Rencontre : Odezenne revient avec Au Baccara

Le 12 octobre dernier, le Gorille a eu la chance de rencontrer les joyeux poètes du groupe Odezenne. Au programme : une interview multi-supports basée sur la réaction des artistes à des images, des vidéos et des photos. On parle d’amour, du temps, de synthétiseurs, de Mallarmé et de poupées gonflable, autant vous dire que cette interview est riche en émotions !

 

LE GORILLE : Qu’est-ce que ça vous fait de revoir tout ça deux jours après ?

MATTIA : Trop bien. C’était un méga stress, on avait pas fait de concert depuis presque 2 ans, on avait jamais joué cet album devant des gens. On avait pas vu le public depuis 2 ans on savait pas ce qui allait se passer, on savait pas si la config allait marcher tout était un peu fragile, ça vient de se monter, on fait tellement tout, eux s’occupent des clips, de la stratégie moi je m’occupe de monter tout le matos pour la tournée, faire tout le set-up, t’as quand même pas autant le temps de répéter comme si t’étais signé chez quelqu’un et que t’avais que ça à faire. On jouait avec des retours qui sont dans les oreilles pour la première fois pour que le son en façade soit moins pollué par le gros son qu’on demandait nous de notre côté et franchement les cris des gens dépassaient tellement ce qu’on entendait dans les oreilles alors que le morceau était même fini, ils sont ouf ! Finalement on se dit “c’est pas grave c’est reparti en fait !” Méga souvenir.

JACO : Ce qu’il y avait d’énorme c’est que, je sais pas pourquoi, on a sorti au public le début de l’album, les 5 morceaux dans l’ordre, ça faisait 2 ans qu’on était pas monté sur scène comme tu l’as dit donc tu remontes sur scène et t’as tout de suite une impression comme avec un vieil ami : en fait il s’est passé tout ce temps-là, ok ils sont là on est là. Et donc tu joues tes 5 premiers sons et ils sont là, comme d’hab parce qu’ils les connaissent et après “ho” t’as des gens comme des poissons avec des grands yeux qui cherchent, comme ça, avec les oreilles et avant la fin du morceau ça applaudit, c’était incroyable, c’est le meilleur concert de Baccara, pour le moment c’est le seul haha. Il s’est passé quelque chose de très particulier et y a plein de têtes qu’on connaissait, qu’on reconnaissait. Dans toutes les villes on a toujours plein plein de têtes qu’on connait et qu’on reconnait et là t’es là “ho tiens lui il vient de Suisse, lui de Belgique, lui il vient du sud”. C’est vraiment comme quand t’as pas vu un ami depuis longtemps et que tu le revois.

MATTIA : Et puis cet ami tu l’invites, on a fait des loteries, on a invité des fans dans cette boîte de jazz un peu mythique (le New Morning), on a reçu 5000 numéros de téléphone, il a fallu en choisir 400, c’est une machine qui l’a fait mais en gros on a invité les fans et c’était un peu un moyen de se rassurer avant le concert. On se disait “ça va c’est gratuit” haha. C’est hyper cool d’inviter son public comme ça, de foutre le bordel au New Morning un lundi soir.

JACO : Ouais c’était vraiment énorme, t’as ce côté où les mecs viennent de partout même sans billet alors qu’il y avait qu’un petit nombre de places, on s’est dit qu’ils allaient pas tous venir et arrivés à 21h on a dit “on fait tout rentrer c’est pas grave” et c’est ça qui joue vraiment, l’essentiel est la relation qu’on peut avoir avec les gens qui écoutent.

LE GORILLE : Vous avez un public fidèle, comment vous avez senti que vous aviez créé une communauté, que vous aviez fédéré des gens autour de votre musique?

MATTIA : Franchement depuis le début mais toujours en nombre limité mais grandissant mais dès l’époque de MySpace, les gens commençaient déjà à nous faire des retours positifs. Aujourd’hui c’est super difficile de vivre en faisant de la musique. J’en fais depuis que j’ai 14 ans j’ai eu 20 000 groupes et quand on est parti ensemble dans l’aventure il y a plus de 10 ans les gens commençaient déjà à nous faire des retours : “c’est cool ce que vous faites” et on était là “ouais ok chelou merci…” Et puis tu continues tu fais des premières parties, après tu fais des salles tout seul mais y a 50 personnes et petit à petit y en a 2000 dans la salle qui chantent tes chansons, t’y crois pas trop et en fin de compte ils sont là 2 ans après à te gueuler dessus, c’est magique quoi.

