Les coups de cœur 2018 du Gorille

Pour célébrer cette nouvelle année, les plumes du Gorille proposent leur coups de cœur musicaux de 2018 dans un article où se mélangent tous les styles, toutes les saveurs, et où prime la beauté de quelques œuvres qui ont marqué leurs esprits. Chacun.e y a proposé ses albums phares de l’année passée, qu’on ne peut que vous conseiller d’aller écouter sur notre playlist ici ou en fin d’article !

Clémentine (Her – Her ; Therapie Taxi – Hit Sale ; Damso – Lithopédion)

Entre sorties attendues avec les Arctic Monkeys, et sorties surprenantes avec Jeanne Added, Rosalía ou encore Flavien Berger, j’ai trouvé que 2018 fut une belle année. Trois albums en particulier m’ont suivie dans mes voyages et mes expériences.

Tout d’abord l’album Her du groupe éponyme. Formidable hommage à son membre Simon Carpentier décédé en 2017, cet album m’a transportée. Après avoir connu l’excellent « Five Minutes » en 2016 dans l’EP Her Tape #1, puis « Swim » (mon titre préféré) dans Her Tape #2 en featuring avec Zéfire, j’ai adoré l’album qui s’écoute d’une traite. Mon coup de coeur reste « For Him », dernier titre de l’album, qui revisite « Hypnotise Me » de The Popopopops dans une atmosphère feutrée.

Cet été, c’est l’album Hit Sale de Therapie TAXI qui tournait en boucle dans mes écouteurs. Sur la plage, j’écoutais « La Proue », et dans le train j’écoutais « Transatlantique ». Entre paroles crues et absurdes, la pop entraînante de ce jeune groupe m’a séduite. A la rentrée, j’ai été quelque peu déçue par la réédition de l’album Hit Sale Xtra Cheese : l’été étant fini pour moi, j’ai trouvé les nouveaux titres sans grand intérêt.

Et enfin, j’ai adoré l’album Lithopédion de Damso. Après Ipséité, j’avais hâte de découvrir la suite de son oeuvre qui semble si bien programmée dans son esprit. Et je n’ai pas été déçue : entre l’original « Julien » et le très personnel « William », Damso a démultiplié ses personnalités musicales. Au fur et à mesure de ses albums, il a créé son propre style avec ses sonorités, à l’image de l’incroyable « Feu de bois », que je chantais (presque) par coeur lors de son concert à Bercy.

Alexandre (Reijie Snow – Dear Annie ; Nu Guinea – Nuova Napoli)

Déjà très remarqué grâce à des EP intéressants et un premier album abouti, Reijie Snow, le rappeur originaire de Dublin ne se perd pas en route. Il était revenu en ce début d’année 2018 avec son 2ème album Dear Annie.
Dès la première écoute c’est la suavité qui frappe. Il amène une sensualité dans sa façon de parler. Sa voix est calme et juste, le rythme et les accords aussi. L’atmosphère est délicate mais ne tombe pas dans la lenteur. Le rappeur s’empare de cette douceur pour faire ressortir l’autre facette de son charisme: des paroles agressives. Il ne se prive pas d’être parfois assez violent dans son choix de vocabulaire. Paradoxalement le thème de l’album tourne majoritairement autour de l’amour, mais cela ne l’empêche pas d’être cru. Une sorte de discours poétique construit de façon brutale. Il nous parle et nous raconte poliment son histoire, mais sans faire de détails.

Rejjie Snow s’affirme encore plus comme un des nouveaux grands noms du Hip Hop anglo-saxon. Cela fait plusieurs année que des artistes comme lui, Loyle Carner, IAMDDB etc s’emparent de cette vague. Les Britanniques ont l’air de vouloir donner une nouvelle définition au jazz rap, et ils le font si bien.

Mes conseils d’écoute : « The Rain » et « Egyptian Luvr (feat. Aminé) »

Le duo napolitain Nu Guinea, désormais basé à Berlin, a voulu rendre hommage à sa ville d’origine grâce à Nuova Napoli, un album funk et groovy aux fortes inspirations italodisco.
Tout l’album est un délice pour les nostalgiques de la grande époque du Napoli de la fin des 70s. L’atmosphère navigue entre le cosmique et le tropical, presque psychédélique sur certains passage. Les titres s’enchaînent sans jamais s’enfermer dans un genre déterminé, mais toujours avec finesse.

