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Garbage, the queerest of the queer

Ils étaient samedi à Paris dans le cadre de leur tournée « 20 years Queer ». Garbage, groupe marquant de la pop culture de la fin des années 90 et tristement oublié aujourd’hui, a enflammé la scène du Zénith pour fêter les 20 ans de son premier album. 

Garbage c’est le projet musical de Butch Vig, producteur de Nervemind de Nirvana. C’est le groupe qui se cache derrière la  fameuse BO du 19ème James Bond « The World is not enough ». Mélange de rock alternatif, du grunge, d’électro, d‘angst pop, c’est cette créature musicale hybride qui s’incarne en la personne de Shirley Manson, femme fatale aux cheveux flamboyants et à la voix enivrante.

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Leur premier album éponyme sort en 1995 et marque la pop culture de la fin de la décennie. En se vendant à plus de 6 millions d’exemplaires, il ouvre en trombe « l’ère Garbage » et consacre les essais musicaux de ses compositeurs, attachés à mélanger musique pop et rock sombre, tonalités électroniques, loops, samples et distorsions. La cover de l’album représente parfaitement l’alliance de ces deux ambiances, mix de plumes roses et  de graffitis de garages.

C’est devant le succès de leur premier single Vow en 1994 qu’ils décident de composer un album entier sur le même modèle. On se prend à chanter le refrain étonnamment entrainant au milieu de ces dissonances et de ces vagues sonores discordantes. Garbage dit s’inspirer d’artistes variés tels que Blondie, Patti Smith ou My Bloody Valentine, on comprend pourquoi. Le groupe se construit progressivement une identité sonore avec des titres tels que Only Happen When It Rains (énergisant, Milk (déchirant et magnifique), Stupid Girl (38ème dans les charts français de 1996), et surtout Queer (que l’on retrouve à l’épisode 3 de la première saison de Daria, s’il y a d’autres fans dans l’assistance). A la fois sensuel et écorché, ce titre aux paroles pleines d’ambiguïté s’est imposé comme la « marque de fabrique » de Garbage, non seulement parce qu’il est représentatif de leurs expérimentations sonores, mais surtout parce qu’il a marqué l’implication du groupe dans le mouvement LGBT.

Samedi dernier Garbage a livré un show incroyable. Les fans présents attendaient ce concert depuis toujours sans vraiment y croire et l’espérer. La moyenne d’âge est assez élevée, beaucoup étaient déjà présents à leur première tournée il y a 20 ans. D’autres n’étaient pas assez âgés (ou même…encore nés) à l’époque. Un point commun : l’excitation au maximum. Shirley Manson, toujours aussi belle et charismatique, nous remercie d’avoir participé à ces 20 années de carrière, de les avoir rencontrés sur un album, une chanson, un mot. Elle apparaît extrêmement émue, mais pas question de nostalgie, ce soir, « we celebrate ».

Tous les sons sortis entre 1995 et 1996 sont interprétés avec une énergie débordante. On retrouve les B-Sides qui manquent souvent aux tournées traditionnelles : Trip My Wire est une merveille subtilement dissonante qui rappelle la grande PJ Harvey. Une parfaite mise en corps de leur première année nous est offerte pendant près de deux heures. Après avoir joué les vingt chansons qui ont lancé leur carrière, Shirley annonce qu’elle ne peut terminer ce concert sans jouer Cherry Lips (Go Baby Go) qu’elle considère comme leur « goodbye song ». Cherry Lips est tirée de l’album beautifulgarbage de 2001 et est une des chansons les plus queer du groupe. Shirley conclue d’ailleurs son discours en affichant son soutien à la communauté LGBT et en saluant l’avancée de leurs droits dans le monde. Un seul mot d’ordre au terme de ces intenses retrouvailles : « Keep fighting ». Garbage est, toujours et indéniablement, 20 ans plus tard, the queerest of the queer.

Clémence Métivier

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