sonore de plus en plus… opaque.
Alors oui, on peut parfois regretter un peu le manque de spontanéité du projet. Tout est réfléchi et maîtrisé, ce qui peut par moment dégager une certaine froideur qui laissera certainement une bonne partie du public sur le côté ; mais pour tous les autres, Opacity reste en tout cas une bien jolie découverte de cette rentrée 2014.


Ivan

Pour plus d’informations :
www.takaminakamoto.com/T-K-M-N-K-M-T
www.nonotak.com

Pour les intéressés :
Nonotak viendra présenter Late Speculation le 16 novembre lors du Transient Festival
(Paris)

Daydream V.2 sera exposée du 26 au 30 novembre dans le cadre du Prix Cube
(Issy-les-Moulineaux)

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