L’écoute est parfaite pour se donner de la force. Fortement conseillé pour un début de soirée, juste avant d’aller danser.

Mes conseils d’écoute : « Je Vulesse », « Ddoje Facce » et « Disco Sole »

Bertille (Interpol – Marauder ; Cabbage – Nihilistic Glamour Shots ; Kurt Vile – Bottle In It ; Nine Inch Nails – Bad Witch)

Interpol — Marauder

« Come and see me and maybe you’ll die »

Sans doute l’album que j’ai le plus attendu cette année. On en espérait peut-être pas plus, mais surement pas moins. Esthétique sombre, fidèle au groupe de post-punk, plus « gras » que El Pintor sortit en 2014, Interpol nous prouve une nouvelle fois que, après 16 ans de carrière sur la scène alternative, il est possible de se renouveler (voir de renaître) tout en gardant son ADN.
La puissance rythmique est ce qui nous marque d’entrée(« The Rover », « Number 10 ») rapide, nette, précise, du jeu de Sam Fogarino qui, jusqu’à présent, ne libérait une telle énergie qu’en live. La guitare claire et mélodique de Daniel Kessler est toujours au rendez-vous (« Flight of Fancy », « If You Really Love Nothing ») en contraste avec le son de Paul Banks plus saturé, oserais-je même le qualifier de grunge ?
On est conscient qu’Interpol ne retrouvera jamais sa gloire d’antan, mais Marauder est définitivement un album qui assoit une nouvelle fois la réputation et l’identité du groupe.
Petit top 3:  « The Rover », « Flight of Fancy », « NYSMAW »

Cabbage – Nihilistic Glamour Shots

« How long until we take responsibility ? »

Sur fond de conservatisme, de Brexit et de crise économique s’est élevé Cabbage. Premier album d’un groupe nous venant tout droit de Manchester, il perpétue une tradition de contestation purement britannique mêlant punk, post-punk et hardcore. Un son saturé, une rythmique enragée et un chant plus ou moins crié, Cabbage dégage une énergie folle qui donne envie d’hurler notre rage au monde. Subversifs, offensifs, grinçants, désinvoltes, les jeunes mancuniens font souffler un vent de révolte sur une Angleterre en perte de repère.
Petit top 3 : « Arms of Pleonexia », « Molotov Alcopop », « Gibraltar Ape »

Kurt Vile – Bottle In It

« But the sun went down and I couldn’t find another one »

Après avoir atteint des sommets grâce sa collaboration avec Courtney Barnett, le flegmatique Kurt Vile revient en solo pour un septième album.
Mélodies rêveuses, enivrantes, parfois mélancoliques, on se balade de chansons en chansons. Artiste que l’on pourrait qualifier de « roots », Kurt Vile mélange subtilement folk, rock, voir country pour créer son univers, typiquement américain.
C’est ce genre d’album qui donne envie de prendre la voiture et de parcourir les routes de campagne en vivant d’amour et d’eau fraîche, mais dans le sens positif du terme !
Petit top 3 : « Loading Zones », « Check Baby », « One Trick Ponies »

Nine Inch Nails – Bad Witch

« Got a new face and it feels all right »

Conclusion magistrale d’une trilogie industrielle, Bad Witch signe le retour d’un Nine Inch Nails depuis bien longtemps perdu. Fruit de la collaboration entre Trent Reznor et Atticus Ross (l’un va-t-il sans l’autre maintenant ?), on plonge durant 30 minutes dans un monde souterrain parallèle. Une ouverture explosive et abrasive avec « Shit Mirror », suivi de « Ahead of Ourselves » qui n’est pas sans rappeler un certain « Gave Up », sorti en 92. Le micro-album se calme ensuite et laisse place à des morceaux glaçants malgré l’utilisation audacieuse de cuivres. Abrasif, oppressant, tabassé, énervé, nombreux sont les adjectifs pour qualifier le dernier né du génie magnétique de Ross et Reznor.
Pas de besoin de top 3, l’album compte 6 morceaux, juste allez l’écouter.

Nathan (Travis Scott – ASTROWORLD ; Koba LaD – VII)

En écoutant toutes sortes de musiques dans ma vie j’ai compris qu’on n’entrait pas n’importe quand et n’importe comment dans un album. C’est un des morceaux de l’oeuvre, accessible et plaisant, qui nous permet de pénétrer le disque entier d’un artiste, il se transforme en une porte d’entrée. Une fois qu’on a trouvé sa porte d’entrée personnelle et qu’on accepte de la franchir, nous voilà pris dans l’univers construit par l’artiste, et on s’y promène en découvrant petit à petit les nombreux éléments qui le composent.

