Coup de coeur des Trans – nouvelle annexe du vortex : Jacques

27 juin 2015. Le Bateau Music Festival. Les néons de papier bercent de leur chaleur estivale une vaste clairière de la forêt des Mesnuls. Les lueurs nocturnes, enrubannées des vapeurs d’alcool et autres psychotropes, drapent nos corps épanouis par une musique d’un autre temps, d’une autre dimension. Cette musique, c’était Jacques. Et s’il a progressé, c’est certain, quel plus beau lieu pour découvrir cet étrange personnage que les arbres et les murmures de la faune noctambule?

Aux Rencontres Trans Musicales de Rennes il était là, et sa vie semble aujourd’hui avoir pris le détour d’un heureux dessein.

jaccccccc.jpg_effected-001

A la fin du set haut en couleur de Mawimbi, on s’apprête à quitter la salle quand on est soudain pris à parti : « vous devriez rester pour Jacques, ça va être incroyable ! » Intrigués et bien échauffés, on a alors la vraie bonne idée du week-end : on reste.

« En vrai depuis que je suis tout petit je rêve de devenir astronaute. Et là j’ai l’impression d’être dans une méga fusée. »

Jacques2

Sur scène, Jacques a le géni du live-looping. À partir d’une dizaine d’objets insolites et d’instruments plus communs, il crée des sons, cale ses beats et fait des variations inattendues en accumulant et superposant ses boucles. Jacques donne donc la part belle à l’improvisation, utilisant à chacun de ses « directs » de nouveaux objets pour témoigner de « L’incroyable vie des choses ». Sur scène ce soir là, Jacques a devant lui des béchers, et autres verres et bouteille de bières, et entre ses mains se succèdent une Gybson et une plaque métallique, tout en souplesse. Difficile à suivre, Jacques met tout en œuvre pour nous surprendre : adepte du drop sans kick (« mais un drop est-il un drop, s’il n’y pas de kick après le drop ? ») et du discours décousu, il y a plus d’une chose qu’on ne comprend pas, à commencer par cette étrange coupe de cheveux. On lui pardonne, ou plutôt on leur pardonne – parce qu’il y a plusieurs Jacques sous la tonsure de Jacque – et on se laisse aller à la traversée d’une techno dite « transversale ».

bidon-en-plastique-2-l-vide-avec-bouchon

Les haters crieront au snobisme d’une telle appellation : on n’est pas tous callés sur la notion de transversalité. En réalité, c’est assez simple. Techno transversale, parce qu’elle est composée de sons très divers, créés par des objets ou instruments très différents, de manière harmonieuse, sans qu’un élément de la composition ne prenne le dessus sur les autres. Et concrètement ça donne quoi ? Des beats bruts de décoffrage, un groove qui pourrait presque être plat s’il n’était pas toujours rattrapé par des sons bien rythmés et hors du commun d’objets… très communs. Le tout est ponctué par des prises de paroles qui rappellent à certains les délires de Salut C’est Cool. Ici, on est plus dans la divagation, dans l’égarement. On n’est pas frappé par le sens de ces paroles qui nous bercent, mais étrangement, elles nous manquent beaucoup lorsqu’on écoute l’EP Tout est magnifique à la maison. Entre épilepsie musicale et hyperactivité du musicien debout derrière – ou perché sur – son petit laboratoire sonore, on n’a pas le temps de s’ennuyer, ni de tourner la tête, ni même d’aller dépenser ses dernier sous dans une bière – et ça, ça n’a pas de prix. De toute façon, nul besoin de boire car la perche de Jacques est contagieuse, et sa parole est performative : nous aussi, on a un peu l’impression d’être dans une méga fusée.

jacques

Quand il quitte la scène, la vie de Jacques est bien remplie, entre management d’un label et méditation vipassana. Chercheur et fondateur du célèbre CNRV (Centre National de Recherche du Vortex), Jacques semble par ailleurs chercher à comprendre des choses parfois indicibles, qui méritent pourtant toute l’attention du monde, comme « percer une perceuse, disquer une disqueuse, défenestrer une fenêtre, ou encore laver un savon, désodoriser un désodorisant« , expériences sublimes qui ont fait l’objet d’un documentaire.

On aime cet artiste, humain et versatile, penseur du réel et amoureux de la musique dans son plus simple appareil, le bruit naturel des choses, libre et vivant.

Tout est Magnifique sur Bandcamp 

Bonus :

Alix Leridon & Tim Yarrepud 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *