Le cri du géant

Il y a le jazz, la soul, le rock, le classique et, au milieu de tout ça, un peu comme une bouée se faisant trimballer par tous les courants, il y a Benjamin Clementine.

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L’histoire est si médiatisable et déchirante qu’elle en devient clichée. Le jeune londonien, pour des raisons familiales, abandonne ses études d’avocat, s’achète un aller simple vers Paris et survit tant bien que mal sans le sou en jouant dans le métro parisien pendant bien quatre ans. Tel un Keziah Jones, l’impossible se réalise et, repéré par des producteurs errant par chance sur la ligne 2, il signe son premier contrat en 2013. Le bouche à oreille aidant, il se fait un nom dans les petites salles parisiennes, et sa carrière musicale est lancée.

Troublant et touchant, l’homme est unique. La silhouette étirée et longiligne, les pommettes hautes, la coupe afro et les pieds souvent nus sur scène, il possède un de ces physiques singuliers que l’on ne peut que remarquer. Son talent fait le reste. La voix, grave et profonde, déchire le silence, seulement accompagnée d’un piano et parfois d’un violoncelle. Cette simplicité met d’autant plus en avant la diversité presque virtuose du jeu de Clementine, capable d’un savant mélange des genres. Si l’accompagnement rappelle souvent Satie dans une délicatesse très classique et la voix une soul un peu mélancolique, le tout peut s’effacer à tout moment derrière une violence brutale et inattendue, que ce soit dans l’attaque du piano ou dans le chant passant du murmure au cri.

 

Pour ce qui est des thèmes abordés, ils sont profondément narcissiques, et ce n’est pas plus mal.

« Tout ce que je chante est autobiographique »

Les paroles sont en effet très personnelles, de la rupture avec la petite-amie aux disputes familiales, en passant par la solitude et la misère. Il n’y a rien de nouveau ou d’original dans le traitement des textes qui sont bons sans être innovants. Pour être franc, on peut écouter Clementine sans rien y comprendre, la musique parle d’elle-même, et le charisme seul de l’artiste suffit.

En effet, il est de ces artistes qu’il faut voir en live pour pleinement les apprécier. La preuve en est qu’à ses débuts, chacun de ses concerts se finissait sous un tonnerre d’applaudissement, le public, qui bien souvent ne le connaissait qu’à peine avant de le voir, entièrement conquis en l’espace d’à peine une heure. Il fut ainsi très remarqué aux Transmusicales de Rennes dès 2013 et on le retrouve aujourd’hui dans des festivals de plus grande renommée comme Beauregard. Sur scène, il met en place une véritable théâtralité. Les pauses dramatiques donnent encore plus d’ampleur aux différents morceaux, le chanteur lui-même devient acteur, la posture rigide derrière son piano, la mine sombre et l’habillement sobre. C’est une merveilleuse emprise qu’il exerce sur son audience, emprise dont elle n’a pas franchement envie de se libérer. Les critiques sont bien évidemment possibles, les chansons peuvent être un peu redondantes, le style ne fait pas l’unanimité, la couverture médiatique du story-telling est exagérée, mais n’empêche que quand on est face au bonhomme, il paraît tout de même bien difficile de rester de glace.

Adeline Méheut

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