JACO : Après, je pense qu’il y a deux écoles là dedans. Quand tu fais de la scène comme ça, c’est une école de forain. Tu mets ton manège en place, tu fais la fête foraine, tu remballes le manège et tu t’en vas lendemain. Et t’as des gens qui vont mettre plus de néons, plus de spectacle là dedans, mais nous on a tellement de machines qu’on met nos machines, on monte sur scène comme on est habillé et on dit les choses. Et sans prétention j’ai l’impression que les gens ressentent ce côté un peu naturel des choses, on est là pour faire les chansons, ils sont là pour danser dessus, sûrement, et ça se passe toujours comme ça et c’est toujours très très fort. Ca nous fait de ouf plaisir parce que c’est des émotions que j’avais pas ressenties depuis très longtemps.

 

MATTIA : Là c’est la maxi angoisse, genre oral du bac haha.

JACO : Les mecs connaissent pas le son, c’est déroutant.

LE GORILLE : Et votre scéno, vos petites danses vous les travaillez pas? C’est que du spontané?

MATTIA : Tu travailles pas ta danse avant d’aller en club, non?

JACO : C’est ça que je voulais dire par rapport au côté néon et pas néon.

MATTIA : On appelle ça l’école anglo-saxonne par rapport à l’école française qui est un peu plus dans l’interprétation du coup tu joues un rôle avec un côté théâtral, en France les artistes font beaucoup ça, ils sont pas tous comme Cabrel à juste être là avec ton accent et à chanter tes chansons. C’est cool de juste être toi, t’es pas obligé d’être un personnage même si c’est aussi très bien quand des gens le font.

JACO : Quand tu connais un morceau tu prends plaisir à danser tu joues avec etc… Et c’est ce qui se passe sur ces images. C’est toujours un plaisir de ouf. Moi personnellement j’ai pas de retour de voix dans mes oreilles j’ai que le son donc je danse quoi et y a pas d’improvisation c’est juste que je danse bien.

GORILLE : C’est le fait que vous vous connaissiez depuis si longtemps qui vous permet d’être spontanés comme ça sur scène ?

MATTIA : Tu sais les groupes c’est comme ça hein. Les groupes de musique ça flippe, ça monte sur scène ça joue ensemble, c’est des mecs qui passent du temps ensemble. Un groupe à la base c’est un groupe de potes, c’est rarement pas le cas. Par exemple, c’est pas du tout pour critiquer mais j’ai vu passer une vidéo d’Angèle en live, de base elle est toute seule même si des gens font des prods avec elle. Mais tout de suite pour une tournée quand elle est conséquente, dans des grandes salles, elle est entourée de musiciens qui font des tournées aussi avec d’autres groupes, c’est cool ça se passe super bien mais ça peut pas être le même rapport que des mecs qui se connaissent depuis 10 ans, qui sont des potes qui en chient ensemble qui flippent ensemble, qui boivent ensemble pour un peu moins flipper.

JACO : Qui rient, qui sourient…

MATTIA : Qui s’embrouillent, qui s’engueulent, on se vire pas si ça va pas, c’est une famille, tu choisis pas ta famille.

MATTIA : Ils disent souvent que la musique c’est un prétexte, que si on avait pas fait de musique on aurait fait autre choses on aurait ouvert un resto tant qu’on est tous les trois, bon moi un resto j’avoue je sais pas si je tiens le coup hein…

JACO : Tu viendrais jouer le vendredi, c’est ce qui ferait le succès de notre resto.

MATTIA : Les gens comprennent pas : on habite ensemble, quand on pouvait pas gagner notre vie avec Odezenne on avait un travail on bossait à côté ensemble.

JACO : C’est une chance quoi, même une double chance, être tout seul sur scène comme tu disais avec des musiciens que tu connais pas, ça peut être très grisant parce que t’es seul sur la route nous le fait qu’on soit ensemble sur scène permet d’éviter ça.

