Peindre les sentiments amoureux au son de pâle regard

Une musique qui n’en finit pas… pour exprimer la complexité des sentiments amoureux, parfois conflictuels et violents. Le 31 août dernier, le quintet parisien pâle regard, composé de Capucine (voix), François (guitare, chant, synthétiseur), Quentin (basse, synthétiseur), Thomas (synthétiseur, guitare) et Ferdinand (batterie), sortait son premier EP-concept Fait Accompli, sur le label londonien Dirty Melody Records. À la fois une longue piste de huit minutes et une suite fragmentée de quatre titres distincts, Fait Accompli raconte une histoire que tout le monde connaît, celle qui se vit à deux.

François et Quentin, compositeurs et « noyau dur » du groupe, ont pris le temps de répondre à mes questions.

L’effet lo-fi

« C’était les beaux jours, c’était inspirant ». Quentin évoque la naissance de pâle regard. C’était au printemps 2018, lorsque la lumière du jour se fait plus pâle, plus claire, plus mélancolique. Dans un rythme lancinant, se mélangent alors une voix délicate, une guitare acoustique, un synthé analogique… Le nom de pâle regard s’accorde parfaitement avec l’esthétique singulière de la musique, que les membres du groupe qualifient de lo-fi junk pop. Étrange pour un style musical ? Lo-fi, c’est le nom d’une pédale qui produit des effets. Imaginez un son chaud et vieux, loin des tonalités trop propres, trop lisses. « On est très attirés par les pédales d’effets, certaines sont inspirantes et deviennent des instruments à part entière, nous dit Quentin. Notre façon de faire est brute, simple, sans artifices tout en restant très pop. »

Influencé par Serge Gainsbourg, Sébastien Tellier ou encore The Whitest Boy Alive, le quintet apprécie cette vague ancienne d’artistes, à l’esprit indépendant et libre. Composé et enregistré entièrement dans la chambre de François, l’EP Fait Accompli se révèle alors comme une musique intimement proche. « Le côté spontané est bien là, puisqu’on enregistre tout avec très peu de prises », ajoute François. 

Fait Accompli, pâle regard – 2018 – © Pierre-Emmanuel Mazy

Un concept original

Élargir la palette d’émotions. Telle est l’intention musicale de pâle regard avec le premier EP Fait Accompli. « Un jour j’ai branché une boîte à rythme, j’ai pris ma guitare acoustique et j’ai essayé de trouver un liant entre deux morceaux en les jouant à la suite, sur la même rythmique », explique François. Le long morceau minimaliste de huit minutes se divise en quatre fragments. Les titres « Solitude », « Illusion », « Transition » et « Idées Noires » s’enchaînent de manière naturelle et évoquent la progression des sentiments amoureux. L’impression d’une voie sans issue à la suite d’une scène violente, les doutes qui s’installent, et puis les sentiments remords. Fait Accompli peint avec mélancolie et sincérité une histoire d’amour qui finit mal, une histoire somme toute universelle.

Pâle regard

pâle regard – 2018 – © Marie Rouge

 

Prendre du recul

La musique lente et apaisée contraste avec le thème déchirant de la difficulté des relations humaines. « Comme on raconte une histoire, on avait besoin d’un fil rouge, quelque chose qui nous fasse comprendre implicitement qu’on parle de la même chose mais de manière différente», selon François. Le tempo très lent maintient une cohérence musicale tout au long de l’EP. Comme si le temps ralentissait, il s’agit aussi de prendre du recul, de mettre des mots sur l’intensité des sentiments. « La rythmique permet de s’extirper de certaines pensées et certains souvenirs », continue le guitariste du groupe.

Un prélude qui marque le début d’une belle aventure pour pâle regard ! Et pour la nouvelle année, le groupe a sorti un nouveau titre « Reflets ». Entêtant, le morceau à la rythmique très lente « joue et se joue de la mélancolie et du spleen », selon les artistes. On retrouve la tonalité chaude et vieillie de la pédale lo-fi, qui semble faire basculer la musique du côté de la mélancolie. Mais pâle regard évoque « un morceau optimiste », quand une batterie vient s’ajouter, tout aussi caressante que la voix de Capucine. Entre la lenteur de la guitare et l’intensité de la batterie, la dernière minute du morceau laisse place à une partie instrumentale. Plongés dans une sorte de rêverie, on imagine alors la suite des paroles.

Laura Barbaray 

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