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Découvre les coulisses de l’exposition David Bowie Is…

A l’occasion de l’exposition David Bowie Is qui s’installe dans le bel écrin de la Philharmonie de Paris, Le Gorille a rencontré Marion Challier, coordinatrice d’exposition du musée parisien dédié à la Musique. Du métier de coordinateur, à l’organisation de l’exposition dédiée à l’icône David Bowie, nous vous ouvrons les portes de la Philharmonie…

David Bowie Is… aura lieu du 3 mars au 31 mai 2015. Les préventes coupe-file sont disponible ici.

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Photographie pour la couverture de l’album Aladdin Sane, 1973. Photographie de Brian Duffy. Photo Duffy © Duffy Archive & The David Bowie Archive.

Quel est votre parcours académique ?
Je viens de l’édition. Au départ, j’ai travaillé chez Gallimard et chez Libération. Puis j’ai fait du développement de projet documentaire dans une société de production. Enfin, je suis arrivée à la Cité de la musique, pour m’occuper de l’édition. Dans les expositions, notamment les expositions de musique, il y a un aspect qui nécessite de développer des contenus éditoriaux. Et au fond, c’est à peu près la même chose que de travailler sur une publication en 2D que sur un espace 3D.

En quoi consiste le méditer de coordinateur ?
Le métier de coordinatrice est différent d’un milieu professionnel à l’autre. Dans mon cas, il s’agit de coordonner les différents corps de métier qui gèrent une exposition. Autrement dit, nous sommes l’interface avec la direction du musée, le commissaire d’exposition, le scénographe, l’architecte d’opération, l’administration, la communication et la production.
Notre métier consiste également à faire du développement de projet, c’est-à-dire que l’on creuse et développe en amont, avec des commissaires, et de commun accord avec la direction, des sujets ou thèmes d’exposition potentiellement réalisables. Cette partie de notre métier est stimulante, car il arrive souvent qu’on ne parte de rien, seulement d’une idée que l’on souhaite explorer. Evidemment, l’objectif final est de proposer des expositions nouvelles et inédites. C’est ce à quoi se consacre la Cité de la musique et il est finalement assez rare que l’on accueille des expositions étrangères, comme c’est le cas avec David Bowie Is.
Pour les expositions de musique, le commissaire est généralement un journaliste ou un professeur, il n’est pas véritablement attitré et donc ne connaît pas toujours le métier. Le métier de commissaire est effectivement un métier à part entière, qui demande un savoir-faire et des capacités d’appréhension : comment montrer les idées en volume, comment les faire sentir au public, les faire pénétrer l’espace ? Par conséquent, mon métier de coordinatrice m’amène aussi à être coach, à réfléchir avec commissaires qui travaillent avec nous en quoi consiste la muséologie.

Comment avez-vous remanié l’exposition pour sa venue en France ?
Nous avons acheté l’exposition David Bowie Is au Victoria & Albert Museum (V&A) de Londres. L’exposition étant assez onéreuse et déjà très dense, nous n’avons pas pu énormément la modifier. De plus, un remaniement trop important aurait demandé une multiplication des démarches auprès du David Bowie Archives, alors qu’il ne travaille plus sur ce projet… Nous avons quand même fait le choix de rajouter une partie sur la venue de Bowie en France, au milieu des années 70, au château d’Hérouville, où il a enregistré une partie de ses albums Pin-Ups et Low. Nous avons également développé l’aspect analytique de l’exposition, en plus de son aspect sonore. Cette partie reste toutefois assez minime car David Bowie ne veut pas être  considéré uniquement comme un seul musicien, mais plutôt comme un artiste à part entière. Notre position est d’autant plus difficile vis-à-vis de cette problématique que la Cité de la musique est le premier musée, entièrement consacré à la musique, qui accueille l’exposition. Précédemment, ce sont plutôt des musées d’art qui l’ont accueillie.
Enfin, pour l’exposition Bowie il y a toute une partie annexe, qui est développée dans les salles de concert de la Philharmonie de Paris, où auront lieu des spectacles comme celui de Découflé WIEBO, un certain nombre de concerts, des conférences et des tables rondes. Il y aura également des ballades dans le musée, avec des musiciens.

Comment avez-vous retravaillé la scénographie ?
Le V&A nous a transmis des plans 3D que l’on a remis dans l’espace. L’exposition est un ensemble de dispositifs sonores et on s’est contenté de remettre dans l’espace en amélioration ce qui ne marchait pas très bien. Notamment, nous avons agrandi tous les écrans pour que l’exposition soit plus immersive. Cependant, nous y avons ajouté des petites touches qui étaient d’ailleurs présentes dans le mood book original des anglais. L’exposition étant très ouverte, très kaléidoscopique, avec pour idée principale que David Bowie est un collectionneur, aussi bien d’objets que d’influences, il manque parfois des repères chronologiques. Quant aux éléments que nous avons rajoutés, on les a  intégrés au fil du parcours, toujours en respectant notre souci de la chronologie.

