Birdpen ou la poésie des contrastes

Birdpen est un duo formé par Mike Bird et Dave Penney. Ces noms particulièrement imagés qui ont d’ailleurs servi d’inspiration pour le nom du groupe vous diront  peut-être quelque chose. Membres du groupe Archive, les deux amis ont lancé l’aventure Birdpen il y a déjà plus de douze ans. Leur musique, pleine de contrastes, de douceur et de mélancolie frappe par sa parfaite alliance entre musique et voix. Le Gorille a rencontré Mike et Dave, fiers de nous présenter leur nouvel album, In the Company of Imaginary Friends.

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Vous pourriez peut être commencer par nous parler du groupe et de la manière dont vous vous êtes rencontrés ?
Mike : Eh bien je suis Mike
Dave : Et je suis Dave. Nous faisons partie du groupe Birdpen. On s’est rencontrés il y a très très longtemps quand nous étions jeunes, libres et menions la belle vie. On a travaillé ensemble dans de nombreux groupes et projets au fil du temps. Le projet Birdpen a commencé il y a pas mal de temps, et en fait à la base on était plutôt orientés visuels. On faisait des visuels pour d’autres groupes et on voulait faire des vidéoclips pour des groupes. On s’est dit « maintenant on ferait mieux de faire de la musique, on est meilleurs à ça et c’est plus facile », donc oui, on s’est dit qu’on allait continuer à travailler ensemble, beaucoup expérimenter…

Vous avez sorti trois albums. Si vous deviez décrire votre travail en quelques mots, quels seraient ils ?
M: En deux mots ?
Non, juste quelques uns…
D: OK mais on peut le faire en deux mots : Doom Groove ! Haha c’est l’étiquette que nous avons créé pour nous même. La version longue de cette description pourrait donner ça : “être au bout du monde avec un sourire aux lèvres”.

Nous avons parlé avec d’autres artistes comme Portico qui ont l’habitude de s’inspirer d’autres oeuvres avant de créer leur album. Aviez vous des idées en tête ou des inspirations avant d’écrire le vôtre ?
M: On puise pas mal notre inspiration dans les films, les livres et tout, oui, mais pour cet album je pense que c’était surtout des reflets de… trucs qui se sont passés, de choses assez personnelles, il y a très longtemps. Et finalement c’est aussi sur les gens qui se sont perdus eux-mêmes… Je pense qu’on peut se perdre de manière très positive mais aussi de manière plutôt négative. Je pense que c’est quelque chose qui a eu un impact sur nous, et nous avons commencé à écrire là dessus, mais sans trop creuser. Ce n’était pas une réflexion personnelle mais plus ce concept de se perdre et de montrer à quel point ça peut être difficile de se retrouver.  Ce n’est pas quelque chose de facile, c’est un problème qui arrive à beaucoup de gens. C’est un problème très sérieux et je pense que parfois la pression pour  atteindre la perfection est trop forte. Je pense que les gens renferment beaucoup de choses, des démons et d’autres trucs, et la limite à franchir pour passer de l’autre côté est super fine. C’est un concept assez noir mais il y a de la lumière au bout. Il faut qu’il y en ait !

Donc il y a un thème !
M : Oui il y en a un. Pas pour toutes les chansons, tout n’est pas lié au thème, mais les fils se connectent.

Et visuellement, il y a un thème pour cet album ?
D : Le concept de l’album c’est de se perdre soi-même, donc c’est très tranché. Il y a toujours deux côtés, le bon et le mauvais, l’amour et la haine. Le concept est très simple. Tout est noir et blanc car il y a toujours deux points de vue.

On n’a pas encore parlé d’Archive. Donc… Peut-être pouvez-vous nous dire quelles sont les différences entre les deux groupes dans le processus d’écriture ?
: Quand on écrit pour Birdpen c’est juste Mike et moi et on va très vite, à l’instinct, et si ça ne marche pas dans les quarante-cinq minutes, on le sait.
: On est fort pour rejeter les choses si on sait que ça ne marchera pas.
: Quand on écrit pour Archive, je travaille en collaboration avec Darius et il doit penser à beaucoup plus de choses. La manière dont il compose et construit ses chansons. L’impact n’est pas différent, car les deux sont très significatifs et émotionnels, mais ses idées peuvent prendre beaucoup plus de temps parce qu’il pense à beaucoup de choses : quel élément peut aller dans telle partie ou telle autre.
: Je pense qu’on travaille beaucoup plus vite parce qu’on est que tous les deux.
: Oui et il y a moins de pression. La pression est plus forte sur Archive. Pour l’instant nous n’avons pas de pression, nous sommes très libres.

