Ici, Maintenant : un dimanche chez Pepe avec la RBMA

Loin des dimanches pluvieux post-soirée, et du blues du dimanche soir qui les accompagne, Le Gorille s’est offert un moment chez son Pepe. Oubliez les parties de scrabble et les tasses de thé, c’est bien de Pepe Bradock qu’il s’agit, et c’est au Badaboum le dimanche 25 octobre que la Red Bull Music Academy nous a fait remuer all night long. 

Mention spéciale au lieu choisi pour l’événement. Pour ceux qui ne connaissent pas, le Badaboum a quatre espaces différents : un bar à cocktails épuré, un espace d’inspiration marocaine avec grands canapés sur lesquels chiller et ambiance tamisée, le club avec ses néons géométriques au plafond, et l’appart, de loin notre préféré. Au bout d’un escalier customisé par le street-artist Tanc, se cache une garçonnière à la décoration 70s, avec fauteuil oeuf et console de jeu d’arcade. Clou du spectacle, les affiches de films érotiques de l’époque placardées au mur ont fini de nous convaincre.

Arrivés à 21h30, peu de monde sur place mais on prend le temps de se familiariser avec les différentes salles.

Par la suite dans le club, Kool Clap propose une électro dansante, facile d’accès et efficace pour lancer la soirée. Les gens remuent, une canette de Red Bull à la main, pas de doute, la RBMA est lancée.

Kool Clap

Kool Clap  © Jacob Khrist / Red Bull Content Pool

Joakim et Gilb’r prennent le relais avec un début de B2B aux accents psychés, et plongent le club dans une douce torpeur électronique. Un vilain problème technique vient interrompre ce joli duo, silence puis huées. Un incident que le duo efface en balançant une deuxième partie de set faite d’electro jovial et pétillant, auquel il est assez difficile de résister. On laisse les corps onduler, et nous partons à l’assaut de la secret room, dans laquelle Uncle O fait danser la petite foule que peut contenir la garçonnière 70s, qui accueillera également Chairman Mao et Borchi, qui a entre autres fait l’ouverture de la dernière édition du festival We Love Green en mai dernier, à l’occasion des 10 ans du label Because.

En regardant autour de nous, on se rend compte que la moyenne d’âge est plus élevée que la faune à laquelle les soirées électro parisiennes nous ont habituées. Des quadras fringuantes déambulent, l’une d’elles tente même une approche auprès de notre party reporter, en vain.

00h30. Le tant attendu Pepe Bradock, l’une des têtes d’affiche de cette soirée, entame un set plus profond, presque brutal, à l’opposé des beats résolument dansants de Just Blaze dans la garçonnière. Pepe nous offre une heure et demie d’un son terrien mais pas agressif, brut mais jamais froid, qui touche au bizarre, à l’étrange. Pour expliquer le phénomène, les mots de David Blot (journaliste, programmateur sur Radio Nova et instigateur des soirées Respect) sont explicites et justes : « Par facilité, on pourrait dire de la deep house loufoque, parce que tout, des pochettes aux titres, prêtent au rire ou au moins à la surprise, au jeu, à la malice, l’amusement ou la bizarrerie. Sauf que « loufoque » en musique, ça fait tout de suite grosse rigolade et bouffonnerie. Pas chez Bradock : c’est loufoque et drôle mais deep et pénétrant.* » Un Pepe en or, en somme.

Alexandre Berly, aka La Mverte, ouvre les hostilités. Un début de line-up légitime pour celui qui s’est vu diplômé de la Red Bull Music Academy, accédant ainsi à de prestigieuses scènes, à l’image de celle du Sonar à Barcelone en juin dernier.

Pendant ce temps là, dans la garçonnière, le DJ masqué Uncle O entame la fin de son set plutôt techno pour laisser place à monsieur Just Blaze. Pour ceux qui ne connaissent pas le personnage, il est l’un des beatmakers les plus influents des années 2000, et a notamment travaillé avec Jay-Z et Kanye West. Pour notre plus grand plaisir, son arrivée a radicalement changé l’ambiance. Intrus au milieu d’un line-up exclusivement réservé à la musique électronique, le producteur new-yorkais a passé en revue tous les samples désormais classiques qui ont marqué l’histoire du Hip-Hop. En passant de Gil Scott Heron à Roy Ayers, ou de Chic à James Brown, Just Blaze a incarné comme il se doit les fondements même de cette musique. L’appart s’est littéralement transformé en piste de danse où le laisser-aller était le maître mot.

D’ailleurs, mention spéciale à cette trentenaire, vêtue de quelque chose qui ressemblait à une robe de mariée, qui est entrée en transe sur du Ohio Players. Scotchés à la barrière, on retrouvait naturellement les amateurs de rap, se faisant signe quand ils reconnaissaient une des tracks. « Les vrais savent » comme dirait l’autre.

Un des exemples de la « signature » Just Blaze :

S’en suit la grande question existentielle de la soirée : qui sera l’invité surprise annoncé pour 1h30? Après un long moment d’attente où le public s’est progressivement amassé devant la scène du club, un pianiste s’avance et entame sur son synthé les notes d’un morceau bien connu. Arrive alors un groupe de choristes. A vrai dire pour une surprise c’est une suprise car il s’agit ni plus ni moins des Joubert Singers, le groupe à l’origine de Stay on the word, qui a été repris par Keedz en 2010. Immédiatement, le public commence à se déhancher et à reprendre les paroles, ce qui plonge la salle dans une ambiance plus que conviviale. Pendant plus de quinze minutes, le groupe joue son morceau phare. Arrive un moment où cela paraît un peu long, même si la bonne humeur est toujours au rendez-vous. Toutefois, la surprise a eu l’effet escompté puisque la salle est désormais bien chaude pour accueillir monsieur Kevorkian.

Joubert Singers © Jacob Khrist / Red Bull Content Pool

Joubert Singers  © Jacob Khrist / Red Bull Content Pool

Personnage incontournable depuis les années 80, ce français exilé à New York peut se targuer d’être éclectique, puisqu’il a entre autres collaboré aussi bien avec Kraftwerk que Depeche Mode. Son set était attendu, mais n’a pas tenu toutes ses promesses. On venait pour l’entendre, pas pour en écouter d’autres. Aussi quand ce sexagénaire a passé du Disclosure, on était forcément un peu déçu. Sans rancune, mais un léger regret tout de même.

Joli coup donc pour cette première soirée de la 17ème édition de la RBMA à Paris, très bon choix de lieu, avec un staff plus que sympathique, du son de qualité face auquel il est impossible de rester immobile, cette soirée Ici, Maintenant nous a convaincu : « Sunday is the new Friday ».

Jane Capeyron, Antoine Lalande

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