Georgio, un artiste avant tout

Son album s’intitule  Bleu Noir et pourtant sa musique se caractérise par une couleur bien singulière, celle d’un passionné qui a délaissé l’étiquette de jeune rappeur pour devenir un artiste accompli qui nous délivre un album puissant d’authenticité. Le Gorille a eu la chance de passer un beau moment avec cette graine de talent qui impressionne par sa franchise et son humilité. Portrait.

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Sincère dans son E.P À l’abrile jeune Georgio (22 ans) dévoile aujourd’hui son album Bleu Noir, un disque qui nous transporte dans un univers singulier, celui d’un homme plein de doutes, qui rappe, mais pas que. Nous avions découvert son rap incisif dans un excellent featuring avec Nekfeu, spontané et divertissant avec le titre Tu sais c’qui se passedans lequel le bon vieux VALD nous lâche un refrain à la cool et entraînant. Sans pour autant tourner la page radicalement, le projet qui sort aujourd’hui symbolise la maturité et la réflexion : petit rappeur deviendra grand.

Dans cet album, l’artiste chante, slame, déclame ses espoirs et dévoile ses peurs. « Les yeux pleins de sang, je recherche mon chemin d’croix », dans la chanson Les Anges déchus, les gens déçus, on le retrouve parcourant les inquiétudes d’un jeune qui, à la vingtaine, puise déjà toute sa force dans un passé lourd de sens et fort d’émotions. Ce projet se distingue par une singularité globale, les instrumentales sont à la fois purement classiques avec le boom bap du morceau 6 avril 1993 mais également des accents pop qui flirtent avec l’électro dans un morceau comme Malik. Quand on lui demande la place du rap dans tout ça, réponse franche : « Mais à la limite le rap je m’en fous, est ce que je suis un rappeur déjà ? L’idée c’est de faire ce que je veux et de proposer un album que j’ai bossé et que j’aime, pour les miens. » Alors qu’il nous a confié ne pas avoir écouté beaucoup de rap français en 2015, on ne peut que constater que cette mise en veille a abouti à un éveil musical assez impressionnant de détermination.

Artiste ambivalent, son album jongle entre pudeur du rap et intimité de l’homme. Déjà, dans le morceau – très touchant selon nous – Saleté de rap, Georgio disait se noyer dans “une rivière de doute”. Après une période de maturité, a-t-il fini par émerger ? Évidemment non : « J’arrête pas de réfléchir tout le temps, c’est fatiguant et c’est pas voulu, mais quand tu réfléchis tu te poses des questions et tu te retrouves avec davantage de doutes que de réponses ». C’est tout ce qui fait la poésie de cet album, des sentiments bruts et une écriture qui permet à la fois de se livrer tout en remettant continuellement en cause ses expériences. Cette authenticité est indéniablement à l’avantage de l’album qui suinte le réalisme, le vécu. Nous pouvons aisément dresser un parallèle avec la littérature et a fortiori avec le lyrisme tant l’usage continu du pronom “je” est intéressant ; mais ici ce n’est pas pour se mettre en avant personnellement, le rappeur se veut dans l’anti-égotrip. Oui, ce disque a une trame et c’est un véritable chemin initiatique que l’on démarre à l’écoute de ce bel ouvrage.

« La meilleure façon d’écouter Bleu Noir, c’est d’écouter les projets précédents et de suivre la progression. Il y a une suite et j’ai toujours ce besoin d’introduire mes proches, ce sont ceux avec qui je grandis et j’ai des choses à leur dire. Mon rap sert aussi à ça. » Salomé, Anissa, la figure maternelle, autant de personnages que l’on retrouve et qui témoignent de cette possibilité d’identification aux propos du rappeur. « À part pour Malik où c’est une histoire que l’on a retravaillé pour la chanson » l’album se veut épatant de vérité, à en devenir presque perturbant tant des morceaux comme Des mots durs sur des bouts de papiers peuvent toucher, à la manière d’un Abd Al Malik toujours dans l’intimité, jamais dans le voyeurisme.

Face à moi, j’ai un homme qui a la tête sur les épaules, qui reconnaît bien volontiers ses souffrances et ses besoins d’écriture pour s’auto-convaincre de sa capacité à avancer. Cela abouti à un titre comme Faut tenir, morceau où l’on perçoit la voix d’Oxmo Puccino, invité en studio pour enregistrer un sample -“Seul”- renvoyant évidemment au magnifique titre L’Enfant seul, qui a marqué plus d’une génération. Le grand Tonton du rap distille ses conseils au petit prodige, et c’est un moment émouvant que de voir Georgio, comme un gosse, nous parler avec le sourire de sa rencontre et de sa relation respectueuse à l’égard du maître Oxmo.

© Romain Rigal

© Romain Rigal

Si l’artiste en est là aujourd’hui, c’est grâce à internet et il le sait. Un public qui a su repérer et sentir le talent dès le début, des supporters qui ont partagé sans cesse les titres gratuits du fameux “Georgioxv3”, des mecs qui ont voté pour choisir quel morceau méritait un clip sur la mixtape Nouveau Souffle. Il est temps de leur rendre la pareille et cela est passé par la plateforme KissKissBankBank. 1800 contributeurs, un album qui se veut fait par et pour le public et en plus de ça, Georgio régale. « Mon public me donne la force quotidiennement, mon album c’est ma façon de leur rendre et de les encourager à mon tour, t’es là pour moi ben j’suis là pour toi ».

Avec un album pluriel par les influences mais unique par l’univers, Georgio promet d’apporter un vent de fraîcheur dans le rap français. Il participe activement à l’élargissement d’horizon musical que connaît le hip-hop en France ces derniers temps. Lors d’une longue conversation comme durant l’écoute de cet album transparaît un homme authentique qui n’a qu’un seul objectif au travers de sa musique : retranscrire ce qu’il est. Justement, ce qu’il est, nous on adore parce qu’indéniablement il ne fait ni du rap, ni de la variété, ni de la musique. Non, cet artiste fait du Georgio.

J.M

– Bleu Noir, sortie le 16.10, dispo sur iTunes 

En concert à Paris le 22 Janvier à La Cigale 

En tournée 

Merci à Laura et évidemment, merci au grand Georgio.

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