Le cheff aux fourneaux

Eff Gee aka le Cheff Gee n’est pas la tête d’affiche du groupe l’Entourage et pourtant, il a joué un vrai rôle dans l’impulsion de son crew tout en n’oubliant pas de peaufiner sa carrière perso. Avec déjà plusieurs projets à son actif, il nous propose un nouveau disque à son tour dans une année très fertile sur le plan du rap. Année de la révélation pour Eff Gee ? Le Gorille a passé un moment avec lui, l’occasion d’apporter des réponses à nos questions. Portrait

effetjo

“Started from the bottom”

Actif dans le rap depuis les années 2007 – 2008, Eff Gee est en quelque sorte le pendant plus timide et réservé de l’Entourage. Discret et jamais tape à l’oeil, il agit davantage dans l’ombre du collectif en rassemblant les troupes et obligeant les membres à se bouger, sorte de “tonton” à la cool. En matière de son à proprement parler, il n’est pas en reste puisqu’il a lâché quelques couplets plutôt affutés et bien rodés comme le premier de Jim Morisson qui démarre la track de manière talentueuse. Soyons honnête, le parcours n’a pas été facile pour le Cheff, il a essuyé beaucoup de critiques – plus ou moins justifiées – qui faisaient état d’un flow encore en demi-teinte, d’une identité qu’il peinait à trouver et d’une technique vocale bien loin d’être rodée. Néanmoins, progrès il y a et il est indéniable que ce nouveau projet apparaît comme le plus abouti et le plus plaisant de ses productions. Décomplexé et plein de second degré, Le Jour Gee est un projet mené par un artiste ravivé avec des featurings bien pensés qui donnent de la matière à un album synonyme de révélation.

 

“J’aime le rap, mais pas le rap game”

C’est bien Alpha Wann qui nous avait lâché cette phase explicite au sujet du rapport qu’entretiennent de plus en plus de rappeurs au monde du rap. Avec la multiplication des courants musicaux au sein d’un même genre, il est bien difficile de cadrer le “rap” sous un seul univers ou sous une seule bannière. Logiquement, la pseudo quête dont les 3/4 des rappeurs modernes se sentent investis à savoir “dominer le rap game” est vide de sens ; beaucoup de noms sortent du lot mais la musique reste avant tout une question de choix/goût, non ? C’est bien ce que revendique Eff Gee, et il nous semblait que le freestyle Cheff Gee avait été l’occasion de marquer un tournant dans sa carrière pour enfin affirmer un style qui lui manquait un peu jusque là. Alors, me direz-vous, qu’est-ce que le style à la Eff Gee ? Pour être franc, c’est avant tout de l’auto-dérision, énormément de second degré, un rappeur qui n’hésite à pas aller à rebours de la tendance hip-hop en France. Pour l’artiste, l’idée c’est de “faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux”. Résultat : des références à Game of Thrones “J’suis pas d’ici, j’cherche ma Khaleesi, qu’apprécierait ma calvitie” mais nous avons également droit à la rhétorique liée à la nourriture, la bouffe avec notamment le refrain du (très bon) morceau Non Merci : Verre de vin, côte de boeuf, j’pense à deux trois jets-pro”, en bref du Eff Gee qui distille ses notes de “jmenbatlescouilles” tout en maitrise et tout en plaisir, un album pensé mais sans aucune prise de tête…

“Ils sont très peu à me donner de la force”

Tirée d’un des track préférée du Gorille : Année Lumière, cette phrase en dit long sur le stade de maturité que vient d’atteindre le rappeur parisien. Tout en simplicité, il a largement tourné la page de l’époque où on lui cassait du sucre aisément. Son album, il l’a produit avec ses tripes, sans volonté de prouver quoi que ce soit et pourtant il démontre bien des choses. Le gain se veut considérable au niveau de la technicité des phrases et on ressent une aisance au micro qui lui permet d’être davantage lui-même. Indéniablement, son entourage proche à également joué un rôle crucial : on retrouve l’immense (et trop peu reconnu) Espiiem sur l’excellent son Hustler. Que du plaisir au travers de cette track qui réussit à réunir les univers bien différents des artistes et pour cause : les deux loubards se connaissent depuis le lycée et même si l’approche du hip-hop est différente, il y a cette même notion de plaisir et finalement un épanouissement commun dans le rap, qui fait plaisir à entendre.

Eff Gee acquiesçait bien volontiers lorsque j’affirmais qu’il ne faisait pas du rap conscient mais qu’il avait bien conscience du rap qu’il faisait. C’est tout l’intérêt du projet Le Jour Gee : s’affirmer et défendre son identité tout en maitrisant son propos. Si je devais définir l’artiste je le qualifierais de rappeur bon vivant. Oui, Eff Gee c’est un peu le pote avec qui on adore passer des soirées, un peu en retrait qui décide un jour de s’affirmer et de poser un peu son boulot sur la table. On prend du plaisir à se laisser entraîner dans un univers à la limite de la nonchalance mais derrière tout ça le rappeur est un véritable exemple de persévérance. Loin des artifices du rap m’as-tu-vu et de l’apologie de la bad bitch, notre bon vieux Eff Gee veut “rencontrer sa meuf dans une bibliothèque”, on vous l’avait dit : à défaut d’intégrer le game, il a créé le sien.

Jordan MOILIM

 

Merci à Harry Clunet-Farlow fidèle compagnon pour les ITW hip-hop

Merci à New Castle et au Batofar

Et bonne route à l’ami Eff Gee

 

 

Crédits Photos Jordan Moilim

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