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Paradis, création Transcendantale

Ctransmusicaleshaque année depuis 1997 est présentée aux Rencontres Trans Musicales une « création » en coproduction avec le théâtre de l’Aire Libre. Yann TiersenStromae ou Jeanne Added, pour ne citer qu’eux, y ont présenté leur nouveau spectacle. L’artiste en création bénéficie d’une résidence de plusieurs jours suite à quoi cinq représentations sont prévues.

Le théâtre de l’Aire Libre est un endroit singulier, proche de l’aéroport et du parc des expositions. « Cet écrin de 250 places, chaleureux et confortable, est un bel endroit, idéal pour présenter un spectacle inédit », nous confie Béatrice Macé, fondatrice des Rencontres Trans Musicales de Rennes. En tant que chef d’établissement, le théâtre s’occupe de la billetterie. Les Trans apportent ensuite un fond financier,  de l’argent, mais aussi un tremplin médiatique, loin d’être exhaustif. Ce travail de communication et d’entretien des relations médias ont contribué sans aucun doute à la force pérenne du festival. Le troisième producteur du spectacle est le tourneur personnel de l’artiste. Il signe un bordereau de production pour participer au montage de la création. Comme le souligne Béatrice Macé, chacun apporte ses capacités, motivations, forces et technicités. La « création » en est le beau résultat.
En réponse à notre curiosité du nombre de représentations de la création, Béatrice Macé nous rappelle que le festival n’est pas destiné qu’aux professionnels de la musique, mais tout autant à son public, local de Rennes et Saint-Jacques, et d’ailleurs aussi. Ces cinq spectacles en sont la permission. Aucune de ces représentations n’est identique mais emprunte, à chaque fois, d’une unicité propre. La codirectrice des Trans Musicales nous l’explique au travers d’une fine métaphore aérienne : « le festival se construit sur un mercredi qui aide l’avion à décoller. Après trois jours d’envol au parc des expositions, il se repose et atterrit. Les concerts de mercredi et dimanche se produisent dans de plus petites salles comme le théâtre de l’Air Libre. Louise Roam (France) puis Kaang (Réunion-Lesotho) y assurent successivement la première partie » de la création 2015 des Trans Musicales, le groupe français Paradis.

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En amont du festival une réunion de travail, aux alentours du mois de juin, regroupe l’artiste, son tourneur et les Trans Musicales pour préparer les dispositions de la création, faire visiter à l’artiste le site des Trans, lui présenter le cadre de vie qu’il partagera pendant ces dix jours à Rennes.
Une question demeurait dans nos esprits : comment choisir cet artiste? Qui serait susceptible de succéder aux sacres de l’illustre Stromae et de la mystique Jeanne Added? C’est là qu’intervient le non moins prestigieux programmateur du festival, Jean-Louis Brossard. Il est à la maîtrise de la sélection de ces artistes qui composent l’affiche tant attendue. Béatrice Macé précise que ce choix évolue; une « short list » est éditée puis se transforme. Le premier ressenti est parfois différent du choix final. Car ce pari est important. Il faut construire quelque chose avec l’artiste. La sélection est arrêtée en juin pour la plupart du temps, et précède la fameuse réunion des partenaires du spectacle futur. Le choix de la « création » doit être en symbiose avec le prisme entier de la programmation. Il fédère l’image des Rencontres Trans Musicales.
Cette année, c’est le groupe Paradis qui sera sur scène. Le premier avis de la codirectrice des Trans a défini le groupe comme d’un genre électro-pop, avant de le comprendre comme une formation de chanson électro-pop. C’est ce cheminement qui pourrait en définitive caractériser la « création ». Si le regard de Jean-Louis Brossard s’est porté vers Paradis, le hasard n’y semble être pour rien. Mais le travail opéré sur scène est le point final de la discussion. Béatrice Macé se dit « agréablement surprise par la voix du chanteur, harmonieuse, douce et puissante », qui prend toute son amplitude quand l’importance qu’elle mérite lui revient. « Les conditions que nous donnons avec le théâtre de l’Air Libre sur un travail de longue durée sont déterminantes », ajoute-t-elle. Cette résidence (répétition intensive prolongée sur une ou plusieurs journées ndlr) donne matière à réflexion et cogitation sur la musique-même. Elle y est traitée autrement que sur un disque, ou un concert qui n’aurait eu pour tout temps de répétition qu’une heure de balances. Ces évolutions se font sentir. La codirectrice des Trans insiste : « ce sont les prérogatives que nous réunissions qui font naître la « création » plutôt que le festival en lui-même ». Paradis en a vraisemblablement profité de la plus belle des manières. C’est avec joie et insistance que nous vous conseillons de courir les voir en concert, aux Trans Musicales ou ailleurs. Leur musique est le mariage parfait, sublime, comme le dit si justement Béatrice Macé, « entre l’humain et le technique ».

Les Rencontres Trans Musicales de Rennes sont probablement le seul festival en Europe où le public s’y rend sans jamais vraiment connaître les artistes qui s’y produisent. Mais d’où vient cette force? Béatrice Macé nous répond : « du temps, de la durée. C’est une voie que l’on a démarré et jamais quitté depuis 1979. Les 95 % de cette programmation ne sont pas du tout connus. 40 à 50% y font leur première date en France ou en Europe ». Cette posture, nous l’aimons. On se rend compte que la plupart des festivals arborent une programmation d’artistes d’ores et déjà révélés. Les Trans Musicales ont fait le choix de la découverte, et c’est heureux. Béatrice Macé nous donne la conclusion : « nous croyons au fait que la curiosité est l’appétit de vivre ». Cela tombe bien, nous sommes affamés.

 

Propos recueillis par Tim Yarrepud.

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