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Jain : à la découverte d’une pop chaleureuse et éclectique

La jeune Jain nous livrera le 6 novembre un premier album baptisé « Hope ». La surprise est au rendez-vous quand cette discrète brune qui a passé son enfance en Afrique interprète des chansons aux accents à la fois pop, hip-hop et soul. Et encore plein d’autres genres. Il nous faudrait du temps pour énumérer toutes les facettes de la musique de Jain, mais quoi qu’il arrive, cette dernière nous emmène avec elle dans un rituel musical presque chamanique au travers de ses rythmes marqués et joyeux.

Alors, on est partis à la rencontre de la pétillante Jeanne – de son vrai prénom – qui nous a livré ses secrets de fabrication avec une simplicité et une richesse peu communes pour une aussi jeune artiste. Et on a découvert une chanteuse aux multiples visages, à l’image de ses sons.

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De Toulouse à Abu Dhabi, en passant par le Congo et Dubaï… On peut dire que t’as pas mal voyagé et grandi dans plusieurs cultures différentes, et après avoir fait des études d’art qu’est ce que t’as amené à faire de la musique ?

Humm.. C’était surtout quand je suis arrivée au Congo. Pour commencer j’ai une famille qui écoute énormément de musique, et ça joue beaucoup. J’ai deux grandes soeurs qui ont fait dix ans de chorale et qui chantaient tout le temps à la maison. Quand je suis arrivée au Congo c’était en pleine période d’adolescence, et je me sentais un peu déracinée… J’avais envie de m’exprimer, donc j’ai du me réfugier dans la musique. C’est là que j’ai fait mes premières compos, à 16 ans.

Ta musique a de multiples facettes : entre pop aux beats électro, soul, rythmiques africaines (ta chanson Makeba rend hommage à la fameuse interprète sud-africaine Myriam Makeba), airs d’Amy Winehouse… C’est très hybride. Quelle serait ta plus grosse influence musicale – ou souvenir musical marquant – si tu devais en choisir une ?

Rires– Merci! Déjà c’était le but de ma musique, donc c’est cool. C’était ma mère qui m’a montré quelque chose quand j’étais au Congo, un live sur Youtube : « Try a Little Tenderness » d’Otis Reading, et là, j’ai prit ma claque. Je me suis dit : j’aime la soul! Ce qui est un peu étrange parce que cette chanson est assez rock finalement…

On ressent dans tes textes un très fort attachement à l’Afrique (dans la chanson en hommage à Makeba, tu parle d’une « brûlure noire » dans Come), également présent dans tes sons qui font parfois penser à des mélodies de rites… Qu’est ce que ça t’as apporté musicalement et humainement de vivre en Afrique ?

C’est vrai que ça m’a énormément apporté, surtout que ma mère est malgache en fait, et qu’on écoutait vraiment beaucoup de musique africaine à la maison… Comme Myriam Makeba : c’est de la musique super populaire en Afrique.
L’Afrique ça m’a marqué, parce que c’est là que j’ai fait mes premières compos, et on n’oublie jamais là où l’on a fait ses premières compos. Après mon déménagement au Congo, j’ai eu besoin d’exprimer ce que je voyais, chose qui n’était pas toujours facile. Du coup c’est là ou je suis née musicalement. Forcément j’en parle beaucoup, surtout que c’est mon premier album. Humainement, on n’a pas du tout les mêmes manières de vivre en Europe et en Afrique, surtout que là-bas la musique est omniprésente, tout le monde fait de la musique et est hyper doué en danse et en rythme (c’est pas un mensonge –rires-). On n’a pas non plus la même manière de faire la fête par la musique : ils vont pas boire des verres, eux, ils vont faire de la musique et parfois ça va partir en transe.

Cette forme de transe on la sent dans ta musique : on y trouve des choses assez léchées, assez propres, et on puis tout d’un coup on est emmenés vers quelque chose de l’ordre du rite, presque de la transe.

C’est ça qui est important, c’est de savoir comment gérer le rythme, c’est ce qui fait toute une chanson pour moi. J’ai commencé la musique par la batterie et les percussions, et avant même de chanter ou de faire de la guitare, quand je commence une chanson, je commence toujours par le rythme, c’est ce qui apporte de la richesse.

Tu écris tes paroles, tu joues tes instruments, tu composes tes mélodies. Comment tu fais ? C’est quoi ton secret de fabrication ? Y a t’il des moments où tu composes plus que d’autres ?