Dans vos chansons il y a de plus en plus de synthétiseurs et moins de guitare et on se demandait quelle était la prochaine étape.
:  On a travaillé sur le deuxième disque avec des vraies cordes et des vrais cuivres pour la première fois et c’était vraiment sympa. Mais cet album sera plus brut, un peu plus rapide et « fait maison ». Là encore, on n’avait pas vraiment de pression sur le son. Si ça marchait et que ça sonnait bien, alors ça nous allait.
D : Pour le prochain album, on se demande si on ne va pas devenir un groupe de cornemuse synthétisées (rires). Je crois que dans cet album on a synthétisé certaines des guitares…
M : Les gens vont repérer tout de suite qu’il y a des sons synthétiques et d’autres qui ne le sont pas. J’aime expérimenter sur ce genre de choses.

Est-ce qu’il y a quelque chose que vous vouliez faire ressortir dans cet album par rapport aux autres. Quelque chose que vous vouliez exprimer ?
M : Je ne pense pas, parce que nous ne sommes pas dans cet état d’esprit, mais pour celui là on s’est vraiment dit en toute honnêteté « on s’en fout ». On va le faire, on veut le faire nous même, encore une fois, on va le faire avec ce qu’on sait, avec ce qu’on a devant nous et donc on a emprunté des microphones vintage et d’autres trucs parce que ça nous aidait, et on l’a fait à la maison, en seulement quatre sessions d’inspiration pure et on a adoré et on ne s’est pas frappé la tête contre les murs. On a fait ça avec des horaires bien détendues (rires) et il n’y avait pas de stress, et c’était génial parce que le deuxième album nous avait bien stressés, c’était un cauchemar. C’était un super disque mais pour celui là on a juste pensé « faisons le rapidement et en prenant du plaisir ».

Et le fait d’avoir lancé une campagne de crowdfunding permet d’être beaucoup plus détendu, vous n’avez pas à rendre des comptes au label.
: Oui mais ça apporte quand même une certaine pression. Ça pourrait échouer, tu pourrais ne pas réussir à lever les fonds.
: Oui mais encore une fois c’était aussi parce que nous n’avons pas vraiment de label. Nous avons tout fait tous seuls et sous licence, ce que font certains groupes, et qui donne une liberté totale. Mais quand on a très peu d’argent, ça rend aussi le processus difficile car il faut de l’argent pour faire les choses. Donc on s’est dit que c’était le seul moyen. Nous ne l’avions jamais fait mais nous avions vu des projets réussir grâce à ça. On l’a fait avec Archive, ça a marché. On connaissait d’autres groupes qui avaient réussi des campagnes donc on s’est dit que les fans aimeraient ça. Je pense que ça a très bien marché.
: Oui, on a rempli notre objectif à 150%
: Et encore une fois on doit ça à nos fans qui nous ont aidé à le faire. Grâce à ça nous avons maintenant quelque chose de décent à sortir et tout est fait maison.

Fait maison, en effet, comment vous avez réussi à tout faire vous mêmes ?
: C’était un cauchemar.
: Il faut toujours alterner entre deux modes très différents : être un musicien et travailler en son nom en tant que musicien…
: Oui, nous travaillons maintenant avec d’autres personnes qui nous ont beaucoup aidé, parce que nous avons essayé de le faire avant et c’est vraiment stressant. Notre objectif principal est d’avoir le contrôle sur le côté créatif. C’est tout ce que nous intéresse. Il s’agit surtout après de trouver des personnes de confiance pour travailler avec nous. Ne pas faire ce qu’on ne veut pas faire. Donc oui, c’est très bien que nous ayons eu des gens pour nous aider.

Votre compte Twitter est bien alimenté aussi …
(rires) : C’est très important d’interagir de la bonne manière avec les gens.

 Avez-vous une routine ou tout est naturel, spontané?
D : Oui, bien sûr. J’ai pris une photo de Mike dans le train et en la regardant je me suis dit  « ah, elle est vraiment ennuyeuse cette photo ». Et comme lui m’a dit qu’elle faisait pitié, on a fini par mettre une photo de la gare à la place, en se disant que ça nous ressemblait davantage (rires).
: Ça doit être intéressant un minimum si on le poste.

Nous avons remarqué que vous utilisiez votre voix différemment, en chantant un ton plus élevé dans Safety in Numbers is Now Zero. Est-ce quelque chose que vous avez fait pour la chanson ou voulez-vous réellement changer votre voix?
: Je pense que ça n’était pas prévu mais c’est sympa. Ça donne une sorte de sensation de liberté. Certains fans détestent. La voix est un instrument vous savez. Vous ne voulez pas jouer les mêmes accords, il faut expérimenter. C’est ce qui s’est produit ici.

Allez-vous faire quelque chose de spécial pour les live du nouvel album?
: On a déjà joué quelques chansons du nouvel album en live et évidemment ça sonne un peu différent, c’est normal. Si on fait la même chose que l’album on s’ennuie. On a élargi quelques chansons et ajouté des arrangements.
M: Et puis ça donne une autre vie à la chanson, une fois qu’on commence à la jouer sur scène, elle se développe, et au bout de plusieurs concerts on n’a plus la même chanson…
: On a souvent cette réflexion de se dire « merde ! J’aurais dû la jouer comme ça dans l’album… » Mais c’est aussi ça l’avantage du live. Et c’est bien aussi de ne pas perdre trop de temps sur l’enregistrement, il y a des gens qui ne savent pas finaliser une chanson parce qu’ils veulent toujours l’améliorer…

Quand sont les prochains concerts ?
: On essaie d’en préparer pour cet automne.
: Oui, on va faire une tournée et l’album sort le 18 mai, puis le 1er Juin, nous allons mettre en vente une édition limitée au format vinyle.

