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TESTING d’A$AP Rocky, la tranquillité distordue

Le dernier album de Lord Flacko est sorti il y a un an, un mois et un jour. Comme on aime les anniversaires un peu forcés et qu’il passe ce soir au Zenith, on voulait revenir sur cette pépite avant de voir en live la tête d’affiche du Dour Festival.

Le 25 mai 2018 sortait ce troisième album, très attendu car il avait été annoncé pour fin 2017. Finalement décalé par souci de perfectionnisme — d’ailleurs on aimerait bien avoir des nouvelles d’un éventuel Yandhi de la part de Kanye, qui nous a abandonné dans notre tristesse depuis fin septembre, on t’oublie pas. C’était justement dans cette période bénite de marathon yeezien qu’était sorti Daytona de Pusha T, agrémenté de son violent clash avec Drake qui occupait tout l’espace médiatique. C’est une des raisons pour lesquelles TESTING n’a pas été un franc succès commercial comme le relevaient certains ici et .

Mais là n’est pas la question. Trop de paramètres entrent en compte dans la réussite des ventes d’un album donc ce n’est pas forcément un critère de critique, et tout le monde sait que les deux meilleurs disques de Gainsbourg ne sont pas les mieux vendus. Notre relation à un album est personnelle, c’est entre nous et notre CD, lecteur mp3, iPod, app de streaming ou vinyle. Donc peu importe une sortie mal amorcée, annoncée trop tard, peu de bangers, d’un point de vue purement musical on avait pris une bonne claque.

Et c’est ce qu’il voulait. Il justifiait alors le titre par la simple volonté de mener des expérimentations de studio, de vraiment prendre le temps de faire de la musique différemment. Il faut admettre qu’il se la jouait un peu trop et l’attente a pu en décevoir certains, mais pas nous. Après l’intro musclée et distordue vient le remix de « A$AP Forever » avec T.I. et le grand Cudder. Est-ce vraiment une expérimentation de sampler un si gros hit que « Porcelain » en conservant son pitch et sa structure en deux parties, tout en créditant Moby en featuring ? Le clip est certes incroyable comme souvent chez Flacko, mais on ne peut pas crier au génie créatif ici.

C’est avec « Tony Tone » qu’on entre vraiment dans l’album, une composition qui arrive à rendre angoissante la soul de Roger Webb et une alternance couplet refrain hyper entraînante. Vient alors la lancinante « Fukk Sleep » en feat avec FKA Twigs. Le minimalisme de l’instru et la douce voix nous rappelaient alors l’EP Princess d’ABRA, mais la mélodie vient de Joyner Lucas. Nique le sommeil, ce doux morceaux au refrain ultra efficace voit ses mélodies se distordre et nous emmener loin, idéal pour rouler une nuit d’insomnie. Vient alors « Praise The Lord (Da Shine) » le seul banger de l’album en feat avec Skepta. Track hyper efficace, il arrive sûrement trop tôt car il nous fait perdre le fil de l’expérimentation qui venait d’être tissé.

On est vite replongés dans la vision psychédélique de L$D sur « CALLDROPS », une ballade sur quelques accords de guitare sèche sur laquelle flottent quelques motifs rythmiques, des samples de voix pitchées et surtout ce couplet déchirant de Kodak Black enregistré en prison. « Buck Shots » est encore un track qui vient casser le rythme avec des cuts secs sur la scansion tantôt grave tantôt aigue et les interventions ultra autotunées des Playboi Carti et Smooky MarGielaa. Ensuite, « Gunz N Butter » semble encore sortie d’un rêve avec ces mélodies qui s’entremêlent, sur une boucle planante et une structure complètement libre.

Sur la bonne soul de « Brotha Man » qui nous rappelle Marvin Gaye, il a invité French Montana sur le refrain puis Frank Ocean et Snoop Dogg pour de courtes interventions en plein couplet. Sur « OG Beeper », il kicke de manière plus classique mais sur une instru complètement déconstruite entre boucles passées à l’envers, phases complètement filtrées, dissonances à la Danny Brown. C’est « Kids Turned Out Fine » qui nous a le plus retourné le cerveau. Une douce mélodie à deux guitares électriques bien distordues et lo-fi comme un Mac DeMarco agrémentées d’un beat de 808 assez classique, mais avec assez vite un ralentissement qui aggrave le morceau au moment de la prise de drogue. Ce track complètement psychédélique prend une couleur presque nostalgique et nous fait perdre nos repères, nous place dans un puissant état d’ébriété, instable.

C’est ensuite notre dieu Dev Hynes aka Blood Orange qui nous livre pour « Hun43rd » une prod west coast hyper sensuelle et qui fait ce qu’il fait le mieux : chanter le refrain. On pense alors à leur collaboration sur l’excellent « Chewing Gum » et on en aimerait plus à l’avenir. Il sera encore sur le refrain de la piste suivante, la très douce « Changes ». Cette douceur est encore chamboulée par un interlude de hip-hop très lente dans le style chop and screwed du grand DJ Screw, justement une patte qu’A$AP avait popularisée dans cette trap leanée de 2010 avec des voix pitchées très grave et les débuts du psychédélisme dans le rap maintsream. Le voyage s’achève alors avec l’inquiétante « Black Tux, White Collar » puis la plus belle fin possible avec Frank Ocean qui vient conclure ce disque vraiment ambitieux : de douces mélodies de guitare, des beats saturés, des voix pitchées et filtrées dans tous les sens et des sons parasites qui viennent troubler les ballades pour y apporter la profondeur de l’expérience psychédélique.

On espère entendre ces quelques pépites pour son passage à Dour pour un closing en beauté.

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Julian Le Tutour

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