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Pumpkin : Force Orange

Le 28 mai, Le Gorille poussait la porte de l’International et venait à la rencontre de Pumpkin, le soir de la release party de son EP Le Beau Temps. MC brestoise fan de MC Solaar, elle s’était faite remarquer en 2012 avec Silence Radio, sorti sur le label qu’elle gère avec le beatmaker Vin’s Da Cuero. Depuis, elle a fait un bout de chemin, collaboré avec du beau monde (20Syl, Rita J, Gael Faye,..) sorti plusieurs projets et enchaîné les dates. A deux petites heures de son concert parisien, Le Gorille lui a posé quelques questions, ainsi qu’à Vin’s Da Cuero, évidemment présent. Le tout tranquillement posé sur la scène de l’International.

IF

C’est votre 1er album depuis Silence Radio, où vous avez construit Mentalow Music…

Vin’s da Cuero : Pas tout à fait, on l’a construit avant avec Put it on wax, mon premier projet solo en vinyle. C’est là qu’il a été officiellement créé, mais avant ça Pumpkin avait sorti deux projets qu’on avait autroproduits, c’est juste qu’à l’époque y avait pas de structure. Du coup 2011, c’est le premier projet Mentalow Music, même si y avait pas de logo sur la pochette.

Pumpkin : Et après, on passe à Silence Radio en  2012…

VDC : … et depuis on a sorti un projet, un t-shirt musical (Like an Automatic Weapon), et une cassette, une mixtape. Là c’est le premier projet vraiment « disque » qu’on fait depuis silence radio.

P : et c’est aussi le premier qu’on fait tous les deux, d’un point de vue artistique.


Du coup, pour toi (Pumpkin) qui disait en 2012 ne pas savoir si l’aventure Mentalow allait continuer, ça s’est concrétisé ?

P : Avec ce projet-là, on est parti sur du moyen terme. Ce EP-là, Le Beau Temps, c’est un « teaser de luxe » pour l’album qui arrive. Donc nécessairement, on est parti pour l’aventure de l’EP + de l’album, et de l’un à l’autre, avec la préparation, c’est un an et demi en tout. C’est vrai que quand j’ai fait Silence Radio, c’était la première fois qu’on mettait le paquet avec de la promotion, et qu’on faisait vraiment sérieusement, la première fois que j’étais distribuée avec un projet qui est sorti en CD, vinyle et digital. Je savais pas ce que j’allais faire après Silence radio, mais si tu me reposes la question aujourd’hui, je te dis la même chose : « après, on verra. »


Là la musique est devenue vraiment un métier ou ça reste un loisir ? [Pumpkin était vendeuse dans un magasin de fringues quand elle a commencé à enregistrer Silence Radio]

P : Au moment de la sortie de Silence radio, je me suis retrouvée au chômage, et c’est là que j’ai décidé de mettre le paquet. Et depuis, je suis toujours au chômage, et avec Vincent on s’est mis à fond dans Mentalow music, en se répartissant les casquettes pour pouvoir faire à deux le travail d’un petit label. On peut dire que la musique + les à-côtés (la prod, la com, etc.), oui, c’est devenu un métier à plein temps.

VDC : On s’est même éloigné de Paris pour pouvoir continuer à faire ça, parce que faire ce qu’on fait, monter un petit label indépendant à Paris, c’est compliqué, parce que Paris coûte très cher, donc on a dû faire ce sacrifice. Après c’est aussi un choix délibéré de notre part, parce que c’est une ville un peu compliquée.


Vous avez une idée précise de ce que vous voulez faire de Mentalow Music ? Peut-être sortir d’autres artistes ?

VDC : Pour l’instant on se concentre sur nous, parce qu’on n’a pas les budgets pour sortir d’autres artistes. Par contre on essaie au maximum de mettre d’autres artistes en avant, au travers des mentalow mix qu’on sort toutes les deux/trois semaines et dans lesquels on essaie de mettre un maximum de Français, parce qu’il y a une scène française hyper intéressante, en beatmaking ou en DJing, et on a cette volonté de travailler avec les autres, de mettre les autres en avant, même si pour le moment on n’a pas l’argent nécessaire pour le faire.