MATTIA : On a pris un batteur sur scène par exemple, c’est mon frère, y avait une danseuse sur scène avant c’était la sœur d’Alix.

JACO : C’est très instinctif très naturel parce qu’on se connaît depuis des années et des années donc de pouvoir faire ça avec les gens de ton entourage, et d’avoir le succès qu’on a c’est fou, j’aurais jamais parié dessus.

LE GORILLE : Est ce qu’il y a certains moments où vous vous êtes dit que vous passiez trop de temps ensemble, y a pas eu de problème avec le fait de mélanger votre amitié à votre boulot ?

JACO : pas encore.

MATTIA : quelques embryons ici et là, quand je vois Jaco là bon…

JACO : d’ailleurs Mattia on va le virer du groupe… haha. Non mais c’est une telle chance que tu te poses pas la question.

MATTIA : Malgré le fait qu’on approche de la quarantaine, je suis toujours en recherche avec mon groupe de potes je me rends pas compte de l’âge que j’ai, je suis tombé sur le bon groupe, du coup on profite de s’être trouvés.

LE GORILLE : En entendant au Baccara à la Release Party on s’est posé une question : comment vous voyez le fait d’écrire sur l’amour?

JACO : Je crois que l’amour on le fait, déjà. Et il faut vivre plein de choses, l’avantage d’être trois c’est qu’on a de multiples expériences (pas à trois, vous comprenez ce que je voulais dire) Mais parfois t’es au mauvais endroit au mauvais moment et ça va t’amener quelque chose, une petite bourse de créativité, un malaise ou un bonheur. Nous on a nos compagnes, donc c’est ce qui se passe entre nous qu’on essaye de décrire, après je sais pas si on écrit bien sur l’amour vraiment… Comme on est amoureux ça se ressent, comme quand on est en colère ça se ressent, et là ça va, on est amoureux.

LE GORILLE : on avait une question aussi sur votre rapport au temps, toute à l’heure t’as dit que tu savais pas quel âge t’avais, à la release party t’as ouvert en disant “on est rouillé mais on est encore là”, c’est quelque chose qui vous faisait peur? Sur l’image t’es grimé en vieux quelque part.

JACO : plus le temps passe et moins il me fait peur parce que plus il passe plus j’en ai passé, je suis plus apaisé là dessus, je l’accueille. On le passe, on le traverse, je me suis posé ces questions là mais la vraie question que tu te poses c’est “qu’est ce que je suis dans le temps?” Et quand tu te poses vraiment la question du temps, t’es que dalle, tu changeras presque rien.

MATTIA : en fait tu changes pas, je me suis toujours dit que quand t’es en primaire tu vois des gens de 25 ans qui te paraissent grands, quand t’as 17 ans tu vois les potes de ton frère t’as l’impression qu’ils sont hyper grands alors qu’en fait, quand t’arrives à leur âge, tu te dis mais merde ils étaient comment en fait quand moi je les percevais, mais finalement ils étaient pareils. Comme tes grand parents : ils étaient pareil quand ils avaient 17 ans, ils ont la même personnalité! Tu ne changes pas, juste ton physique va te dire que tu vieillis mais c’est tout.

JACO : par exemple je ne me suis jamais posé de question sur le temps concernant mon père, c’est quelqu’un qui est inaltérable au fil du temps, quand il te répond, quand il te regarde, tu te dis pas si c’est jeune ou vieux.

MATTIA : et puis tes parents t’ont toujours dit que c’étaient des personnes un peu matures mais quand tu commences à avoir l’âge auquel ils t’ont eu tu te rends compte qu’ils étaient pas si différents de comme moi j’étais. Tes parents en fait c’est juste des gens comme toi et tes potes donc tu commences à te dire qu’être vieux c’est rien et que le temps n’existe pas vraiment.

JACO : Aznavour disait qu’on est âgés, pas vieux.

 

 

JACO : C’est quoi ça? Tiens on a dû aller loin pour trouver ça, bien joué, putain de bien joué. C’est Edouard Nardon qui a fait ce travail de mise en page. Bien vu!

LE GORILLE : Vous étiez conscients de ça ou est ce que c’est nous qui sommes partis loin?