Cette année 2018 a été extrêmement riche en superbes disques et en belles surprises. Si je ne devais garder que quelques uns des albums que j’ai adoré, je commencerais par ASTROWORLD de Travis Scott. J’ai trouvé ma porte d’entrée dans « WAKE UP ». et j’ai commencé à déambuler dans ce spectacle délirant, parfois planant, souvent riche, toujours inattendu, que propose le jeune rappeur pour son troisième album solo. L’énergie et la qualité de chaque morceau ont largement dépassé mes espérances, les 3 prods de « SICKO MODE », la vibe planante de « SKELETONS », la simplicité de « RIP SCREW », le featuring de Frank Ocean sur « CAROUSEL », et cette magnifique combinaison de joie et de mélancolie qui se dégage à bonne dose de tous les morceaux. Il ne manque rien ou presque à ce disque qui tente toujours d’explorer, qui cherche à casser des codes, à sortir des sentiers battus pour proposer quelque chose, si ce n’est de neuf, au moins expérimental. C’est là qu’ASTROWORLD frappe fort.

À côté de cela il y a la masse incroyable de choses très agréables de 2018 sur lesquelles on ne peut s’éterniser: Kali Uchis, Christine And The Queens, le nouvel album d’A$AP Rocky, Gorillaz, Clara Luciani, Grand Blanc, l’explosion de Jorja Smith, l’album et la mort de XXXTentacion, le très bon UMLA d’Alpha Wann, le retour de Lomepal, MGMT, Vald et même The Blaze ! Cette année a été un très bon cru musical.

Il y en avait un que je me devais de défendre une dernière fois à l’écrit, ce grand critiqué du rap français, un casseur d’oreilles professionnel, mais sûrement la plus grosse claque de l’année, j’ai nommé le bienheureux Koba LaD !

Non n’arrêtez pas la lecture ici ! Ce serait dommage de vous priver de son premier album VII. Sorti de nulle part, il a explosé en quelques freestyles sur internet, moins d’un an a été nécessaire pour signer sur le label Def Jam, sortir un EP et un album, devenu disque d’or.
Comme toujours, je suis entré dans l’album par une porte que j’ai trouvée dans le titre « Honey ». Un son simple, court, percutant, et cette voix aiguë autotunée, toujours, partout. Et là je me laisse porter, je dis ok à son style, à sa voix. D’accord, ce n’est pas très beau, mais c’est à travers Koba LaD que je vois le prisme du rap évoluer à nouveau. Le rap bouge, il se divise en genre, en sous genre, il n’a jamais été aussi prolifique et changeant. C’est dans Koba LaD qu’il me semble découvrir quelque chose de nouveau, un peu expérimental sans doute et c’est ça qui me plaît, avec beaucoup de pêche, et une patte que je n’avais encore jamais entendue ailleurs. Oui, il y a beaucoup d’egotrip, et c’est un rap qui parle de drogue, d’argent, de femmes, c’est vrai, ça tourne en rond. Mais il est arrivé sur la scène rap, il a pris les codes en place, il les a utilisé en gardant sa sauce, sa voix, et c’est ça qui marque. A la première écoute on est étonné, on a des maux de têtes aussi, puis on se le remet, et là on se dit qu’il y a un truc, on sait pas trop quoi, mais ça nous plaît.  Aujourd’hui j’apprécie, ses intonations étranges sur le titre « Everyday », ses prods entrainantes comme sur « Suge », ses morceaux plus dansants comme « La C », je tire mon chapeau pour ce gars-là, né en 2000, qui me propose une autre façon de rapper.

Marie-Emmanuelle (IAMDDB – Flight Mode Vol. 4 ; Kwamie Liv — Lovers That Comes and Go)

IAMDDB – Flight Mode Vol. 4
Déjà fan de cette rappeuse de Manchester, les morceaux de cet album (pas tous mais presque) ont fini de me convaincre. On y retrouve tous les ingrédients qui donnent à la rappeuse toute sa saveur : un parfait mélange entre une voix soul, des vibes jazzy à souhait et un flow déroutant. De l’invitation au voyage de « Azul » (« vamos por Brasiiil ») au très sensuel « XOX » (littéralement du sexe pour les oreilles), Flight Mode porte bien son nom : une envolée planante vers l’univers mi-trap mi-jazz de l’artiste. Mention spéciale pour « Kurr£ncy », où le flow nonchalant de l’anglaise atteint son niveau maximal et se voit sublimé par une instru hip-hop bien solide.