P : Au départ Mentalow Music ça part quand même de la nécessité de nous structurer pour sortir nos propres projets. On aime bien partager ce qu’on apprend. Comme on apprend tous les métiers qui touchent à un projet musical, ça nous fait kiffer de partager ce qu’on apprend avec nos potes indés, et d’échanger des savoir-faire… C’est une espèce de mutualisation. On sait pas vers où on va, mais on aime partager, rencontrer des gens, faire des choses. Si un jour on a un peu de moyens, ça nous ferait kiffer de développer d’autres personnes, mais c’est un gros point d’interrogation.

Tous les artistes avec qui vous avez bossé (Rita J, 20Syl, etc.), la scène française que vous aimez (Grems, Vicelow), vous voudriez pas les retrouver dans un collectif qui tournerait autour de Mentalow Music?

P : Je peux pas prétendre réunir ces gens-là, parce qu’ils ont leur propres cercles, mais au fur et à mesure, ça peut être ça, oui, faire une grande famille d’artistes. Mais sur Like an Automatic Weapon, on a réuni plein de gens qui n’auraient pas forcément collaboré ensemble, et ça, nous on kiffe. Mais ça veut pas dire qu’on a créé un collectif ou une famille. En tout cas ça crée des moments où les gens se rencontrent, des exclusivités, c’est ça qui nous plait.


J’ai appris que tu écrivais avec un dictionnaire de synonymes, ça atteste d’une écriture très réfléchie je trouve. Au moment de l’écriture justement, est-ce que tu penses au live ? Je veux dire, ça te laisse quand même une liberté, la possibilité de lâcher un freestyle ?

P : Je suis pas très freestyle, et j’essaie justement de travailler ça en ce moment. Je suis très studieuse, en mode écriture à la maison, etc, et du coup je suis peut-être pas assez impulsive, et je travaille ça. Mais c’est vrai que depuis quelques temps, que je fais pas mal de scènes, je commence à penser la perspective de la scène au moment de l’écriture (comme le morceau Louder par exemple). Ce qui est bien aussi, c’est qu’on travaille à deux avec Vin’s à la Maschine. On rejoue les séquences en live et on est libre d’ajouter des mesures, d’en enlever, et les morceaux vivent comme ça. Les gens vont redécouvrir les morceaux de l’album sur scène, les trois quarts du temps ils sont modifiés pour que les gens s’ennuient pas, qu’ils aient pas l’impression d’écouter le CD.

VDC : Y a un morceau qui est né sur scène, Addition Toxique, qui est né en live. Pumpkin l’avait écrit dans son coin sur un remix à  moi, et ça a fait une espèce de mash-up qu’on a appris à jouer au fil des concerts.


Tu as dit ne représenter que toi, mais sur certains titres tu parles dans un contexte plus général, tu t’exprimes pour d’autres personnes, non ?

P : Bah j’aime pas me positionner en donneuse de leçon, mais c’est vrai que je pars du particulier pour aller au général. Dans mes textes, je parle de moi, de mes amis, parfois c’est un peu ambigu, et après c’est aux gens de faire la part des choses. Sur Mad’moiselle par exemple, je dis plein de choses sans me positionner en donneuse de leçons, et je me dis que si les gens sont suffisamment intelligents ils comprendront le message.


Ouais, le mélange entre particulier et général il est sur pas mal d’autres morceaux aussi.

P : Oui, voilà, dans Play, je parle de mon expérience, mais tous ceux qui font de la musique en indé se reconnaîtront. Dans La Mer à Boire, bon, le morceau est plus descriptif, c’est plus un état des lieux…

Les paroles sont plus sombres, c’est ton expérience de la musique qui t’a fait écrire ça ?

P : Pas du tout, c’est plus… C’est plus social, c’est un constat que je fais. Des fois je m’autorise un peu d’humour, de second degré, mais là c’est vrai que c’est plus premier degré, même s’il y a des tournures poétiques et des effets… Je peux pas m’empêcher de mettre de la forme. C’est vrai que c’est plus sérieux, mais c’est ce que m’inspirait la prod de Vin’s, et puis… Je sais pas, je voulais pas faire tout le temps la même chose, j’avais jamais fait un truc comme ça, donc voilà.


