Sonic A/Vantgarde @ La Gaîté Lyrique – Live Report

Mercredi dernier à 19h, la RBMA lançait sa soirée Sonic A/Vantgarde à la Gaîté Lyrique. Jeu de mots un peu foireux mais qui pose bien les bases de la soirée : cinq lives électro « d’artistes avant-gardistes » (description officielle) dans la grande salle 360 de la Gaîté, pour plonger le public dans un spectacle immersif son et vidéo.

La soirée commence tôt, bien trop tôt, ce qui fait qu’on arrive seulement à la fin du live de noahs heark (qui participe cette année à la RBMA) ; de ce qu’on a pu en voir c’était plutôt bien fait, assez entraînant mais rien d’exceptionnel, à l’image des visuels, lignes ou cercles blancs sur fond noir qui accompagnaient la musique sans apporter de réelle valeur ajoutée. C’est joli, mais c’est tout, pas de quoi regretter le retard.

Petite pause bar en attendant le deuxième live, puis on y retourne : au tour d’Inga Copeland. Le crâne rasé, un sac à dos trois fois trop grand pour elle sur les épaules, elle s’installe sur la scène. Changement d’ambiance total. Les écrans noirs de noahs heark cèdent la place à des cases de la version anglaise du Monopoly. Elle commence, et nous transporte avec elle.

Un set de Copeland, c’est une déambulation dans les rues de Londres en soirée, où s’enchaînent les ambiances sonores : un piano-jazz, les klaxons des voitures, un club électro, l’alcool qui monte, les sons qui se brouillent … Le tout accompagné par le pion godasse du Monopoly qui fait le tour du plateau, inlassablement, martelé par le beat cardiaque de la musique. La chaussure commence tout doucement à tituber, puis à se dédoubler ; des maisons et des hôtels s’entassent, les chaussures aussi, tout se mélange, le plateau prend feu et la chaussure finit en taule, le tout dans une ambiance apocalyptique. Le set se finit, on comprend enfin le nom de la soirée. Seul petit regret : comme souvent dans les concerts de musiques électroniques, une bonne partie du public n’était là que pour se défoncer sur des bonnes basses, du coup dès que Copeland rompait les rythmes, ou lançait des ambiances un peu inhabituelles, le son était bien souvent couvert par le bruit des conversations. Dommage dommage.

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Les lumières se rallument, fin de la traversée londonienne. On en profite pour découvrir un peu la salle et sa faune. Tous ceux qui ne sont pas encore allés à une soirée de la RBMA, rattrapez-vous vite : au-delà de la musique, les soirées RBMA c’est aussi le rassemblement de types tous plus stylés les uns que les autres. Bon, bien sûr, comme dans chaque soirée électro on retrouve nos petits parisiens lookés bien proprets, moustachette ou grosse beubar oblige. Mais à côté de ça on trouve des mecs de tous les âges et de tous les coins ; ça parle français, anglais, espagnol, russe, petit gars de 16 piges ou madame de 50 balais, sapés en tailleur/brushing ou en Kappa/leggings, tous réunis pour kiffer la même soirée. Mélange démographique assez improbable, mais qui fonctionne étrangement très bien.

Les lumières s’éteignent, Lauren Halo se prépare, on y retourne.

Halo, c’est un peu tout l’inverse de Copeland. Le taf est bien fait, super propre ; rythmes technos qui s’enchaînent, visuels hyper léchés qui viennent accompagner les beats efficaces. Halo enchaîne les coups de pinceaux rythmiques qui portent parfaitement la transe générale qui s’est emparée de la salle. Rien à dire, c’est bien foutu … Mais c’est peut-être ça le problème. Un live comme ça, ça aurait été génial à 3h du mat dans une soirée techno où tu veux vibrer en écoutant du super son. Là, on nous promettait une soirée d’avant-garde de l’électro ; le contrat n’est pas vraiment tenu. C’est bien, mais c’est pas très original. Si la petite Copeland était parfois approximative, parfois un peu désagréable avec ses transitions déstabilisantes, elle cherchait au moins à produire quelque chose d’un peu neuf. Avec Halo rien de tout ça, c’est admirablement exécuté, mais c’est du déjà-vu. On finit ce troisième live avec un arrière-goût assez étrange, partagé entre la satisfaction et la frustration de ce qu’on vient de voir.

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La salle commence tout doucement à se remplir pour le live de Vessel. Le type arrive et lance la sauce ; on est de retour pile poil dans le thème de la soirée. Pas de complaisance rythmique démago pour plaire à son public, le gars nous attaque direct avec une noise bien agressive. Au bout de cinq minutes il s’arrache le t-shirt ; le ton est donné, c’est parti pour une bonne petite fête d’ultra-violence. Sommet incontestable de la soirée, Vessel enchaîne les sons et les rythmes, part dans une indus crade en nous plongeant dans un univers SM douloureux et jouissif ; le set est fluide, envoûtant, le tout sur un fond en N&B oppressant, gros plan sur le visage d’une femme qui visiblement n’est pas au top de sa forme. On arrive à la fin du live sans avoir vu l’heure filer, chapeau l’artiste. Dernière pause avant Mondkopf, on reste dans la salle pour éviter de se retrouver collé à la régie faute de place. Le bonhomme arrive accompagné de son guitariste, tout le monde se lève, c’est parti.

Après avoir entendu parler depuis un petit bout de temps de Paul Regimbeau (Mondkopf) et après avoir écouté l’album de son très bon side project, Extreme Precautions, c’était la première fois que je voyais le garçon en live. Ça commence, ça décolle assez fort : guitares puissantes et cris transperçants, Paul et son copain embarquent toute la salle … Et tout s’effondre au bout d’un quart d’heure. Je ne sais pas si c’était la platitude prétentieuse de visuels pseudo-arti choisis pour le live (un ruisseau, de l’herbe, des branchages, un volcan dans la brume …), ou la perf un peu autistique des deux gars qui étaient déchaînés sur la scène alors que la salle commençait à se refroidir, mais un truc n’a pas fonctionné. Pour être tout à fait honnête, c’était même parfois carrément désagréable, les deux mecs nous assommant non-stop avec leur beat agressif à des moments où une petite respiration aurait été bien venue. De temps en temps ça redémarrait un peu, on espérait que c’était juste une phase de dépression de quelques minutes, mais ça retombait systématiquement à plat. Annoncé comme le clou de la soirée, le dernier live s’est transformé en une heure un peu longuette où tu te forces à hocher la tête gentiment pour faire comme tout le monde, mais où tu tires la gueule parce que tu trouves ça carrément perrave.

Une bien jolie déception pour finir, en somme, mais qui ne parviendra quand même pas à ternir le bilan général de la soirée, remarquablement porté par deux figures opposées : la subtilité et l’audace de la très discrète Copeland, ainsi que la puissance et la violence d’un Vessel atomique. On aurait aimé en avoir plus, mais c’était déjà très bien comme ça.

© Jacob Khrist / Red Bull Content Pool

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