Kwamie Liv — Lovers That Comes and Go
Une voix incroyablement chaude et des compositions envoûtantes. C’est le premier album de la musicienne danoise Kwamie Liv qui raconte ses déboires amoureux et laisse transparaître une sensibilité à fleur de peau. Dans « Blasé » par exemple, doux et lent, qui apparaît comme un hymne à la déception amoureuse. La force de l’album repose également sur sa voix lancinante ses mélodies entêtantes, comme dans « Look at What I’ve Done », morceau qui donne mi-envie de pleurer mi-envie de danser un slow. La voix de la chanteuse dans « Sweet Like Brandy », beaucoup plus soul, est proche de murmures, ce qui donne lui un caractère hypnotique qui séduit. On y retrouve d’autres morceaux comme « Follow My Heart » aux sonorités africaines et au rythme entraînant (et presque suppliant) qui donne envie de se trémousser doucement.

En bref, un album qui console et réchauffe à la fois, pour les cœurs brisés ou non. À écouter en hiver, sous sa couette, un jour de pluie.

Julian (Kekra – Land ; Thousand – Le Tunnel Végétal ; MGMT – Little Dark Age ; Navy Gangs – Poach ; Kanye West – ye ; The Voidz – Virtue)

Cette année nous a donné quelques pépites de studio comme l’incroyable Virtue de The Voidz, l’album all-star de Kendrick Lamar pour Black Panther, l’anonyme 2012-2017 de Against All Logic (aka Nicolas Jaar) le gainsbourien Tranquility Base Hotel and Casino des Monkeys, le subtil Jassbusters de Connan Mockasin et — à mon sens le meilleur disque de l’année — Negro Swan de Blood Orange.

2018 est aussi l’année des aboutissements, comme l’album Land de Kekra, successeur des excellents Vréel, où le rappeur de Courbevoie exprime toute son originalité et la revendique : « J’suis dans mon propre game comme Sega ». Ses vibes presque house côtoient les abîmes trap de « 10 balles » — avec un clip monstrueux — et « Viceland », deux sons à écouter très fort dans la voiture. Autre confirmation française, l’album concept du groupe de pop Thousand, Le Tunnel Végétal. Ici tout part d’une vision, celle de l’être aimé dans un tunnel végétal, idéal bucolique qui accueille une expérience onirique et érotique en été. La prose du leader, soutenue par la douceur des choeurs, m’a vraiment touché pour sa reflexion mémorielle et sensorielle. Il se rappelle une expérience agréable et profonde entre éros et thanatos : « Les mots pour posséder ton corps / La formule pour enfin pleurer ses morts ». Des motifs à la fois mélodiques et textuels sont repris à travers tout le disque, comme un thème avec ses variations. Du côté instrumental, les guitares folk, la basse et la batterie me rappellent un son très français des années 60 (Gainsbourg, de Roubaix), exploité à la manière de Sebastien Tellier notamment dans « La ritournelle ». Les arrangements comptent aussi des nappes de synthés analogiques bien planants. « La vision », « La vie de mes soeurs » et « La nuit des plus beaux jours de ta vie » sont les plus belles chansons du point de vue des paroles, mais la dansante « Le nombre de la bête » est vraiment la musique que j’ai écoutée en boucle. Partageant la vision de Thousand, je me souviens du son à fond dans la voiture, sous la chaleur écrasante de cet été.

Parmi ce que j’ai le plus écouté en 2018 il y a forcément le retour de MGMT, le groupe préféré de mes 13 ans. Je me souviens comme d’hier quand j’avais découvert la pop psyché et glam d’Oracular Spectacular (2007), puis un live de leurs débuts à l’université, reprenant « This Must be the Place (Naive Melody) » des Talking Heads, le groupe préféré de mes 22 ans. Grandissant avec eux, j’avais pris une autre claque avec le délire rhapsodique de « Metanoia » puis celui de la longue « Siberian Breaks » sur Congratulations (2010). C’est là que je les avais laissés, au début de la décennie. Pour Halloween donc, ils sont revenus avec les sombres « Little Dark Age » et « When You Die » puis tout un album que j’ai découvert un mardi de février à la Cigale quelques jours avant sa sortie. Leurs chansons sont moins psychédéliques, plus courtes, avec clairement un virage à 80 degrés vers cette décade de synthés, boites à rythme et effets exacerbés : la suite logique des expérimentations des sixties. Et c’est plutôt réussi : « One Thing Left to Try » est selon mon app de streaming le son que j’ai le plus écouté cette année, et les chiffres ne mentent pas.

