La fin de l’underground ?

Quand en 1989, Pierre David Guetta, qui sillonne raves et clubs parisiens comme DJ, rencontre Catherine Lobé qui deviendra sa femme, sa carrière prendra un tout nouveau tournant. Effectivement, 30 ans après, David Guetta est une des figures les plus influentes de la scène EDM (entendez « musique électronique grand public »). Ses résidences F¨¨¨ me I’m Famous à Ibiza font venir un public du monde entier, ces hits se classent dans les Top Charts chaque été. Ce succès le mènera à la 3ème place en 2009, à la 2ème en 2010 et en 1ère position en 2011 du classement des 100 meilleurs DJ, établi par DJMAG.

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Cet été, David Guetta annonçait la sortie de son septième album pour le 14 septembre, sobrement appelé « ».

« Full cycle, 7 days in a week, to create in the Bible, it’s like i’m going back, this is where I’m coming from ». (propos tirés de son interview du 7 septembre par Pete Tong sur la BBC radio 1)

A première vue, son album ressemblera à ce qu’il fait depuis les années 2000, avec, parmi les tracks, des featurings ultra-commerciaux comme avec Justin Bieber, Jason Derulo ou Nicky Minaj. Mais cette semaine, nous apprenons dans les médias que David Guetta a produit un deuxième CD qui viendra accompagner le 1er d’une autre facette du frenchy : son côté plus house/techno, plus « underground » représenté par son Alias Jack Back.

« In the beginning there was Jack »

« Jack » fait référence aux débuts de la House Music fin des années 80 au moment où la disco s’essoufflait un peu pour donner place à la House de Chicago avec des titres phares comme « My House » de Rythm Control.

« Jack » était LE terme en vogue à l’époque. Il faisait autant référence à la genèse de ce genre caractérisé par un groove très soulful et des voix très présentes, qu’à la danse qui accompagnait la naissance du genre. Le nom Jack était partout.

 Dans une interview donnée à Fun Radio En 2012, David Guetta expliquait qu’il avait décidé de créer son alias Jack Back en référence à cette époque. Il raconte même qu’il avait produit un son plus « underground » dans les années 2000, joué par les DJ très pointus de la house/Techno de l’époque sans que l’on sache que c’était lui. Selon les descriptions qu’il en fait, nous supposons que ce son est sorti en 2008 sur une de ses mixtapes F*** Me I’m Famous, avec pour titre « Jack is Back » mais nous ne pouvons vous l’assurer… Néanmoins, on ne peut nier qu’il ne ressemble absolument pas à l’EDM très Pop qu’on lui prête habituellement.

Face B

En découvrant cette curieuse nouvelle, David Guetta produirait de la vraie House ? Vous dites… de la techno ? Évidemment on a voulu aller voir !

Dès les premières notes de la mixtape, on est surpris, c’est vrai on est loin de la pop et de l’EDM on est loin des Steve Aoki, Garrix et autres. En effet on retrouve des Vocals typiques de la House… Mais très vite on sent l’influence « Pacha Ibiza-gros drop-lancer de gâteau-machine à fumer.. ça n’est quand même pas de l’EDM, on n’est pas non plus dans « l’underground ».  Ça sent un peu le réchauffé TechHouse (sous-genre le plus « grand public » de la musique House Techno)… Bon, ça nous parle plus mais pas de quoi casser trois pattes à un Gorille… Et c’est pas Dave Clarke qui nous dira le contraire !

Mais alors dès la 5ème track, grosse claque ! David, pourquoi tu l’as pas dit plus tôt ?

Avec Overtone, Pelican, Afterglow, ou encore Orion on plonge carrément dans la Techno, deep à souhait, minimal, avec des drops maîtrisés, qui laissent place à une musique mélodique, planante, aérienne… On se croirait sur un Various Artist Afterlife (Label monté par Tale Of Us qui signe des artistes tels que Recondite, Dominik Eulberg ou Oxia, véritables figures de la techno mélodique de ces dernières années).

Et là, on valide. On ne parle plus d’un réchauffé/semi-revisité de David Guetta mais bien d’une autre facette de l’artiste (car maintenant on en a la preuve), vraiment deep, techno… plus sombre ! Faites le test en faisant écouter Afterglow à vos amis fans de techno sans leur dire de qui c’est et vous verrez, ils ne vous croiront pas !

 Artiste multi-facette ou Pure produit de consommation ?