Quel effet ça fait de jouer en live au Mont Blanc ? [ndlr : avec Archive]
(rires) : On n’est pas vraiment montés tout en haut ; mais ils ont voulu me faire jouer quelques chansons sur le Dôme du Goûter mais je leur ai dit qu’il n’y avait pas moyen. J’avais déjà suffisamment peur pour ma vie d’être là-haut… Mais c’était super de faire le concert à la fin et de réunir l’argent pour la bonne cause. Et en plus de ça c’était vraiment un bon concert. Je suis vraiment content que ça ait pu être filmé, le son était excellent, et ça faisait aussi du bien d’être redescendu pour rejoindre nos amis… Mais du coup ce concert était pour Archive, même si on avait fait de la promo via Birdpen.

Y a-t-il un concert que vous avez joué en tant que Birdpen qui vous a marqué?
: Hmmm … Nous avons fait pas mal de concerts très différents… Je ne sais pas, l’avantage de Birdpen c’est de faire de petits concerts assez proches du public.
: La première fois que nous avons joué à Berlin, au début de l’année dernière, on était dans un petit club mais toutes les entrées avaient été vendues et c’était vraiment incroyable d’aller quelque part comme ça pour la première fois et avoir cette réaction du public.
: Lorsque nous avons joué à Berne, qui est le dernier concert que nous avons joué, toutes les entrées avaient aussi été vendues. Nous avons joué dans des endroits où il n’y avait que trente personnes et puis dans d’autres où toutes les places avaient été vendues. On fait d’énormes concerts avec Archive et de petits concerts avec Birdpen. Ça nous permet d’être proches du public comme ça aussi. On a fait tellement de concerts… On a joué dans une grotte du 18ème siècle en Suisse une fois, c’était assez amusant.
: Une voûte médiévale dans notre ville natale aussi…
: C’était pourri (rires)

Quelle est votre chanson préférée à jouer en live?
: C’est difficile de répondre à cette question.
: Ça varie beaucoup. Safety in Numbers is now Zero je pense en ce moment.
: Et Like a Mountain aussi.

Y a-t-il une question que vous voulez que les gens vous posent?
: « Voulez-vous de l’argent ? » Ouais ! Bien sûr ! C’est un oui à chaque fois pour cette question ! Non, sinon je ne pense pas qu’on devrait vouloir qu’on nous pose certaines questions. Ça fait prétentieux.
: Quelle question voulez-vous nous poser, mais vous n’osez pas poser ?

J’ai toujours la sensation que les artistes solo provenant d’autres groupes ne veulent pas parler de leurs autres groupes, alors je me demandais quelle était votre position sur Archive ?
: Je pense que ça n’est pas gênant. Je pense que tant que l’interview ne tourne pas uniquement autour d’Archive, ça fait partie de ce que j’ai fait pendant les dix-onze dernières années. C’est normal de poser des questions dessus, et je pense que je serais juste un peu mal à l’aise si je faisais une interview pour Birdpen et que toutes les questions concernaient Archive. Je me dirais, « pourquoi vous ne planifiez pas une interview avec Archive plutôt ?”
: Mais d’habitude, ce ne sont que quelques questions et c’est en rapport avec ce que nous faisons, donc ça va.

Que pourrions-nous vous souhaiter pour l’année à venir ?
: Dix millions de ventes d’albums.
: Le record du plus grand nombre d’albums vendus
D : Ou bien dix ventes …

Comment allez-vous communiquer sur ce nouvel album ?
: Nous avons certaines choses en cours. En fait nous avons travaillé avec certaines personnes pour nous aider à promouvoir l’album parce que les artistes ne sont parfois pas très bon pour faire leur autopromotion. On peut faire beaucoup, mais ça n’est pas toujours suffisant, il s’agit de deux mondes très différents. Donc, nous allons faire quelques trucs interactifs, laisser certaines personnes remixer les chansons… On pense organiser un Q & A avec les fans, publier des vidéos, des trucs comme ça. On essaie vraiment de faire du mieux qu’on peut et d’en profiter. Equal Parts Hope and Dreads sera notre prochain single, donc nous allons bientôt publier une vidéo pour celui-ci.

Question bonus : Quel est votre note préférée?
(rires) : Pour le moment, fa.
D: Ca fait mal de jouer fa. Je ne suis pas vraiment bon avec cette note, mais je vais dire fa aussi.

 

Propos recueillis et traduits par Sabrina Eleb & Nathan Luyé
Crédit Photo: Rahi Bezvani

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