Les ateliers en marge de l’exposition sont-ils une volonté de la Philharmonie de Paris d’avoir une démarche pédagogique ?
C’est dans l’ADN de la Philharmonie de Paris que d’être ouverte sur le public. Et aujourd’hui plus que jamais, notamment lorsqu’on voit que les jeunes se désintéressent de certains genres musicaux, comme le classique. On essaie d’aller chercher le public là où il est, pour tenter de l’emmener dans les concerts de musique classique et de musique contemporaine. C’est aussi notre démarche avec l’exposition David Bowie Is.

Est-ce la première fois que vous consacrez une exposition à un seul artiste ?
Ce n’est pas la première fois que la Cité de la musique se consacre à un seul artiste. Nous l’avions fait par le passé avec Serge Gainsbourg, Jimi Hendrix, les photographies de Bob Dylan etc. Mais on essaie aussi de mettre en lumière et en perspective des courants musicaux. D’un point de vue marketing et promotionnel, il est plus facile de se concentrer sur un seul artiste.

Sentez-vous qu’en France il y ait une attente autour d’une telle exposition ? On sait que Bowie a des liens intimes avec la France, mais est-ce que les français entretiennent de tels liens avec cet artiste ?
Oui bien sûr, je pense que Bowie a été très suivi en France. Il est très attaché à la France, mais je pense que les français sont également attachés à lui. C’est un artiste intergénérationnel, qui a fait des tubes importants et beaucoup de concerts en France. Il a également chanté en français – Héros, dont on ressort le 45 tours à l’occasion de l’exposition.

Est-ce compliqué de gérer la communication d’une exposition consacré à un monument de la musique ou est-ce qu’au contraire, cela facilite les choses ?
On avait un peu peur de subir le désintérêt de la presse, puisque l’exposition David Bowie au V&A avait été très médiatisée en France. On s’est demandé comment refaire parler de cette exposition à peine trois ans après Londres. Mais finalement, on voit que les médias ressortent des numéros spéciaux, les InRocks notamment. Je pense que, dans certains médias, il sera plus compliqué d’attirer l’attention sur Pierre Boulez, une exposition qu’on ouvre 15 jours plus tard et qui est aussi importante pour nous et sur laquelle nous avons mis la même énergie. D’ailleurs, le billet est couplé pour les deux expositions.

Pourquoi faire un partenariat avec Warner Music – distributeur de David Bowie, est-ce surtout pour faciliter la gestion des droits d’exploitation ?
Le V&A nous a vendu un package avec l’exposition David Bowie, tout y était déjà géré : droits audio, vidéos, etc. Le partenariat avec Warner, c’est surtout fait parce que j’avais envie d’inclure dans l’exposition le 45 tours de Héros, j’ai donc demandé à Warner s’il était possible de le rééditer. Mais il y a d’autres partenaires notamment « Make Up forever ». Nous allons faire un concours de maquillage !

D’un point de vue organisationnel, vous avez ajouté un certain nombre d’éléments à l’exposition, avez-vous du revenir vers le David Bowie Archive ?
Oui à chaque fois on leur soumettait nos projets via le V&A. Ça n’est pas quelque chose de difficile dans le sens où il existe un David Bowie Archive, qui connait extrêmement bien Bowie et qui est assez autonome dans la prise de décisions. Bowie sait s’entourer de personnes en qui il a confiance.

L’artiste est-il en background de l’exposition ?
Bowie surveille toute son œuvre, donc oui j’imagine.

Elvis Presley, les Beatles ont leurs musées (Graceland, Beatles Story Liverpool).  Mais finalement sur l’histoire du rock, c’est assez étrange d’avoir une exposition mondiale consacrée à Bowie alors qu’il n’y en a pas sur les Beatles ou Elvis.
C’est assez compliqué d’organiser des expositions autour de figures telles qu’Elvis Presley par exemple, à cause des estates – David Bowie ou Miles Davis (We Want Miles en 2010) n’ont pas d’estate, mais une famille ou un Archive donc c’est plus simple. Les estates demandent beaucoup de négociation avec les avocats des artistes ou ayant-droits puisque il y a beaucoup d’argent en jeu. C’est pratique puisque ça n’est lié qu’à une seule personne, mais c’est assorti de conditions financières conséquentes que les musées ne peuvent pas forcément suivre.
Mais effectivement, faire une exposition autour d’Elvis Presley serait très intéressant parce que cela soulève des questions autour de la notion d’artiste. Elvis Presley est un grand artiste mais en même temps il n’a jamais écrit la moindre note de musique, ou parole. Il a été acteur, son image a été énormément utilisée par l’art moderne. C’est un mythe, l’expression de l’inconscient américain. Ce sont des sujets intéressant pour la culture contemporaine.

Combien de temps prend une exposition à se mettre en place ?
Une exposition prend au minimum deux ans de travail, généralement deux ans et demi.

Propos recueillis par Elliot Latil & Noémie Huard

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