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Molecule entre vents et marées

01_6043NordAu printemps dernier, on vous parlait de 60° 43’ Nord, « Géophonies d’un musicien parti créer un album sans escale en Atlantique Nord ». L’album en question n’était en fait qu’une partie d’un ouvrage, sorte de carnet de bord de l’artiste, rassemblant textes et photos entièrement réalisés pendant les cinq semaines passées à bord d’un chalutier. Ce musicien, c’est Molecule, et on partageait alors avec vous notre désir de le voir se produire en live.

Nous avons eu la chance de vivre 60° 43’ Nord samedi, dans le cadre des Rencontres Transmusicales de Rennes où Molecule était programmé pour une première, un live inédit et audiovisuel. On l’avait déjà vu se produire à la Gaité Lyrique le soir de la Nuit Blanche avec des projections vidéo à 360°, réalisées par Gauthier Houillon. Pour les Transmusicales, la performance était différente, et très attendue, avec des images originales de son aventure projetées dans son dos, à l’aide d’un dispositif frontal.

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C’est à l’occasion de ce dernier live que nous avons eu la chance de rencontrer Molecule, Romain Delhaye de son vrai nom, afin qu’il nous parle plus amplement de ce projet hors-norme, où l’image et le son se rencontrent, se confondent, et nous plongent dans les abysses d’une mer agitée, bouillonnante, parfois tempétueuse, dans une suite de tableaux : « chaque morceau est lié à un tableau. Ça peut être un moment en pleine tempête, ou un morceau au fond de la calle, dans la salle des moteurs, ou encore au milieu des oiseaux avec l’horizon à perte de vue. C’est une expérience à forts contrastes et c’est ce que j’essaye de communiquer et de transmettre au public ce soir. »

Juché derrière la proue d’un bateau, Molecule devient, le temps d’un soir, capitaine d’une techno violente, acidulée et insondable, à l’image de la mer en mouvement projetée sur un écran géant dans son dos. Depuis sa sortie, 60° 43’ Nord est un projet où image et son sont complémentaires, puisque l’album était accompagné de son recueil de textes et de photos de 336 pages. En live, cette démarche va encore plus loin, jusqu’à l’immersion ; à travers la vidéo, Molecule revit et nous fait vivre son voyage : « Je voulais vraiment partir sur cette aventure avec un cameraman pour revenir avec de la matière vidéo. J’avais la conviction qu’il fallait accompagner ce projet d’images et d’archives pour montrer les conditions dans lesquelles cette musique a été composée. » Ces images, parfois transformées en kaléidoscopes, ouvrent une porte sur un ailleurs sombre et hypnotique. Les vidéos d’oiseaux font plus penser au film de Hitchcock qu’à un tableau bucolique, et l’atmosphère créée par un son parfois brutal et menaçant pourrait presque être angoissante si les sensations apportées par l’ensemble de la performance n’étaient pas terriblement réjouissantes.

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Romain Delhaye a donc produit un projet à part, cohérent et unitaire, fruit d’une composition inscrite dans le temps et dans l’espace. Parti sans aucun CD sur le chalutier, Molecule a souhaité se couper du monde et de ses influences musicales afin d’être « au plus près des émotions rencontrées ». A partir de 13h d’enregistrements, il a produit 10 titres selon deux méthodes : « Parfois certaines prises de son ont amené les notes de musique et parfois c’était l’inverse. Avec la connaissance du bateau et de ses sons, je savais qu’il fallait que je fasse un enregistrement à tel endroit parce que ça allait très bien avec ce que j’avais composé la veille. » En live, cependant, l’artiste est dans l’expérimentation, et se laisse guider par son état d’esprit et par son public pour revisiter ses titres, les réinterpréter comme une déclinaison de l’œuvre originale. Ce soir là, l’attitude calme et concentrée de Molecule contraste avec celle du public qui dès les premiers beats a lâché prise, et s’est laissé balloter et surprendre par une techno hybride et complexe, qui ne ressemble à rien d’autre. Sollicités par le travail des lumières dans la salle, la vidéo et la musique qui dialoguent en rythme, tout nos sens sont en alerte et on ne peut s’empêcher de s’inclure dans l’expérience : on ne s’arrête pas de danser. Vous pouvez d’ors et déjà vous consoler d’avoir manqué ce live puisque vous pourrez vous procurer au printemps une réédition de 60° 43’ Nord incluant la version originale de l’album et sa version live enregistrée aux Transmusicales.

Outre ce projet, Molecule est également producteur et fondateur du micro label Mille Feuille, outil de création lui permettant de s’affranchir de toute barrière pour ses compositions personnelles, mais aussi de produire des artistes qu’il apprécie, comme Automat qui a sorti un EP dernièrement dessus. En ce moment, Romain Delhaye est aussi en train de préparer sa prochaine aventure, qui devrait avoir lieu sou peu, toujours dans cette idée « de mêler expérience de vie, aventure et création musicale ».

Il reste quelques exemplaires du livre-CD 60° 43′ Nord ici.

Alix Leridon 

Propos recueillis par Victoire Coquet et Alix Leridon

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