Mélat, la classe à Austin

     C’est fou comme des voix peuvent devenir les prismes à travers lesquels on vit des périodes de sa vie. Mon mois de septembre a clairement été rythmé par la délicate voix de Mélat. Après avoir gardé un œil sur elle pendant quelques mois, j’ai fini par être définitivement conquis par son dernier EP, Move Me. Une petite perle d’élégance racée dans le R’n’B contemporain renaissant de ses cendres depuis quelques années. Tantôt tourné vers des sonorités 80’s, tantôt imbriqué clairement dans la mouvance actuelle , le projet entier est un contre-pied constant qui redonne foi en la gent féminine.

Ou alors, c’est moi qui succombe facilement à tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la  classe dans ce marasme ratchet fait de combi en cuir et de concours de booty shake moites qui nous submerge depuis quelques temps. Ou peut-être que la musique de Mélat me rappelle celle d’Aaliyah (j’exagère un peu, personne ne peut remplacer la baby-girl) : un son R’n’B finalement assez éloigné de mes habitudes mais assumé avec une telle classe et une telle maîtrise que je suis obligé de fondre. Et puis surtout, c’est mon appétence pour dénicher de nouvelles têtes qui a parlé, là : en l’espace de quelques mois, il est possible de sentir une véritable évolution de sa musique. Une professionnalisation qui lui permet de rendre son travail plus percutant. Gageons qu’on risque de la voir et de l’entendre de plus en plus souvent dans les prochains mois.  Entretien.


Austin-Paris, le Gorille s’internationalise. melat

Que peux-tu nous dire à propos de ta vie à Austin ? Comment grandir à Austin a participé à te permettre de créer ta musique ?

Austin est renommée pour être la capitale mondiale du « Live Music ».  Pourtant, lorsque j’étais plus jeune, je n’avais pas le droit (et de toute façon, je n’en avais pas vraiment envie) de me rendre à un des nombreux événements dédiés à la musique qui se passait juste devant chez moi. En fait, je préférais rester seule avec moi-même. Je n’aimais pas particulièrement me confier aux autres donc j’ai commencé très jeune à tenir un journal intime. En grandissant, ce journal s’est transformé en un recueil de poème et parfois de chansons. J’ai toujours adoré la musique, et surtout le fait de chanter, mais j’étais trop timide pour le partager avec d’autres que moi-même.


Quelles sont tes influences principales ? Genre, si tu avais l’occasion de te poser avec n’importe quel artiste pour prendre un verre et discuter, ce serait qui ?

Tous les éléments musicaux que j’ai pu entendre au fil de ma vie ont façonnés ma musique. En général, j’évite de trop en écouter pour ne pas que ça ait trop d’influence sur ma créativité personnelle. Je cherche à recréer un son tel que je l’entends dans ma tête, distancié de ce que je peux entendre autour de moi. Mais j’avoue avoir une forme d’obsession pour la musique des années 40… Donc, si je devais prendre un verre avec n’importe quel artiste de l’histoire de la musique, ce serait Ella Fitzgerald. Parce qu’elle a réussi à s’imposer comme une figure incontournable de son époque mais surtout parce qu’elle a surmonté les obstacles pour devenir un nom respecté de la musique.


Pardonne-moi, mais j’ai encore du mal à définir ta musique (et c’est probablement pour ça qu’elle m’intéresse autant). Comment la définirais-tu ?

Je pense que c’est un problème que nous avons tous ! Mais, je le vis plutôt bien. Si tu veux, la musique que j’ai produite jusque-là suivait un certain gamut mais il arrive que je prenne des directions totalement différentes. Les gens peuvent étiqueter ma musique comme ils l’entendent, tant qu’ils l’écoutent. L’art n’a aucune barrière, tout comme ma musique. Je ne crée pas en fonction de paramètres établis : ma musique est telle que je l’entends dans ma tête et dans mon cœur.  Si un producteur me propose un beat qui me branche, je l’utilise, qu’importe le genre. Que ce soit de la Pop, de la R’n’B ou de la Soul. Je n’ai aucune barrière.


Peux-tu nous expliquer un peu la genèse de ton dernier projet, Move Me ?

Début 2013, Jansport J et moi avons bossé ensemble sur une chanson qui s’appelle Move Me et nous avions trouvé le rendu canon. Par la suite, nous avons continué de bosser ensemble, sur deux autres morceaux : Golden et Fanclub. Chaque fois, le rendu était meilleur que le précédent. On a donc décidé de pousser la collaboration à un projet entier, intitulé d’après notre première collaboration, Move Me. Je suis toujours autant surprise de voir des chansons écrites sur la base de mes pensées et expériences finalement être acceptées et validées comme étant de l’art. En fait, j’adore ça !


Sur Move Me, tu as un morceau intitulé Révélations 8.2En me renseignant, j’ai appris que c’était un verset de la Bible tiré de l’Apocalypse. (« Et les sept anges qui avaient les sept trompettes se préparèrent à en sonner »). Je suis curieux de ce choix, peux-tu nous en dire plus ?

Révélation 8.2 est une prophétie qui parle d’amour, de destruction et de renaissance. À la fin de toutes choses, qu’on ait accepté l’amour dans nos cœurs ou pas, on se rend compte que c’est la seule chose dont nous avions besoin. C’est ce dont j’ai voulu parler.


Quelle est ta relation avec tes origines éthiopiennes ? Et surtout, étant donné qu’il t’arrives de chanter en Amharique [la deuxième langue parlée en Ethiopie, ndlr], quelle est ta relation avec cette langue ?

Je suis une immigrée de première génération, comme on dit. Mes parents sont tous les deux arrivés d’Ethiopie dans les années 80. Et je suis parfaitement bilingue en Amharic, yene konjo [« mon beau », ndlr]. C’est une langue que je parle depuis toute petite et à laquelle je suis très attachée.

[youtube www.youtube.com/watch?v=mN-Nlb3fTJY]

Quels sont tes plans pour l’avenir ? (Au niveau artistique, mais pas seulement. Si tu songes à voyager et venir jouer à Paris, je me propose d’être ton guide !)

En ce moment, je bosse sur d’autres supers collaborations, je peaufine la réalisation de clips de Move Me, et j’ai pas mal d’autres projets sur le feu.  Et oui, les live sont clairement quelque chose qui est en préparation. Pour te répondre là-dessus, Paris a toujours été une destination de rêve où jouer. Donc, j’espère pouvoir accepter ton offre bientôt ! De toute façon, dès que je commence à préparer ma tournée européenne, Paris est en haut de la liste !


Merci Mélat. Tu souhaites rajouter une chose pour terminer ?

J’aimerais te remercier pour avoir proposé cette ITW. C’était super intéressant de discuter ensemble. Merci à toi et à tout ceux qui écoutent ma musique. C’est grâce à vous que je continue à faire ma musique malgré l’ardue tâche d’être en indé. Je fais tout ce qui est en mon pouvoir pour réaliser mon rêve et j’espère que ça portera ses fruits un jour. Bisous !


Propos recueillis et traduits par Maj

Site officiel : http://www.beholdmelat.com/

Twitter : https://twitter.com/beholdmelat

 Facebook : https://www.facebook.com/OfficialMelat

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