La pop enivrante de Rhum for Pauline

✘ UPDATE :

Leur date au Badaboum approchant à grands pas, on en profite pour vous présenter les deux groupes avec qui ils partageront l’affiche lors de cette soirée du 4 novembre.

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Si le line-up laisse présumer un concert résolument pop, c’est pour en souligner le renouveau à travers trois approches innovantes, voire expérimentales, mais surtout très prometteuses.

Après avoir quitté la Floride avec Rhum for Pauline, il n’est pas question de rentrer chez vous. Ce soir là, le quintette de Nat Jenkins & The Heartcaves sera votre guide direction l’Angleterre, et vous voyagerez au rythme de leur nouvel album Back to the Island qui sortira le 30 octobre. Ce groupe à l’accent très british – bien qu’il passe le plus clair de son temps à Paris – constitue sans doute la partie la plus rock du triptyque, alliant avec art groove et blues.

Avec Paon, on vous emmène à la découverte de la crème de la scène belge. Avec eux, on pourrait plutôt parler de voyage dans le temps, tant leur premier album sonne rétro. Pourtant, si l’on ressent aisément l’influence des 70’s, Paon surfe sur la vague tout à fait contemporaine de l’électro-pop, y rencontrant d’ailleurs des groupes comme MGMT.

Ce que vous risquez en vous rendant au Badaboum le 4 novembre, c’est de tomber sous le charme de trois chanteurs à la voix envoutante et au flow hypnotique, de ne pas pouvoir retenir vos pas de danse maladroits quand les premières notes de Turn Me On retentiront, et de lâcher une petite larme en vous abandonnant à la mélancolie mélodique de Rhum for Pauline ou de Paon.

On se voit là bas ! ♡

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Nous avons rencontré Romain et Emile de Rhum for Pauline, ce groupe qui, sans oublier ses origines nantaises, nous avait plongé dans une Floride onirique avec Miami. Aujourd’hui, cinq ans après la sortie de cet EP composite car débordant de créativité, le quintette part explorer de nouveaux territoires avec un premier album, Leaving Florida. Ce départ se fait non sans mélancolie, mais celle-ci est presque toujours sublimée par une certaine allégresse du rythme et des sonorités. Après une halte en Islande pour le sublime clip de Pan Peter, retrouvez les le 4 novembre en concert au Badaboum. C’est l’euphorie langoureuse, c’est le vertige des émotions, c’est le renouveau de la pop française, c’est Rhum For Pauline.

©Le Gorille

Emile (batterie) et Romain (chant)

Votre premier EP sorti il y a cinq ans s’appelait Miami, Miami que vous quittez aujourd’hui avec Leaving Florida, votre premier album. C’est en Islande qu’on vous retrouve dans le clip de Pan Peter. Qu’est ce que cela représente par rapport à votre musique, qu’est-ce qui a changé, qu’est-ce que vous quittez ?
Romain : C’est justement l’intérêt de ce nom, « Leaving Florida » : on quitte là où on en était quand on a commencé la musique il y a cinq ans. On n’avait même pas vingt berges, on jouait ensemble depuis un an, deux ans, on enquillait les chansons assez naturellement sans trop se poser de questions … Miami c’est une collection de sept titres pas très homogènes dans l’ensemble, parce qu’on avait cette insouciance de jeunes qui sortent du lycée. Mais cinq années sont passées et on s’est posé beaucoup de questions depuis. Aujourd’hui, on sort notre premier album, alors qu’on existe depuis 2008. Beaucoup de choses ont changé, tant au niveau musical que personnel et Leaving Florida c’est une manière assez tendre de dire au revoir à cet état un peu naïf de nos débuts.
Emile : Pour nous, ces lieux ne représentent pas quelque chose de réaliste. La Floride, on n’y a jamais mis les pieds. Ce qu’on décrit, s’en est une vision fantasmée, c’est le voyage qu’on fait dans notre tête. Et c’est là l’intérêt : de ne pas y être allé. Ce qu’on veut c’est en livrer une version qu’on sait fausse mais qui nous est personnelle. Peut-être que ça n’a rien à voir avec la réalité mais c’est notre vision à nous d’une culture américaine presque rêvée. L’Islande c’est un peu la même chose, mais dans ce cas précis on nous a proposé ce clip là, tel quel, ce qui nous allait parfaitement.