JACO : C’est le secret le mieux gardé d’Odezenne.

 

JACO : C’est le moment de honte du concert, il a voulu, il a insisté… haha non c’est pas vrai.

LE GORILLE : C’était étonnant on s’attendait pas à te voir chanter, on te voit toujours avec tes machines d’habitude, on voulait en savoir plus sur votre utilisation de l’auto-tune.

JACO : Sur ce moment du morceau il y a un côté classicisme dans le sens où c’est chanté, désolé Mattia, comme le ferait une cantatrice, comme les castras, les mecs qui ont plus de illecous quoi. Et c’est surtout qu’il dit en italien “Car tu m’es chère”.

MATTIA : D’ailleurs on l’a pas mis dans les paroles!

JACO : Ca remet un gros coup de couteau de classicisme dans quelque chose qui est très moderne, ça se mélange avec l’ancien, c’est déroutant.

MATTIA : Y’a deux trois interventions de l’autotune, sur James Blunt par exemple, et c’est marrant de voir que Jacques dit dans un texte : “le rap n’est pas mort j’en suis convaincu je l’ai vu se balader avec un vocoder dans le cul” et de se servir de l’autotune un peu plus tard, c’est cool d’expérimenter des choses et de le faire à ta sauce.

JACO : Justement “les opinions ça varie” dans Bonnie qui est vachement vocodée c’est une réponse à cette phrase dans Gomez sur le vocoder.

LE GORILLE : Vous avez un schéma pour créer une prod, pour caler les paroles dessus?

MATTIA : non on a pas de schéma, soit tu pars d’une rythmique, soit tu pars d’un nouveau clavier par exemple : je suis allé en Sicile, à Bologne, chercher des vieux claviers, des trucs chelous je savais pas trop où j’allais. Je découvrais des trucs faits à 300 exemplaires qui dataient des années 80. L’instrument le plus vieux utilisé dans ce disque date de 1985. Tout est très ancien. J’ai mis 4, 5 mois à finir la config de compo, c’est quand je galérais je découvrais les instruments, je regardais les notices, j’achetais des lecteurs de disquette, je passais 20 minutes à enregistrer un son pour la perdre et là ça te sort un truc et tu te dis “ha tiens c’est cool je vais bosser ça un peu”. Le lendemain je le repasse, et les morceaux sont déjà en train de se faire. On a un petit trésor de guerre accumulé au fil des années que finalement peu de groupes possèdent. Même Air commencent à me faire moins peur en terme de synthétiseur, on a des pièces que même eux n’ont pas. Tout le monde, en voyant mes machines, m’a dit que j’étais fou de les emmener sur scène, il y en a 300 dans le monde mais on les emmène sur scène quand même parce que ça sonne trop bien! Tu prends pas un ordi qui simule ton instrument au lieu de jouer de ton instrument.

La batterie avec laquelle joue mon frère c’est celle de mon père, qui était batteur de jazz super célèbre en Italie, c’est une histoire le matériel. On prend ces instruments on fait un petit morceau pop le dimanche un peu cuit, tu te dis que ça va peut être pas les intéresser, en fin de compte tu le passes à Alix et il te dit “ho génial je vais écrire un truc”. Jacques pareil et en fait ça devient notre nom du disque.

On passe du tout au tout sur nos prods, j’ai fait pas mal d’électro de mon côté, de la hardtek etc…

JACO : y étais tu pour la musique Mattia? Ou pour les soirées qu’on passait là bas?

MATTIA : et c’est cool de mélanger des trucs quand tu fais de la prod, il faut s’adapter aux artistes qui vont chanter dessus et tout peut se tenter, c’est un privilège de pouvoir tenter autant de choses, on peut tout faire.

 

LE GORILLE : Vous avez testé des prods un peu énervées comme sur Bébé, on dirait de la techno.

JACO : mais c’est de la techno, de la techno qui a mal tourné

MATTIA : c’est de l’acid sur Bébé

JACO : Il y a un côté bruit de Harley Davidson dans Bébé

MATTIA : Pour revenir sur ta question à propos de la façon de poser les textes sur les prods, Jaco pose encore un peu sur des instrus qu’il trouve sur internet parce que moi je produis assez lentement et qu’il a envie d’écrire des trucs.

