Mais qui es-tu, Fyfe ?

En septembre dernier, on a interviewé Fyfe pour Stereofox. L’artiste, dont l’EP éponyme s’est fait remarquer au printemps, était de passage dans la Capitale pour un concert au Café de la Danse, en première partie de Sohn.  Autour d’un café, on a cherché à en apprendre plus sur son parcours et ses influences.
A l’occasion de la sortie de Control via Believe Recordings le 9 mars prochain, découvrez qui se cache derrière le timide Paul Dixon. En tout cas, nous on a aimé discuter avec un mec plein d’humour et qui a les pieds sur terre.

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Bonjour Fyfe, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Paul Dixon, et je suis connu sous le nom de Fyfe, certain me connaissent également sous le nom de mon ancien projet David’s Lyre. Je viens de Londres.

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Tu as été signé sur Mercury Records, une major, pour ton projet précédent David’s Lyre, mais tu as réalisé ton album sur Bandcamp. Comment est-ce que cette expérience et ce passage entre major et indé, t’as aidé à construire Fyfe ?

Ça a grandement aidé. J’avais 19 ans quand j’ai signé avec Mercury et que le contrat a été suspendu, et j’étais un peu au bout du rouleau. Mais j’ai beaucoup appris de cette expérience : j’ai quand même pu faire un album dont j’étais vraiment fier, je l’ai mis sur Bandcamp et chacun donnait le montant qu’il voulait pour l’album. C’était génial. J’étais ravi du résultat. C’est ce qui semblait la meilleure chose à faire dans cette situation. Finalement, ça a bien marché : l’album a eu une bonne réception, tant critique que de la part des fans. C’est très positif.
Pour la construction de  Fyfe, je pense que ça m’a permis de me rendre compte de ce qu’il fallait que j’améliore. Grosso modo, j’ai simplifié tout ce que je faisais et j’ai beaucoup réduit l’équipe avec laquelle je travaillais. J’ai vraiment fait en sorte que tout ce que je développais allait dans le sens de ce que je voulais, et d’avoir une ligne artistique précise – parce que si on n’a pas de ligne artistique, ça ne mène vraiment à rien.
J’ai passé beaucoup de temps à travailler sur le son que je voulais et ma manière d’écrire. C’est en travaillant que je suis tombé sur la « patte Fyfe » et que j’ai continué à la forger. Et puis nous voilà, deux ans plus tard !


Fyfe est très différent de David’s Lyre, est-ce que tu prévois de ressortir des morceaux ou un album en tant que David’s Lyre ?

Pas vraiment, pas maintenant en tout cas. Peut-être que je verrais les choses différemment dans cinq ou dix ans, mais pour l’instant je veux vraiment me concentrer sur Fyfe et ça prend tout mon temps. En fait, je suis vraiment ouvert à tout projet, donc je me vois carrément faire autre chose sous un nom de scène différent à un moment donné. Je veux juste me laisser la possibilité et être flexible, sinon on s’ennuie – et personne ne veut s’ennuyer… ou être ennuyant !


Tu es signé sur Believe Recordings, un label indépendant. Cependant, est-ce que tu penses qu’un artiste peut réussir dans la musique sans être signé ?

Oui bien sûr, mais évidemment être signé ça aide, et d’une part logistique et financièrement. L’aspect financier est important, parce que tout le monde a besoin d’argent. Mais mon équipe et moi, on ne cherche pas à devenir riche. L’important dans un label c’est de trouver l’équipe qui convient à notre projet, et qui nous soutient.


Dans certains morceaux comme St Tropez, ton univers me fait penser à ce que j’appelle de la “pop épique”, comme ce qu’on peut trouver chez Woodkid par exemple. Comment est-ce que tu définirais le genre de ta musique ?

A mon sens, c’est quelque chose à la croisée du hip hop, de la pop alternative, et du classique… Enfin « classique » n’est sûrement pas le terme adéquat, peut-être plus quelque chose comme de la pop « baroque ». Le storytelling et la folk sont assez important pour moi aussi. Donc si on mélange un peu toutes ces choses ensemble ça donne grosso modo Fyfe.
Ce qui a forgé mon univers, c’est la culture hip hop américaine de la fin des années 90/début des années 2000. C’est ce qui a influencé mon esthétisme sonore et ma composition, mais pas du tout ma manière d’écrire. Pour l’écriture, je dirais que c’est des artistes comme Jeff Buckley, Elliott Smith, John Martin ou Lauryn Hill

Donc c’est tes influences majeures ?