En cette fin d’année, Poach de Navy Gangs fut l’album que j’ai le plus écouté, qui m’a vraiment suivi partout, et dont les chansons me trottaient dans la tête quand je ne les avais pas dans mon casque vissé sur ma tête. Avec des thèmes plus dark que le disque de MGMT (« Someday you’ll die but that’s alright »), il n’en est pas moins réjouissant. Issu de Brooklyn — ça ne s’invente pas — les Navy Gangs nous proposent du bon slacker rock tout droit sorti d’une université américaine des nineties. Des compositions variées (« Dark Days »), des voix subtiles où l’on retrouve le vibrato nonchalant de Lou Reed (« Vampire ») mais aussi des morceaux courts (« 91 Days »), comme des flashs où l’on saisit vite la profondeur de leur rock doux-amer, une couleur typiquement new-yorkaise. Après avoir saigné leur album, il ne me reste plus qu’à les voir en live dès que l’occasion se présente.

De son côté, Kanye West a passé une année 2018 bien chargée. 5 albums en 5 semaines, des polémiques à n’en plus finir, des aller-retours compulsifs sur Instagram et Twitter… Mais une fois de plus, son album solo ye est un petit bijou avec des messages forts sur les maladies mentales en plus du gros troll trumpiste. Mon titre préféré est « Ghost Town », un magnifique cri de liberté en feat avec la jeune révélation de l’année 070 Shake (dont l’album m’a déçu). Cet hymne a été joué version rock instrumental en live lors du premier défilé Louis Vuitton de Virgil Abloh à Paris, ce dernier fondant en larmes dans les bras de Yeezy sous les regards émus de Kim K, sa soeur Kylie Jenner et son mec qui n’est autre que le grand Travis Scott, le tout immortalisé par la star du pop art Takashi Murakami qui filme et poste cette vidéo incroyable sur son compte Instagram. Un disque très personnel avec finalement peu d’autotune : à la première piste il balance « We was all born to die, nigga, DOA » en référence au son « D.O.A. (Death Of Autotune) » de Jay-Z. J’aime cette voix plutôt neutre mais j’espère retrouver de l’autotune dans son album à paraitre (annoncé fin septembre mais finalement repoussé pour que Kanye aille s’inspirer en Ouganda) intitulé Yandhi et avec un cover vraiment similaire à celui de Yeezus (2013) en violet et plus en rouge. Yandhi, par son analogie visuelle et linguistique, pourrait alors avoir la même puissance alternative et électronique, ou justement s’y opposer comme une face B plus calme, positive, sous l’égide d’une icône indépendantiste non-violente. Mais avec lui on peut s’attendre à tout et surtout n’importe quoi, donc s’il veut rendre un hommage à son ami Donald, pourquoi pas un éventuel « Yump » ?

Pour Julian Casablancas en revanche, l’autotune n’est pas mort. Avec leur deuxième album Virtue, The Voidz ont atteint des sommets jusqu’alors inexplorés. Si à l’entrée du disque on croit reconnaître l’indie rock typique des Strokes (« Leave It In My Dreams »), ce son est altéré, comme pourri ou piraté par des traitements numériques sur la voix de crooner du leader, rappelant au passage « Instant Crush », son feat. sur le dernier disque des Daft Punk. S’enchaînent alors des compositions à la sombre esthétique métissée entre effets 80s, dub profond, gammes orientales et riffs sauvages de voix à l’autotune (« QYURRYUS », « AlieNNation », « Pink Ocean ») dignes de l’envolée électro-lyrique de Kanye sur la tordue « Blood on The Leaves ». À mon sens ces œuvres quasi-monstrueuses ont le même esprit de création absolument libre. À l’instar de Björk (Utopia), Bon Iver (22, a Million ; Big Red Machine) ou A$AP Rocky (TESTING), ces artistes franchissent les frontières stylistiques pour produire la musique du futur. Et de ce côté, James Blake, Tame Impala et toujours ce bon vieux Kanye vont nous réjouir en 2019.

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