60° 43’ Nord , Le vent se lève

Embarqué avec deux cent kilos de matériel musical durant trente-quatre jours, sans escale, sur un vieux chalutier, Romain Delhaye (alias Molecule) véritable «pêcheur» de sons s’est exilé au cœur de l’Atlantique Nord afin de se constituer un répertoire de bruits du réel. De ce périple, Molécule relève le défi de réaliser un album entièrement composé à bord de son studio marin.
Le 24 Janvier 2015 la promesse est tenue, Molecule nous livre 60° 43’ Nord, à mi-chemin entre le reportage sonore et la composition de l’extrême, le projet ne se résume pas en quelques adjectifs ni ne s’ancre dans un genre musical en particulier.

L’objectif de 60° 43’ Nord n’est pas seulement d’enregistrer les bruits de la tempête mais plutôt de composer dans un environnement aseptisé de tous repères.
Isolé sur une épave flottante affrontant une mer hostile à la présence de l’homme, Molecule expérimente — à travers le sifflement cinglant de la houle qui frotte la tôle, le grincement des câbles qui remontent les abysses et le ronronnement sans fin des moteurs — le choc entre une nature agressive et les 2400 tonnes d’acier du Joseph Roty II.

[youtube www.youtube.com/watch?v=j31Izquhueo]

Nicolas Dufourcq, le directeur général de la BPI écrit dans Challenges la nécessité de connaître la musique électronique, «indispensable à nos oreilles modernes », elle seule est réellement contemporaine de ce que nous vivons car elle dit à quoi nos âmes et nos corps sont soumis. Si, dans son nouvel album, Molecule ne rend pas forcément compte du cocktail ultraviolet de nos vies urbaines, il s’attache néanmoins à faire entendre un monde brutal en expérimentant parallèlement
la beauté de tous les sons.
60° 43’ Nord transfigure un réel hostile et discordant en un second réel qui rappelle sans cesse sa source, empruntant simultanément ses diverses couches sonores pour recréer un « paysage stéréophonique » complet.

Le rendu musical de cette intrusion d’un bloc de ferraille au sein de l’Atlantique Nord tend vers une expérience sourde, transcendante et teintée de rouille. Chaque instant de l’album correspond à une étape de vogue pour Romain Delhaye, tantôt idyllique dans Le Jardin puis ténébreuse et anxiogène dans Rockall, comme dans le tourbillon d’un mer déchaînée.

En écoutant 60° 43’ Nord, on s’imagine aisément flotter dans la cale inondée d’un chalutier moléculaire, on espère aussi transpirer dans le sous-sol moite d’un club tant l’ambiance résolument techno de l’album inspire la nuit et le plaisir des corps en rythme.

Timothée Gutmann

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