JACO : j’ai d’ailleurs un autre projet qui s’appelle Eddy de Pretto haha

MATTIA : Alix par contre peut vraiment pas faire ça, il a besoin de mon son pour composer, pour écrire, Jacques peut encore vraiment se passer de moi et écrire nickel sur n’importe qui. Et quand je vois que son texte est trop bien je me dis que c’est à moi de faire un track dessus.

JACO : sur ce disque je l’ai moins fait y a que Bébé qu’on a fait comme ça.

MATTIA : le rendu final de Bébé est plus violent que sa version de base, qui était un peu plus comique, là on a appuyé un peu le côté glauque et avec le synthé que j’ai c’est le bordel, ça marche bien avec le bordel et je suis très content de jouer la track en live.

JACO : ce qui est marrant avec ce que tu dis c’est que Bébé tel que je le pose sur la prod que je trouve c’est l’histoire marrante d’un mec qui se bourre la gueule. Là ça devient quelque chose de sérieux, quand la vague passe au dessus tu bois la tasse, c’est plutôt ça qu’il a réussi à exprimer.

MATTIA : et je bois souvent la tasse haha

JACO : moi jamais, moi je fume le ciel.

LE GORILLE : par rapport à ce que tu disais sur les instruments, c’est hyper impressionnant tous ces instruments qu’on voit pendant le concert! Surtout le fait qu’il y en a tellement que t’es obligé de les mettre à la verticale!

MATTIA : c’est vraiment un choix personnel de les mettre à la verticale et d’ailleurs on commence un peu à me piquer ça, notamment un musicien de Charlotte Gainsbourg qui a mis ses pédales un peu comme moi, je plaisante à moitié je sais pas. Le problème de ces machines c’est qu’elles sont souvent à plat donc soit tu fais comme Fakear et compagnie à tout pencher en avant pour qu’on te voit jouer, mais moi j’en ai trop pour faire ça, soit tu les mets à la verticale et tu te mets de dos comme ça les gens voient ce qu’il se passe.

JACO : je veux pas foutre la merde mais t’es un des premiers si ce n’est le premier à les avoir penchées.

MATTIA : oui sûrement! mais je préfère que les gens voient ce qu’il se passe plutôt qu’ils voient ma tête.

JACO : le côté pragmatique c’est que t’as pas besoin de scéno.

MATTIA : parfois j’emmène des machines juste pour l’intro d’un morceau, comme ça je vous joue la track comme elle a été composée, si je vous envoie juste le sample que j’ai sur mon ordi c’est cool mais pour moi ça change tout! J’ai envie qu’il se passe un truc quand je joue je veux pas lever les bras haha. Mais en l’occurrence c’est un geste que Romain Winkler qui a réalisé ce clip (et beaucoup d’autres), j’ai pas trop compris haha.

JACO : Là on a beaucoup de machines différentes on a par exemple, Continental Box, le clavier des Doors, MS20, le synthé qui a été utilisé pour faire tout Darkside of the Moon.

 

LE GORILLE : Ce qui est intéressant, c’est les deux partis-pris de caméra, une plus en main avec un côté amateur, et l’autre avec une pâte plus pro.

MATTIA : Comme dans Lost, c’est un peu le dernier d’une trilogie, entre Nucléaire, Lost et celui-ci, c’est un clip écrit par Alix, co-réalisé par Alix et Adrien Benoliel, le même couple que pour Souffle le vent. J’adore, il y en a plein qui étaient au studio pendant qu’on composait le disque, on les a fait venir, plus des danseurs. On a passé deux jours, là où on a fait Nucléaire, c’est le même coucher de soleil, à Contis.

JACO : Quel beau phare !

MATTIA : Qui est aussi le dernier plan de « Je veux te baiser », tout est un peu lié.

JACO : C’est un peu un triptyque. On va beaucoup se ressourcer là-bas, à l’océan. On a un bon spot là-bas et c’est énorme.

MATTIA : On est trop fier de ce clip : c’est trop bien, c’est trop drôle, c’est trop déjanté, c’est trop mignon.  Y’a souvent Alix derrière, c’est quand même vraiment un de ses moyens d’expression à lui. Il a écrit celui-là, il a écrit Lost, c’est vraiment son domaine d’expression.