David Guetta – Par Chucho Ramírez

Au Gorille, on est quand même un peu partagés… A-t-on à faire à un artiste frustré par la pop et la musique dite « commerciale » qui veut retourner à ses bases ? Ou bien à un artiste qui a compris que l’EDM se faisait rattraper depuis plusieurs années par la House et la Techno… et qui se renouvelle pour toucher toujours plus de publics, répondant ainsi à nouveau à des impératifs commerciaux ? Vous me direz, un des rôles d’un DJ est de s’adapter aux nouvelles tendances… on ne pourra pas l’en blâmer, en revanche les intentions affichées peuvent être questionnables.

Il est vrai, David Guetta a commencé par les clubs et les raves à une époque où la House, la Acid House ou encore la Techno connaissaient un franc succès. Il revient donc à ses bases avec des influences plus Techno et House.

« I’m Gonna be honest with you there has been a big come back of House Music these last few years, …, like an emulation of what we were doing before » (propos tirés de son interview du 7 septembre par Pete Tong sur la BBC radio 1)

Dans une interview sur BBC Radio 1 début septembre, David Guetta explique qu’il suit la scène house avec intérêt et se rend compte que la tendance est principalement à un retour aux classiques, que les nouveaux DJs s’inspirent de l’époque à laquelle lui commençait à mixer. David Guetta aurait donc trouvé logique de revenir à ses bases avec cette mixtape. Il dit dans cette même interview ne pas vouloir faire ce qu’il faisait avant, mais chercher tout de même à se donner une liberté avec un autre alias qu’il n’a pas sous le nom David Guetta, loin des attentes que cela implique chez le public. Volonté artistique d’un passionné de musique donc ? Il ne fait aucun doute que David Guetta est un grand fan de House, en témoigne son essential Mix enregistré pour la BBC en 2015.

Toutefois, connaissant le personnage et son grand talent commercial, on peut aussi faire le lien entre ce nouveau projet et la tendance récente dans le milieu de l’EDM à se rapprocher de la scène Underground. L’EDM se porte relativement bien, il est vrai, néanmoins ces dernières années ont été l’occasion de voir se multiplier les soirées, festivals, labels, collectifs et artistes au caractère plus « underground », moins « grand public ». Sentant ici une nouvelle opportunité, des festivals référence de l’EDM comme l’Ultra Music Festival à Miami, ouvrent leurs portes à la Techno, la House ou encore la Trance.

Que David Guetta cherche à gagner de l’argent après tout n’est pas un problème. Le prétexte du septième album, comme la fin d’un cycle, l’occasion de faire un retour en arrière sur la carrière bien remplie de l’artiste, peut justifier que les deux Cds sortent en même temps pour le même album. Bon on se contentera de ça parce que quand Jack Back produit de la techno, rien à dire, c’est vraiment bon. Mais….

Est-ce la fin de « l’underground » ?

Il n’est pas rare de voir les fans de Techno/House regretter la belle époque ou la musique électronique n’était pas tant institutionnalisée. Les free parties, la police qui débarque, la liberté d’esprit, les soundsystems… tout ça n’est pas mort mais on ne peut nier le fait que la musique des raves se relocalise depuis quelques années dans les clubs et les festivals officiels.

Il est vrai, cette musique a perdu de son côté « underground » car elle se cache beaucoup moins, sans doute grâce à l’influence de la culture gay, de la techno parade, de grands prophètes comme Laurent Garnier ou de légendes telles que Daft Punk qui ont œuvré pour la légitimer… mais elle aime toujours à se définir comme telle par rapport aux musiques grand public.

La démocratisation de la Techno et de la House les rend certes plus accessibles mais l’infinité de sous-genres et la forte histoire qui les précède en font tout de même des genres que l’on peut qualifier de niche comparés à l’EDM à laquelle on ne peut échapper chaque été en naviguant sur les chaînes de radio et les tops de vente.

Cette actu pose quand même une question quant à l’avenir de « l’underground », pourra-t-on encore en parler après cela ? En effet, si des artistes mondialement connus pour leur musique pop, EDM, suivis par des millions et des millions de gens, se mettent à produire des sons Techno, House… alors leur influence fera-t-elle de cette musique une musique mainstream ?

Si ce processus pouvait remettre les classiques au goût du jour, si l’on pouvait désormais sortir en boîte à Lloret de Mar pour danser sur du Larry Heard ou du Franckie Knuckles, bah franchement, je signe.

En écoute : la mixtape en question.

 Un article de Tanguy de Margerie

 

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