On ressent beaucoup de nostalgie dans votre dernier album, de la mélancolie, mais c’est toujours accompagné d’une touche de peps, d’énergie, que ce soit dans votre musique ou dans votre visuel. Sur votre pochette, on voit un bus sur le départ mais l’ensemble est très coloré, il y a beaucoup de mouvement…
R : Oui c’est intimement mêlé à chaque fois. C’est principalement Emile et moi qui composons les morceaux. J’écris les paroles et Emile compose la musique. On est tout les deux très attachés à l’idée qu’on peut être triste à l’extrême et dans une certaine euphorie en même temps. On avait vraiment envie dans notre album de lier ces deux états, chose que la pochette illustre très bien.
E : C’est l’ambivalence qui est importante pour nous. La possibilité d’un lâcher prise quel que soit ton état d’esprit du moment. Bon effectivement c’est pas de la musique sur laquelle tu vas aller en boite de nuit le samedi soir, mais on veut vraiment illustrer l’ambivalence des sentiments, l’idée que la tristesse peut être très proche du bonheur et qu’on peut l’interpréter de plusieurs manières avec la même musique. Ça c’est vrai sur tout l’album mais ça s’arrête sur Pan Peter parce que c’est une chanson qui, musicalement, est glaçante. On voulait que l’album finisse sur une note un peu grave mais les dernières paroles c’est …
R : Que tu peux vieillir sans craindre le malheur : « you can grow old and fear no evil ».
C’est vraiment la clé de voute de l’album.

Vous venez de Nantes, est-ce qu’on peut considérer que c’est la Bretagne ?
R : Non c’est pas vraiment la Bretagne, on est plus près de la Vendée … Attention, tu risques de recevoir des menaces de mort rien que pour avoir posé cette question.

(La rédaction assume la responsabilité de cette question ainsi que ses potentielles conséquences, ndlr.)

Est-ce qu’on pourrait dire qu’il y a un parallèle entre la péninsule de Floride et la péninsule Bretonne ? Est-ce que quitter Miami c’est quitter Nantes ?
E : Non ce n’est pas trop notre but, on est bien chez nous, je doute qu’ils soient aussi bien en Floride d’ailleurs, avec le botox … (rires) Mais bien essayé ! Et puis, si on allait aux EU on n’irait pas forcément en Floride, plutôt en Californie. La Floride a un peu cette image désuète, surfaite, le paradis des vieux avec ses plages urbaines très étranges …

Du coup c’est quoi votre prochaine destination ?
E : En fait on espère pouvoir voyager avec notre musique, et on bouge déjà beaucoup d’ailleurs. Mais quand on revient à Nantes on est bien.
R : Musicalement on est en train de partir ailleurs, on a déjà avancé énormément sur plein de nouvelles choses, mais on en reparlera plus tard !

Vous faites aussi des Dj Set, comme ce soir au Motel x Bar (jeudi 8 octobre ndlr.). Qu’est-ce qu’on pourra y entendre ?
: Probablement pas mal de disco, de l’électro, du rap, de l’afro, du r’n’b, peut-être du rock …

En parlant de rock, est-ce que vous aimez les Smith ? Ta voix (Romain, ndlr) fait parfois penser à celle de Morrissey, notamment dans No Hugs.
: (rires) C’est génial, c’est très drôle … Pour être honnête c’est un groupe que je ne suis pas loin d’avoir détesté et ça pendant très longtemps. Et puis je me suis dit que c’était quand même une espèce de parangon de la musique pop et je me suis un peu forcé … à partir du moment où t’y prends goût c’est fini.
: Pour te révéler un détail – parce que c’est pas innocent que ce soit No Hugs – en studio quand on a enregistré cette chanson, on n’arrivait pas à faire sonner la guitare comme on voulait et c’est Antonin qui a dit « dans les Smith ils ont un truc c’est qu’ils doublent tous les refrains avec une guitare acoustique » et en fait c’est ce qu’on a fait. C’est marrant parce qu’effectivement du coup peut être que la voix de Romain en est influencée.
: Morrissey a un don pour faire des lignes de chant en montagne russe, je pense qu’il n’y a que lui qui sait faire des trucs pareils et ce qui est intéressant c’est que No Hugs a une partie de chant qui a été extrêmement ciselée, pas du tout dans la spontanéité, c’était un vrai travail d’orfèvre. Et c’est vrai que comme chez Morrissey, même si c’est pas pareil parce que lui a vraiment un don je pense, la voix ne retombe jamais là où on l’attend.