JACO : Après on bouche les manques là où il y en a, selon la possibilité qu’on peut. On a des équipes et c’est des équipes qu’on a depuis « Tu Pu Du Cu ». C’est vraiment toujours la famille.

LE GORILLE : On ne change pas une équipe qui gagne ?

JACO : On ne change pas une équipe qui perd chez nous !

MATTIA : On ne change pas une équipe tout court ! On n’est pas dans une logique de développement, capitaliste.

LE GORILLE : La camionnette vous l’avez faite vous-même ?

JACO : La vérité c’est qu’on a demandé à un artiste qui s’appelle Landroïd, qui est un maître en peinture, vraiment, qui s’est inspiré du Razzle Dazzle.

MATTIA : C’est une technique de camouflage de la première Guerre Mondiale. Ils faisaient des carreaux noirs et blancs pour que les gens ne les voient pas.

LE GORILLE : Alors ça c’est trois de vos clips différents, certains sont plus scénarisés comme « Je veux te baiser », certains sont animés comme « Bébé » et « Nucléaire » est plus  « hermétique ». On se demandait si c’était par pur goût de l’expérimentation, de tester des choses différentes ?

JACO : Très simplement : avec « Je veux te baiser », la musique devient le B.O de la vidéo. Là (Nucléaire), il n’y a plus d’histoire de B.O. T’as un soleil couchant et tu écoutes ce qu’on a à te dire. Dans « Bébé », tu as une animation qui va parfaitement avec ce qu’on a à te dire : il y a plein d’inversions de rôle. Avec Alix, on a fait un dogme, qui est : « je ne veux pas que ma putain de chanson devienne la putain de B.O d’un putain de clip. Je fais pas du cinéma, j’en ai rien à foutre moi, je fais des chansons.»

LE GORILLE : C’est vraiment une pâte de votre groupe, il y a des choses que vous testez en musique mais aussi beaucoup en image. Il y a toujours beaucoup de clips différents, vous avez envie de vous renouveler, de ne pas retomber dans les mêmes choses ?

MATTIA : C’est toujours de la recherche, de la tentative, de l’expérimentation. Si Jacques et moi on a toujours le côté troubadour, artisan, au final, on peut faire beaucoup de choses quand même. Ce qui nous caractérise le mieux c’est quand même que Jacques sait bien écrire et moi je sais bien faire de la musique, à notre niveau je veux dire. Alix il écrit de manière assez instinctive, son côté artisan au sein d’Odezenne passe autant par sa capacité de gérer tout le côté visuel, les clips, autant que dans sa participation à l’écriture.

JACO : En promo en Suisse, on nous demandé pourquoi est-ce qu’on contrôlait autant notre image. En vrai on ne contrôle pas notre image. Là on a tenté de le faire (avec « Je veux te baiser »), ça nous a totalement échappé. Là on prend du plaisir à faire les choses. C’est pas parce que je mets les mains dedans que je veux le contrôler. Alix il a les mains dedans parce qu’il a plaisir à ça. C’est un mec qui regarde deux films par jour, il sait ce que c’est qu’un cadre, un objectif. C’est pour ça qu’on le fait, pas pour contrôler l’image.

MATTIA : On aime bien les clips qu’on a fait avant, mais quand tu sais ce que tu as à dire, ça sert à rien de le maquiller. On essaye d’éviter la fiction.

LE GORILLE : On voulait revenir là-dessus parce que c’est une identité un peu particulière, qui pique un peu les yeux.

MATTIA : Mais qui en même temps va trop bien avec notre son ! C’est un type qu’on adore, Edouard Nardon.

JACO : C’es la roue de la fortune, avec le roi, le pauvre, le commerçant et la personne de justice.

MATTIA : Edouard nous accompagne depuis longtemps, il a fait la pochette d’Ovni, celle de Dolziger, c’est un artiste plasticien. Il fait des installations et des toiles. Il est dans l’élégant un peu brutal, un peu « je m’en fous », mais ça reste très élégant. A chaque fois il se cale trop bien sur ce qu’on fait, ça va trop bien avec la musique.