Pour la composition, comment ça se passe ? D’abord la prod, puis l’écriture du coup ?

P : C’est un peu ping-pong.

VDC : Le truc, c’est comme on habite ensemble, dès que je me mets à tapoter , elle entend et elle peut mettre le grappin sur des trucs.

P : Ou des fois, comme j’écris vite, j’enregistre et mon enregistrement et ma voix donnent des idées à Vin’s, et ça évolue, ça peut donner des trucs vachement différent.

VDC : Ouais, comme pour le morceau L’Encre, le résultat est très éloigné de ce qu’on avait fait au début. Pareil quand j’ai fait jouer Seb Lawkyz, qui est le bassiste qui a fait la basse du morceau, le track était très différent, les breakbeats étaient pas les mêmes, il n’y avait pas cette énergie et j’avais du mal à le mettre en musique, et quand il a mis sa basse et que Pumpkin a rappé dessus, je l’ai emmené vers un son un peu plus club, avec des arrangements plus ouverts et aériens, et c’est vraiment à partir d’une toute petite structure que j’ai eu les idées pour tout le reste.

P : Y a pas vraiment de règles.


Au niveau des projets futurs, ça vous tenterait de collaborer avec plein de monde (cf  le clip Hip Hop Ninja) ?

P : On avait fait un peu ça avec Like an Automatic Weapon, mais tu sais, les artistes, c’est des gens compliqués, j’adore collaborer avec des gens, et même sur Silence Radio, y a pas mal d’invités, mais il faut gérer les plannings, les envies des uns et des autres, et des fois, on préfère se poser et faire un truc à deux, qui ira plus vite, à l’instinct, on va pas attendre 3 mois qu’on nous envoie un mail. Mais bon, là, sur Le Beau Temps, on a encore collaboré avec plusieurs personnes.

VDC : On essaie de développer les collaborations avec des musiciens, on essaie de pousser le côté beatmaking plus loin, parce que c’est vrai qu’on parle souvent de collaborations rappeur-rappeur, mais des collaborations musiciens-musiciens, ça permettrait d’élargir un peu ce qu’on fait.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=BTDbl-IU5Zk]

Et il y a des gens qui vous suivent? Vous avez des fans ?

VDC : Il y a pas mal de gens qui achètent nos projets, oui.

P : Le terme de fan ça perd un peu de son sens. Les personnes qui nous suivent sur Facebook, c’est des suiveurs, pas des fans. Des fans, on doit en avoir deux/trois, pas plus. Là il y a un mec qui vient du 12…

VDC : Il a fait trois cent bornes pour nous voir à Toulouse, il était resté sur sa faim, et il voulait nous voir dans des meilleures conditions que celles du concert de l’autre jour, et il vient nous voir ce soir. Lui c’est un fan. Mais on voit aussi, avec Le Beau Temps, beaucoup de gens ont précommandé l’album, c’est assez fou de voir qu’il y a des gens qui achètent tous tes projets.


[Bonus Gorille] Si vous étiez un animal, quel animal vous seriez ?

(intense réflexion)

VDC : Un tigre, pour le côté compétitif. J’aime bien me mesurer aux autres pour aller encore plus loin. J’suis pas un expert en tigre, mais je crois que les tigres sont un peu comme ça.

P : Un truc entre le lynx et le chat. Le lynx pour la vue perçante, j’observe tout le temps, que ce soit sur scène ou en coulisse, où je suis un peu la manageuse. Et le chat c’est pour le côté un peu frime. Je suis pas comme ça, mais quand on est rappeur, on se met sur le devant de la scène et on essaie d’être le meilleur, d’avoir les meilleures formules, les meilleures choses à dire, il y a un côté frime qu’il faut assumer.


Faute d’équipement technique suffisant le soir de la release party, le Gorille n’a pas pu capter l’ambiance surchauffée de l’International ce soir-là. Mais le Gorille n’est que bonté, et vous laisse donc avec cet extrait de concert trouvé sur l’Internet mondial:

Propos recueillis par Romain

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