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Quand la musique est bonne

Réaction n,f : Courant de pensée qui est opposé à l’innovation et qui souhaiterait voir rétablir les anciennes institutions.

Ne serions nous pas un peu réactionnaires en musique?

Il faut constater quelques récurrences au sein du monde de la musique : « le rap c’était mieux avant », pour faire de l’électro, on mixe sur des vinyles, la meilleure house reste quand même celle de Détroit, datant des années 90, sans parler d’une culture de la nostalgie. La « daube » commerciale à laquelle avaient droit nos parents était plus sympathique que la nôtre qui est, disons le, inécoutable. Au moins, Indochine c’était drôle, les Démons de minuit fédèrent toujours avant l’aube, et Cloclo restera éternellement dans nos coeurs.

Sans même parler des « classiques » qu’on a vu naître à partir des années 60’s : The Beatles, The Rolling Stones, The Clash, Nirvana et plus tard Joy Division, Depeche Mode, Run DMC, Tupac, Ice Cube …
Alors c’est quoi l’histoire ?9934083_7035544_lz-2

Pourquoi opère-t-on à ce retour en arrière ? On à l’impression que la musique de notre époque est maudite, condamnée à rester sous le joug d’un héritage trop lourd à porter. Pourquoi, souvent, ce qui se vend, ou ce qui est qualifié de
« bonne » musique est référencé par l’ancien ?
La démarche peut aller loin : les DJ- producteurs possèdent des ordinateurs et plein d’autres machines probablement plus performantes que les galettes noires qu’ils s’évertuent à faire tourner durant leurs mix. Parfois, on en voit même travailler sur des cassettes, voire sur des disquettes.

Est-ce que dans le rap il est possible d’avancer sans une « credibility », posée comme caractéristique essentielle pour être reconnu dans le jeu par les rappeurs, à l’apogée de leur art dans les années 90 ? La fierté d’un rap français sera-t-elle toujours celle de NTM ? Sans même parler d’un changement de contexte : en effet, l’époque a changé. Avant, le rap était synonyme d’un engagement politique fort, se faisait la voix d’une révolte . Difficile de dire quelle est la révolte politique de Maitre Gim’s. Du coup, c’était mieux avant.

Mais la question primordiale est celle-ci : est-il encore possible de créer autre chose ? Est-il encore possible de se distinguer, ou encore d’avoir envie de se distinguer en musique ? Est-il encore possible de ne pas vouloir imiter les « anciens » ? Comme si les morts ou les vieux avaient toujours raison. Comme si notre génération manquait de cachet pour innover, créer la surprise et sortir des carcans imposés par les générations passées.

Il est nécessaire de s’inspirer de ce qui a été fait avant, d’avoir des fondations sur lesquelles s’appuyer. Mais le neuf a toujours manqué d’authenticité, et il en manquera toujours par essence. Ce n’est pourtant pas ce qui fait de lui quelque chose de creux, d’absent. Bien au contraire, que recherche-t-on dans l‘authenticité ? Le besoin de retrouver les premières sensations musicales, la première écoute, celle d’un autre temps, un temps antérieur. Comme si la musique « en conserve », qui est celle que l’on connait depuis qu’elle a été mise sur des supports largement diffusables (CD, K-7, MP3 …) n’était pas capable de produire ces sensations. Comme si après la découverte d’outils électroniques et les innovations qu’ils ont provoquées, créant ainsi des classiques, l’actualité serait forcément désuète. Comme si les artistes se voyaient contraints de produire un mauvais ersatz de créations déjà existantes.

Mais bien au contraire, pourquoi vouloir rester dans ces rails immuables tracés par les anciens, que ce soit en rock, en pop, en techno, en rap ? Car les exemples ne manquent jamais : « tiens, on dirait du New Order », « c’est marrant, ça fait penser à du … ».

Peut-être qu’il est temps de se faire confiance et de créer les nouveaux classiques. De créer la surprise. De garder les bons conseils des anciens, comme ceux d’une bonne grand-mère, et d’aller de l’avant. D’exploiter nos nouveaux outils et leurs capacités au maximum, et de créer la surprise.
Milan Kundera disait déjà : « Aujourd’hui on peut faire de la musique avec des ordinateurs, mais l’ordinateur a toujours existé dans la tête des compositeurs.»

Parce que c’est peut-être ça qu’on recherche en se tournant désespérément vers l’apogée musicale d’une autre époque : la surprise de la première écoute.

Alors plutôt que de tenter vainement de faire revivre cette première écoute, ce premier émoi musical, qui n’est plus, peut-être est-il temps de le faire exister à nouveau. Peut-être est-il temps de sortir de la répétition morbide de modèles anciens, pour créer du neuf.

Et peut-être que ce neuf manquera d’authenticité, mais c’est bien en recréant les premiers émois musicaux au sein de nos âmes que le neuf trouvera son empreinte et se fera alors classique.

Enfin, c’est une belle leçon que nous donne Tal dans son tube « Le passé » :

« Et le passé, le passé
Envolé, le passé
Traverser, traverser,
Éviter tout ces orages
Et le passé, le passé
Envolé, le passé
Avancer,
Pour trouver en moi,
Tous les courages »

Tal

Maud Cloix

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