LE GORILLE : Qu’est-ce qui vous a amené vers le choix de cette roue de la fortune ?

JACO : Edouard avait les sons, on lui a donné carte blanche. L’idée vient des morceaux, du texte. Tu lui dis oui parce que c’est un artiste, il propose quelque chose. Il a aussi bossé sur les fanzines qui sont dans le vinyle. Pour l’anecdote, on en a commandé 8000 parce que c’est des grosses imprimeries très anciennes. On a reçu une palette chez nous et c’était le fichier qui avait toutes les fautes d’orthographe, donc on l’a refait faire. On a fait du feu pour le clip de Baccara avec (rire) !

LE GORILLE : Comment vous rencontrez tous les artistes avec qui vous travaillez ?

MATTIA : Laura, on a vu son travail et Alix l’a contacté. On aime beaucoup les contrastes et les inversions dans le clip de Bébé. Ce qui est intéressant c’est qu’à la fin normalement, quelqu’un qui ne comprend pas vraiment l’alcool, aurait fait une fin très violente à ce clip, quelqu’un qui casse tout. Apparemment Laura connait l’alcool. A la fin, la femme vire son mec, pas pour tout casser mais juste pour prendre la bouteille.

MATTIA : Ca c’est Romain Winkler qui est à Saint-Barth, Alix a une idée, celle des poupées gonflables pour Chewing-Gum.

JACO : Elles ont bien vécu, à Dour, il y a des mecs qui ont mis en place une cagnotte, pour organiser un lâché de poupée gonflables mais surtout pour donner les bénéfices à une association. On en avait vendu plein et une association féministe belge les ont toutes percées.

LE GORILLE : On voulait revenir avec vous sur ce concert gratuit que vous avez fait dans un tout petit bar : les Lectures Aléatoires à Bordeaux, une date incontournable de votre carrière, quels souvenirs vous en avez?

MATTIA : On jouait à l’Olympia la semaine d’après, on s’est dit qu’on allait jouer avant, on n’avait pas joué depuis un an et demi. C’était blindé et c’était incroyable.

JACO : Le mec n’a pas compris.

MATTIA : On est arrivé là-bas, ils savaient pas trop qui on était.

JACO : La rue était blindée, les voitures ne passaient plus.

MATTIA : C’est comme inviter 400 personnes à notre release party, ça fait partie des idées qu’on a.

Retrouvez ici toutes les dates de la tournée :

Odezenne Tour 2018-2019
08.11 Nantes – Stereolux COMPLET
09.11 Rouen – 106 réserver
10.11 Tours – Temps Machine dernières places
15.11 Toulouse – Bikini réserver
16.11 Montpellier – Rockstore réserver
17.11 Marseille – Cabaret Aléatoire réserver
22.11 Lyon – Transbordeur bientôt complet
23.11 Fribourg – Fri-Son (CH) bientôt complet
24.11 Strasbourg – Laiterie bientôt complet
28.11 Bruxelles (BE) – Ancienne Belgique bientôt complet
29.11 Paris – Trianon COMPLET
30.11 London – Jazz Cafe (UK) bientôt complet
01.12 Lille – Aéronef bientôt complet
20.12 Bordeaux – Salle des fêtes du Grand Parc bientôt complet
07.02 Le Mans – L’Oasis réserver
14.02 Pau – Espace James Chambaut réserver
15.02 Biarritz – L’Atabal réserver
16.02 La Rochelle – La Sirène réserver
21.02 Clermont-Ferrand – La Coopérative de Mai réserver
22.02 Perpignan – El Mediator réserver
28.02 Caen – Big Band Café réserver
01.03 Brest – La Carène réserver
02.03 Orléans – L’Astrolabe réserver
07.03 Liège (BE) – Reflektor réserver
08.03 Le Mulhouse – Noumatrouff réserver
09.03 Metz – La BAM réserver
14.03 Nice – Théâtre Lino Ventura réserver
15.03 Six-Fours – Espace Malraux réserver
16.03 Auxerre – Le Silex réserver
03.04.2019 Paris – Élysée-Montmartre réserver
04.04.2019 Paris – Élysée-Montmartre réserver

Juliette Zybura, Clara Champion, Corentin Loubet, Théo Poddevin, Louise Germain

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