Il y a des moments où je sens que j’ai besoin de refaire de la musique, d’écrire un truc, après je fonctionne un peu comme un beat-maker : je commence souvent par l’instrumental, les percussions parce que c’est ça ma formation, et après voilà je rajoute au fur et à mesure les instruments. Et à la fin, je mets ma voix et les paroles! Enfin, avant je chante en yaourt pour avoir la mesure, c’est seulement après que je mets les mots.

On qualifie ta musique de plein de manières différentes, allant de la pop au reggae… Comment toi, tu qualifierais ta musique (si tu devais choisir un adjectif, pas forcément musical) ?

Ahh, c’est horrible ! Alors je dirais soit chaleureuse, soit éclectique.

Tu as fait des études d’art à Paris, du coup est ce qu’il y a d’autres formes d’art qui t’inspirent quand tu composes, comme des peintures, des sculptures, de la poésie… ?

Clairement, ouais! Comme j’ai fait des études d’art, j’étais plus intéressée d’abord par la peinture que la musique. Je suis pas mal intéressée par le Street art maintenant, avant c’était plus Pop Art, ou Basquiat. Là, je m’intéresse à nouveau au Street art parce que c’est très actuel, ça fait réfléchir sur ce qu’il se passe en ce moment.

C’est ta marque de fabrique, on a vu ton petit logo en graff devant le Bus et dans tes clips!

Rires– Justement, ce truc là de Street art c’est un truc que j’ai envie de pousser dans la musique parce que je pense que ça apporte une touche plus personnelle et que ça doit avoir sa place au sein du monde de l’art.

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En parlant d’art, sur scène et dans tes clips, tu t’appelle Jain et tu porte ta robe noire et blanche hyper simple, presque religieuse. Pourquoi avoir créé ce personnage de scène ?

Déjà ça m’intéressait de me créer un personnage, pas pour me protéger mais pour l’identification. Aujourd’hui, l’image c’est hyper important, quand on voit Christine and the Queens, Stromae… Il n’y a pas de secret! Il faut jouer sur ça et appuyer la chose. J’ai voulu prendre le contrepied de ma musique et faire un truc hyper sobre, classique, français… Pour créer un peu le contraste : j’aime bien arriver su scène avec ma petite robe, surtout quand c’était l’époque où personne ne me connaissait, d’un coup tu commences à rapper, et là y’a une surprise et c’est drôle de voir les gens réagir !

Ton nom de scène, Jain, désigne aussi une religion proche du chamanisme : une explication ?

Hahaha, non y’a pas de rapport ! Je cherchais juste un pseudo.

Pourquoi ton mini EP s’appelle Hope ?

Parce que je trouve ça assez représentatif de mes chansons, ça parle souvent d’un thème assez commun mais j’essaie d’apporter une touche d’espoir et d’optimisme. Et puis y’a une chanson de l’album qui s’appelle comme ça alors… –Rires

C’était comment les Solidays ? (Jain a joué aux Solidays le 27 juin dernier, quelques jours après la sortie de son EP, NDLR.)

C’était cool! C’était génial, mon meilleur souvenir de scène! Et puis c’était très émouvant, il y avait ma famille, ma grand-mère, etc. Et ce qui était vraiment super c’est que j’y suis beaucoup allée comme festivalière, et là, de pouvoir être de l’autre coté de la frontière c’était un truc assez incroyable.

Le 6 novembre, on va pouvoir découvrir ton album Zanaka qui veut dire enfant en malgache (sa mère est malgache, NDLR.), ça veut dire que ce n’est que le début d’une longue croissance ?

C’est exactement ça. C’est le premier, si j’ai la chance de pouvoir faire d’autres albums, et je n’ai pas envie de m’arrêter là!

Il nous réserve quoi cet album ?

Ca reste assez optimiste, y’a quelques ballades aussi, mais c’est toujours optimiste! Y’a pas mal de styles différents.

Bon, pour finir, si tu passes la barre des 27 ans, tu te vois où dans dix ans ?

Rires– Bon, dans dix ans… Je me vois encore faire de la musique mais pas forcément sur scène, j’aimerais bien essayer de produire un peu, d’écrire des chansons pour les autres. Le contact avec Yodelice m’a bien donné envie d’aider les autres aussi. Mais peut-être un peu plus tard, quand j’aurai quarante ans… Ca arrive vite dix ans, il faut profiter un peu!

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