Tom Derhy, le départ d’un poète

« Je t’ouvrirai comme la mer rouge
Et tu crieras Moïse,
Par mon bâton je te guiderai
En terre promise »


Tom Derhy était un poète. Auteur, compositeur et interprète, il jouait avec les mots et les notes comme un magicien joue avec son chapeau. En apprenant sa mort, j’ai d’abord pleuré l’artiste et sa personnalité excentrique. Si ce jeune homme de 26 ans nous a laissé un message, c’est bien celui d’oser flirter avec l’insolite et de ne pas se conformer.

Le jeune prodige a sorti ce mois-ci un album posthume, Dans sa peau. Un projet auquel il se consacrait entièrement depuis quelques années, qu’il voyait fleurir de jour en jour, mais qu’il a choisi de ne pas voir aboutir. Sa voix chaude, elle, demeure parmi nous.

 

«  Je suis un hors l’amour,
Hors l’amour,
Cowboy du désir,
Pistolero du plaisir 
 »

 

Tom Derhy s’était construit son monde propre, peuplé de créatures sensuelles et de personnages biscornus. Son imagination délirante et sa vie riche en passions lui inspiraient des textes poétiques et des mélodies enivrantes. Chacun de ses morceaux s’écoute comme un petit conte par lequel on se laisse facilement happer. Dans sa peau est un longue balade dans l’esprit de Tom, une croisière entre ses désirs et ses souvenirs, ses peurs et ses rêves.

 

Sa musique, criante d’intelligence, parsemée de références mythiques et historiques, est le présent qu’il nous a laissé. Un testament riche en lyrisme et en fantaisie. Les paroles de Tom Derhy, drôles et émouvantes, osées et décalées, suscitent rires et frissons. Pour aborder le jeu amoureux, la virilité, la mort, ou encore l’actualité politique, le musicien s’amusait à revisiter et détourner des grands mythes. Le résultat mêle érotisme et ironie.

 

On décèle dans ce premier album une parfaite maîtrise de la voix, mais laissant toute sa place à l’émotion. Grâce à sa personnalité si singulière et à une technique vocale et musicale solide, Tom Derhy parvint à faire de Dans sa peau une oeuvre à son image : extravagante et subtile.

 

« Ton œil japonais me regarde bizarrement
Ton troisième œil me regarde bizarrement
Il pleure
De douceur
Sur ma langue »

 

Tom avait une formation de chant lyrique, mais au fil de la composition de son album, il parvint à mettre ses bases classiques de côté pour trouver sa personnalité vocale propre. Ses influences allaient du jazz au rock décadent, en passant par la variété italienne, et bien sûr, la chanson française. Il aimait particulièrement Georges Brassens, Jacques Brel, ou encore Michel Polnareff : des artistes entiers, comme lui.

 

Cet éclectisme musical se ressent dans les sonorités très variées de l’album. Dans la peau de Tom Derhy, on vibre tantôt au son de sa voix grave sur le piano, tantôt sur des rythmes latinos, parfois même sur des airs slaves ou des choeurs orientalisants. Bref, à l’écoute de cette oeuvre, bien des surprises vous attendent.

 

Tom Derhy est parti, laissant derrière lui cette oeuvre tout juste achevée. En la mémoire de ce grand artiste en devenir mais dénué d’avenir, écoutons-la, partageons-la, et n’oublions pas de danser et de rire.


«Un beau jour je m’envolerai, comme une poussière d’or»

Tara

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