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CHLLNGR – Form Of Release

Un petit Monsieur intéressant

Vacances de Noël. Là. En vacances. J’ai une pensée heureuse et émue pour vous. Réellement. Je pense à vous, dans mon hamac, un verre de jus de Prune de Cythère à la main, 30° au thermostat. Je pense à vous, et je prépare mon prochain article. Un obscur petit monsieur américain parti s’exiler au Danemark (quelle idée de partir dans un pays si froid ?). Là, en vacances son album me semble génialissime. Une voix envoutante, profonde qui ne manque pas de me rappeler la soul qu’écoute ma maman, des envolées presque lyriques de gospel et d’indie, une touche de R&B ça et là. Et puis enfin comme un cheveu sur la soupe : Dels qui commence à raper. Oui, comme ça. Sans pression. Jouissance absolue.

Ça, c’était ce que j’avais écrit au début. Aujourd’hui, mon approche guillerette et futile mérite une petite reconsidération de ce que je devais vous présenter. Alors, non, le Gorille n’est pas un espace de chroniques sociales, et je ne vous parlerai de rien d’autre que de musique aujourd’hui, mais un léger ajustement était nécessaire. Un monsieur un peu connu disait que quand on allait au cinéma, on levait la tête. On va essayer de lever la tête en ouvrant nos oreilles. Parce que non, Steve Borth de son vrai nom n’est pas réellement ce qu’on appelle couramment un artiste engagé. On retrouve ses traces dans un collectif appelé « Teachers », au sein duquel avec Benjamin Bronfman ils avaient produit Monster de Kanye West (le plus beau flow ragga de Nicki Minaj ever). En 2013, on les retrouvait à l’origine de New Slaves, le premier single de l’album Yeezus. Une chanson dont la démo m’avait certes échappée, mais dont j’avais bien aimé les textes. Moquez-vous, c’est assumé.

 

Cet album devenait de plus en plus intéressant. Proche de M.I.A et de Theophilus London, c’était un peu de mon adolescence qui apparaissait dans l’histoire de CHLLNGR, mon adolescence et un côté musique de biatch qui me plaisait bien. L’album en lui même est très bien construit. Une suite de vocals, ceux de Steve Borth, des synthés puissants et sombres. C’est un amalgame presque unique de soul, de pop et de beats dans une atmosphère voulue décadente qu’il nous offre.

Ce qui me frappe maintenant encore, c’est la profusion de featurings sur l’album. Ce sont eux, ces autres artistes qui propulsent et portent l’album dans une nouvelle dimension. Une dimension polymorphe, où la musique est belle et mouvante. Où un même artiste fait le choix d’un éclectisme brave et revendiqué qui devient alors sa signature engagée. On sent chez CHLLNGR que c’est la recherche au plus profond de son âme d’explorations originales qui forge son art. Indie, R&B, minimale, reggae, dub, gospel, électro, tout se mélange ici, il transcende la simple expérimentation musicale et propose une musique à son image. A l’image de son histoire (il le dit lui même) musicale, personnelle, professionnelle. Une musique qui lui permet d’être celui qu’il veut être, comme il le dit si bien : « Let me be » dans For the books, l’ouverture de l’album. Mais aussi une musique où, sans concessions, il fait un choix méticuleux de ces artistes qui l’accompagnent. C’est notamment le cas de Josiah Wise is the Serpent. Artiste performeur, chanteur de gospel païen, sa voix suave, m’a marquée.  D’abord dans la fusion qui se réalisait entre la musique et lui, mais aussi dans la fusion de ces deux voix pourtant différentes, celle de Steve Borth et celle de Josiah. On entend alors une seule et même chose, une chose puissante que je tente ici difficilement de vous décrire. La composition, la synthèse, la symbiose sont parfaites, profondes et originales. Une musique infinie. Un langage de l’âme.

Bref. Form of Release est sorti le 27 Octobre sur le label Time No Lapse.

Laure Adélaïde

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