Illustre Illa J

jordan

Tout amateur de hip-hop est accoutumé au nom de J DILLA (aka Jay Dee). Le vrai maestro de la composition et de la production de musique urbaine outre-Atlantique, un pionnier dans l’univers du rap U.S, à l’origine d’un vrai courant qui influe encore le hip-hop contemporain. Décédé en 2006, à l’âge de 32 ans, il laisse derrière lui une génération, un mouvement et un art orphelin à l’image de son petit frère ILLA J. Ce dernier, reprend coûte que coûte le flambeau et vient de sortir un album éponyme avec un seul objectif : cesser d’être “le frère de” et devenir “le père de” sa musique. Portrait.

Parcours initiatique musical

Passé par l’immensément talentueux groupe Slum Village, Illa J a néanmoins du apprendre à s’émanciper de cet univers porté par son frangin. Dans une famille plongée dans la musicalité avec notamment un père bassiste de jazz et une mère chanteuse d’opéra sans parler d’un grand frère DJ et mondialement connu, comment parvenir à se définir et exister par lui-même, davantage que par le nom qu’il porte ? Pression indéniable qui a engendré une quête de style, une quête de personnalité et quel plaisir de voir le résultat de ce cheminement artistique : son album Illa J. Le choix de ce titre résonne comme une affirmation, comme une volonté de poser – de manière brute – sa vision des choses, sa perception du hip-hop, en bref: ce qu’il est.

Une élégante nonchalance

Mais finalement, un univers singulier, c’est bien ce qu’on attends de chaque artiste me direz-vous. Effectivement, néanmoins un univers c’est la fusion, la rencontre de tendances et de mouvements qui parviennent à entrer en harmonie pour le plaisir des aficionados du hip-hop. Justement, Illa J distille ses bonnes vibzes qualifiables de bien des manières, tantôt jazzy, tantôt funky allant même jusqu’à s’autoriser des notes pop si ce n’est house. Le rappeur propose un flow frais, nonchalant et parfois technique. Le hip-hop de Détroit se veut habituellement assez incisif et “froid” dans sa manière d’être assez frontal, ici la fluidité est de mise et on se laisse volontiers convaincre par un rap chaleureux et plutôt à la cool, preuve indéniable d’une sérénité artistique.

N’hésitez pas, si vous commencez à bouger sur le son Strippers, morceau qui pourrait définir à lui tout seul la notion prédominante de chill, c’est normal : un beat de Kaytranada (DJ canadien, véritable génie) qui vous force à hocher la tête, un flow assez old school de rappeur qui vous force à lâcher deux trois pas et le tour est joué. French Kiss, véritable ode à la femme française – les plus belles entre nous – apparaît comme un son brut, dans un flow plus appuyé et plus réfléchi sans prétention aucune. De la simplicité qui va finalement droit au but, Illa J aime les “girls” et puis tant pis si ce sont des “bitches”, ça passe quand même…

Héritage et Liberté

Ne soyons pas trop enthousiaste, l’esprit J Dilla réside tout de même dans son album et dans sa manière de percevoir la musique. Lors la rencontre entre le Gorille et Illa J, nous sommes tombés nez à nez avec un type empli de simplicité, souriant au possible bien loin des codes du rap game. Comment ça ? Du rap U.S sans tatouage, sans bling-bling, sans grosse baguouze et sans le pochon de w*** posé sur la table? C’est tout ce qui nous séduit dans cet univers à vrai dire et c’est exactement ce en quoi nous pouvons parler d’un héritage de son frère. L’artiste mène sa route, quand on lui fait remarquer qu’ITunes l’a catégorisé en tant que “underground rap” cela le fait doucement sourire. Lui qui adore chanter et se laisser aller à l’inspiration du moment il ne veut pas se fixer sous telle ou telle étiquette. Son grand frère avait été considéré comme un idiot total lorsque, pour la première fois, il avait utilisé des samples de musique classique pour créer un beat de hip-hop. 20 ans après, c’est un orchestre philharmonique qui a récemment joué et repris les instrumentales crées par le défunt producteur. Histoire de se rappeler que oui, le hip-hop aussi, c’est de la musique.

D’une part, cet album est une première consécration pour le jeune Illa J tant l’on perçoit une maturité, un style enfin rodé qui prend ses distances avec l’identité dont il était jusque là affublé. Néanmoins, en tant qu’artiste, le rappeur en est encore au stade embryonnaire et c’est ce qu’il y a de plus réjouissant : le meilleur reste à venir et il est sûr que tout le monde finira par reconnaître l’illustre Illa J.

Jordan MOILIM

Merci à Harry Clunet-Farlow fidèle compagnon pour les ITW hip-hop

Merci à Charles Provost pour l’organisation de la rencontre

Et évidemment, merci et bonne route à l’ami Illa J

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