Oui, mais c’est dur de vraiment pointer ses influence. Je pense qu’on est influencé par tout ce que l’on voit ou entend. Mais mes artistes favoris sont Dr. Dre, Snopp Dog, Aalyiah, Pharrell, The Neptunes ou Kanye West…


Dans tes clips, particulièrement pour celui de Four You, il y a une emphase sur la danse. Est-ce que c’est une forme d’art qui t’intéresse ?

Oui et non. Je ne m’y connais pas très bien en danse, mais pour moi le rythme est très important. La cadence est presque aussi importante que la mélodie, en tout cas pour moi. Quand on joue en live, je bouge beaucoup et on essaie des choses. Pour moi le live doit refléter ce qu’on ressent. J’adore voir les gens danser pendant nos concerts ; parfois ça arrive, parfois non. Dans mon concert idéal, tout le monde s’amuserait et danserait.

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Tu as tourné avec Sohn dernièrement et tu t’apprêtes à sortir ton premier album sous le nom de Fyfe. Qu’est-ce que tu as pu apprendre des artistes avec lesquels tu as partagé la scène ?

J’ai beaucoup appris. D’abord, on réalise que la plupart des artistes qui ont réussi sont juste des gens normaux et sympa. La plupart des gens dans l’industrie de la musique ne sont pas des divas.
Sinon, sur un plan plus professionnel, j’ai surtout appris en termes d’organisation, notamment sur la tournée avec Sohn. Son équipe est vraiment adorable et compétente, elle nous a pas mal aidés sur tous les aspects que nous développons. On a discuté avec l’ingé lumière sur sa manière de penser les concerts de Sohn, on a également discuté avec un des programmeurs des possibilités d’Ableton, et avec  son tour manager. On a vraiment essayé de collecter le plus d’informations possible pour nous améliorer, parce que même si ça fait un bout de temps qu’on fait ce métier, c’est toujours bon d’apprendre de nouvelles méthodes de travail, des petites astuces pour gagner du temps et de l’argent. C’est toujours très utile.


A quoi on peut s’attendre pour Control, ton album à paraître ?

Control sortira le 9 mars prochain. Personnellement, je pense que c’est un bon compromis entre ce que les auditeurs connaissent déjà, des morceaux qui sont déjà sortis sur Soundcloud, et des morceaux originaux. C’est 50/50, c’est plutôt pas mal selon moi, en tout cas c’est ce que je voulais. A mon avis, personne ne veut un premier album uniquement constitué de morceaux qu’on connait déjà, mais en même temps, on a besoin de références précédentes avec lesquelles on est familier.
Evidemment parmi les morceaux déjà parus, la plupart sont dynamiques, parce que ce sont des single. Mais dans l’album j’ai choisi de varier les cadences et les ambiances. Attendez-vous à des bons morceaux !


Si tu pouvais collaborer avec d’autres artistes de ton label, pour les Believe Rec Sessions par exemple, qui choisirais-tu ?

Sûrement Breton ou James Vincent McMorrow. J’aime beaucoup le dernier album de James, c’est posé et ça a cette vibe un peu R’n’B que j’apprécie, et sa voix est extraordinaire. Breton, parce que je pense qu’ils sont vraiment bon, et ça pourrait être vraiment intéressant de travailler avec eux et voir où ça mène.


Believe a aussi des artistes Hip Hop français, est-ce que ça t’intéresserais de bosser avec eux ?

J’adorais collaborer avec des rappeurs. Mais je suis vraiment regardant quant au rappeur, notamment du point de vue de son écriture, ses propos… Je ne suis vraiment pas fan des propos misogynes par exemple. J’ai déjà refusé de collaborer avec certains rappeurs parce que je ne cautionnais pas leurs propos. Donc oui pour une collaboration, mais cela doit vraiment être un artiste qui me correspond, en termes de contenu.


Quelques conseils à donner à de jeunes artistes qui voudraient percer ?

Pousse ton projet jusqu’au bout, jusqu’à ce que tu  n’en puisses plus. C’est très dur de se faire une place dans l’industrie de la musique. Alors profite de chaque instant. Continue de composer pendant ton temps libre, et fais en sorte de ne pas surestimer ce que tu fais, la musique  n’est pas ton job tant que tu n’en tires pas la majorité de tes revenus.
Je pense que beaucoup de jeunes musiciens se  mettent beaucoup de pression inutile sur leurs épaules, et je pense que ce n’est pas nécessaire : amuse –toi !

Propos recueillis et traduits par Noémie

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