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King Gizzard & The Lizard Wizard à l’Olympia

Ça fait beaucoup de lettres rouges sur la devanture mythique. D’un nom à rallonge à une productivité hors normes, les Australiens ont toujours fait dans l’excès. Retour sur leur dernier passage mouvementé dans la capitale.

Il pleut des cordes boulevard des Capucines et l’on presse le pas pour arriver à temps dans ce beau théâtre qui a accueilli les plus grand.e.s, où à chaque concert on pense aux prédécesseurs légendaires et à leurs prestations restées célèbres. Les Beatles, Piaf, Brel, Brassens obstruent la lumière de notre image mentale et trottent dans notre tête à notre rythme. « On avait dit le cuir c’est interdit », nous moque un hipster à l’entrée du tapis rouge, ignorant visiblement le côté pratique d’un bon vieux perfecto, à la peau assez chaude pour octobre et pourtant adaptée à une fosse sous 40 degrés celsius. Ça, c’est du rock. Une kro trop chère attrapée rapidement, on pénètre l’antre en suivant une file indienne de joyeux lurons pour arriver bien devant, entre les grincheux qui refusent de laisser passer parce-qu’ils attendent depuis longtemps et pis gnagnagna. Partez faire l’amour au lieu de squatter les salles de concert accrochés à votre place comme un bernique à son roc. Eddy dirait que ça, c’est pas du rock.

Les lumières s’éteignent et les premières bières s’envolent à la cime des têtes surexcitées qui tapissent la fosse, arrosant leur chaleur et nourrissant les chevelures à diverses hauteurs. Le roi gésier et le magicien lézard entrent en scène sans frapper. Les Gibson SG sont branchées, en courant alternatif ou continu, comme d’autres célèbres Australiens avant eux. Les deux batteurs se mettent à frapper les fûts comme roulent les roues d’une locomotive à vapeur sur chaque rail, une stéréo naturelle qui nappe toute la salle. Les guitares entonnent le riff de « Venusian 2 » et Stu Mackenzie gueule dans le micro à la Lemmy de Motörhead. Premier pogo, on se laisse aller à jeter nous aussi notre gobelet en plastique jetable dans la foule, après avoir bu la dernière gorgée trop onéreuse pour finir en l’air.

Après un deuxième lourd titre de leur album très metallicien Infest the Rats’ Nest (2019), ils enchainent avec trois titres plus électroniques et polyphoniques issus de Polygondwanaland (2017), le quatrième opus de leur épopée en 5 chapitres d’il y a deux ans. On se rappelle que ces boulimiques avaient successivement sorti 5 disques tous différents les uns des autres entre le 24 février et le 31 décembre de la même année. Finalement, ils piocheront un peu partout dans leur large discographie, des titres variés mais absolument tous faits pour le headbanger, aucun de ces morceaux si doux qu’ils savent pourtant composer avec brio (ou avec les géniaux Mild High Club).

Quelques moments fort nous reviennent à présent, dont l’original « Hot Water » (I’m in Your Mind Fuzz, 2014) joué à la flute traversière ou l’enjouant « This Thing » (Fishing For Fishes, 2019), un blues bien saccadé à l’harmonica rouillé. Après d’autres danses contondantes dans des grands pits où l’on est baladé de gauche à droite, la foule essoufflée entre en transe à cause du fort taux d’oxygène dû à l’hyperventilation, mais surtout pour le rythme traînant et entraînant de « Billabong Valley » (Flying Microtonal Banana, 2017). Le final sera cosmique, avec l’efficace « Mars For The Rich« , tube heavy metal du dernier album et enfin la sportive « Am I In Heaven » (I’m in Your Mind Fuzz, 2014), faite de ballade folk, de boogie alternatif, de solos de batteries et d’un Stu qui beugle encore micro en bouche pour mieux faire saturer le son de sa voix.

Après l’apothéose, ils nous laissent sans un seul rappel, ce qui n’aurait pas de sens après un concert à l’intensité constamment à son apogée : les potards sont tournés à fond et ils risquent de nous rester dans les mains si l’on force. On rentrera cassés mais rafraichis par la pluie battante de ce lundi soir d’automne.

Julian Le Tutour

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