Donc vous écoutez pas mal de rock, mais aussi du r’n’b, du rap, de la soul … Pourquoi vous être tourné vers la pop et comment est-ce que finalement on arrive à retrouver toutes ces influences dans votre musique ?
E : En fait ça fait sept ans qu’on existe et on ne sort notre premier album que maintenant. La raison de ça c’est qu’on écoute tellement de choses différentes au sein du groupe, qu’on a mis énormément de temps à trouver notre identité musicale. La pop c’est ce qu’on fait naturellement, et à la base on ne s’entendait sur rien musicalement, sauf sur nos chansons. C’était un peu le bordel.
R : on a vu la pop comme une espèce de fourre tout parce que c’est une musique à tiroirs dans laquelle on peut retrouver plein de choses.
: Pour moi la pop c’est même pas un style de musique. A la question qu’est-ce que vous faites comme musique on dit de la pop mais c’est beaucoup trop large. Ce qu’on voulait c’était faire quelque chose de cohérent à partir des goûts de chacun et c’est avec la « pop » qu’on s’en est sorti. On serait malheureux de devoir s’enfermer dans un style bien rangé. Avec cet album c’est la première fois que je serais capable d’écouter ce disque si ce n’est pas moi qui l’avait fait. C’est aussi parce qu’on a eu une très grande liberté en studio. Il y a des morceaux plus lents, plus longs ou beaucoup plus courts. On a laissé tomber le fait de faire des formats radio, ce n’est pas pour nous.
R : On a toujours voulu enregistrer les morceaux tels qu’on les jouait sur scène mais pour cet album on a vraiment voulu prendre le temps d’expérimenter des choses. On a la chance d’avoir notre propre studio et on a décidé d’en faire un réel laboratoire, de prendre le temps de se tromper, de revenir en arrière, et ça c’est un luxe. On a enregistré l’album en sept mois, aux côtés de Pégase.

Vous travaillez à ses côtés depuis vos débuts, il a remixé une de vos premières chansons, vous l’avez accompagné sur son dernier album, et c’est lui qui a mixé et produit le vôtre. Finalement il pourrait presque faire parti du groupe?
E : Alors Pégase, Raphael, je jouais avec lui dans Minitel Rose et il nous a signé sur Futur à nos débuts. Déjà il faut dire qu’il a cru en nous après un concert méga pourri … A la fin il était venu nous dire « les gars j’ai pris la taloche de ma vie ». Et c’était bien le seul dans la salle à penser ça. Après ça il nous a enregistré, mixé, au fur et à mesure. On a joué pour son projet solo et il a bossé sur notre album, il a joué au clavier avec nous pendant 6 mois et puis il est reparti composer son deuxième album. Ce qu’il nous a apporté c’est un label, un mec qui croit en nous depuis 6-7 ans, un certain savoir faire. De toutes façons avec lui on est en famille, cet album c’est un peu du fait-maison, bien fait, mais fait-maison et c’est un cadre dans lequel on peut être serein.

A un niveau plus personnel, est-ce que vous pourriez vous rappeler d’un premier souvenir marquant en musique ?
R : Sans vouloir tomber dans le mélodrame, ça me fait plaisir qu’on soit à Paris aujourd’hui parce que j’y ai grandi et je me souviens avoir écouté mes premières cassettes sur mon petit magnéto et dire à ma mère « quand je serai grand je serai chanteur ». C’est une promesse de tenue, c’est pas mal.
E : Moi ça doit être le moment où j’ai arrêté de jouer pour des groupes de gens plus vieux que moi qui m’avaient recruté parce que j’étais un petit bon à la batterie et que j’ai envoyé chier à l’adolescence en montant un groupe avec mes meilleurs potes qui n’avaient jamais appris à jouer de la musique. Je leur ai appris à se servir des instruments, on a monté un groupe pendant 2 ans et demi et puis on a fait une tournée. C’était cool. C’est la première fois que je me disais « putain ça, ça vaut le coup, c’est ça que j’ai envie de faire ».

Sur le dernier album vous avez pas mal expérimenté en studio, vous avez essayé de créer des nouvelles sonorités en utilisant des instruments qui sortent de l’ordinaire, voire en en inventant. Vous pouvez nous en parler ?
E : Sur Camera, on a fait des prises en faisant ça (il se frotte les mains), on a fait éclater des bulles en plastique – tu sais, dans les colis – on a utilisé des spray … on a essayé des petites choses comme ça. On a essayé de faire des prises de flute traversière sur un morceau mais ça marchait pas, ou encore de passer des batteries dans des cassettes … Il y a des morceaux que j’ai enregistrés en faisant passer la batterie à 10 points de vitesse au dessus, et l’idée c’était de passer dans une cassette, et de « dépitcher » la cassette pour revenir au bon tempo ce qui fait que le son était très grave, beaucoup plus hip hop, avec beaucoup de grain, beaucoup de souffle.
R : Ce qui est difficile à produire naturellement, sauf si tu « groove comme un malade » (rires)
E : On a bricolé des trucs quoi et ça nous a donné plein de nouvelles idées pour la suite.

Du coup, pour les faire un peu galérer, on leur a demandé de jouer Camera avec pour seuls instruments un tambourin et un bâton de pluie, et ils s’en sont très bien sorti :

Ne manquez surtout pas leur concert au Badaboum le 4 novembre 2015 (Billetterie)

Interview menée par Colombe Courau, Solène Trinquet et Alix Leridon

Photo ©Le Gorille

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