20 ans. Et dans tout ça, un album.

          Pink Floyd, c’est un peu comme une caresse, qui d’un seul coup, vous griffe, là où vous le vouliez, pas forcément là où vous l’attendiez. À l’heure où la musique tourne autour du remix, se greffe à la reprise, enfin pardon, au cover, eux, n’ont rien repris, n’ont rien refait, et pourtant, ils n’ont pas changé, pas d’une mesure. Tout est là. The Endless River, finalement, prend la forme d’une suite, de la fin d’un trajet, vous voyez bien, ce trajet que l’on voit partir au loin sans pour autant savoir jusqu’où il va.

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          Il faut connaître pour aimer. L’album ne sera pas celui qui ouvrira la porte aux indécis ou aux curieux. Il sonne comme le Pink Floyd d’avant, c’est une suite logique, et pour comprendre une logique, il faut avoir des bases. Et pour cause. L’enregistrement de The Endless River a commencé dès 1993-1994, quand la France n’était pas encore championne du monde de foot, mais que le pianiste, le clavieriste, l’ARTISTE Richard Wright n’avait pas encore quitté ce monde, et par la même occasion son groupe, son Pink Floyd. Si l’on parle de suite logique, forcément, c’est parce que cette rivière sans fin est le fruit de la fusion pinkfloydesque – entendre psychédéliquement posée – de certains enregistrements restant de l’album de 1994, The Division Bell, et de nouveaux, enregistrés, sans Wright, entre 2013 et 2014, sous la direction de monsieur David Gilmour, ce génie dont les doigts ne pincent pas, mais glissent sur les cordes. À l’origine, l’idée de cet album vient d’une envie du groupe de faire un album instrumental de « musique ambiante » … D’accord.

Imaginez que vous êtes dans un centre de relaxation des années 2010. Non. Imaginez plutôt que vous êtes dans la pub Air France des années 1990. Vous voyez, vous êtes dans les nuages, vous sentez votre corps s’envoler, votre esprit… Très bien. Les bases sont posées, vous écoutez le premier titre, Things Left Unsaid. Mais sincèrement, on n’a pas attendu Pink Floyd vingt ans, pour ça. Si ? Je pourrais vous dire que les musiques sont belles, que les musiques sont fortes, puissantes. Oui, d’accord, c’est beau. Juste beau. Mais où se trouve cette fougue qui faisait que l’on ne savait pas sur quoi on allait tomber, à chaque battement, à chaque mesure, où sont passées ces surprises qui ont fait le succès de Gilmour et ses amis ? Justement, on arrive alors au titre It’s What We Do, et on se demande, toujours, ce qu’ils font. Et, je vous en prie, ne vous arrêtez pas à la chute libre du (sous-)morceau Ebb And Flow.

Car si vous aviez suivi, vous auriez remarqué que l’on parle ici d’une continuité de ce qu’a entrepris le groupe. SURPRISE ! Comme à leur habitude, aucun détail, aucune seconde de l’album, rien, n’est laissé au hasard, même les transitions, les moments de creux, les coups de grosse caisse. La voilà, la surprise du chef, du Gilmour que l’on voulait, du Gilmour qu’on entend timide jouer au fond de la classe depuis tout à l’heure. Sum fait disparaître les nuages d’un wah-wah de guitare, Skins vous réveille avec juste ce qu’il faut de caisse claire.  Ils réussissent même à faire sourire les Français. Forcément, qui n’est pas assez chauvin pour relever que deux de leurs titres s’appellent Allons-y ? Non, non et re-non. Pas « Come on ». Ils ont écrit Allons-y.

Et là, ça y est, on est parti. Ah oui, je vous le promets, on ne veut pas s’arrêter là, on le sent que d’autres choses vont se passer, que nos tympans vont encore se retrouver à…à…à pinkfloyder en somme. Et la musique glisse, les titres s’enchaînent, on ne s’en rend pas compte, mais ça passe et puis surprise absolue. Près de quarante-cinq minutes après avoir lancé l’album, une voix, et des chœurs. Gilmour se réveille à nouveau, accompagné de ceux que l’on ose rêver être les enfants du Wall, qui auraient bien grandi.

          Allez-y, foncez, faites comme les autres pour une fois. On ne veut pas faire les moutons, à suivre tous les avis favorables, tout ce qui a fait que l’album, sorti le 10 novembre, est déjà premier des ventes dans la plupart des pays d’Europe – évidemment les Italiens sont toujours différents, là-bas l’album ne se place que second, sinon ce n’est pas drôle. On ne veut pas, mais on ne peut pas faire autrement. Vous avez attendu vingt ans, c’est déjà suffisant.
Il a fallu quinze albums pour tout boucler. Syd Barrett et Roger Waters auraient du rester. Rick Wright n’a pas pu. David Gilmour et Nick Mason n’ont rien quitté. Pour vous. Et ce qui s’annonçait sans fin, cette Endless River, marque pourtant la leur.

 

Hugo

 

Pink Floyd
The Endless River
Sorti le 10 novembre 2014

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