Ibrahim Maalouf : une production faite d’influences et de partage

Vous l’avez peut-être découvert aux Victoires du Jazz, au salon Musicora ou sur le plateau du Petit Journal en septembre dernier, mais pour ceux qui ne le connaissent pas encore, il s’impose depuis quelques années comme une véritable révélation dans le paysage musical français. Ibrahim Maalouf, c’est un arrangeur, un producteur, un compositeur, un professeur, bref, un grand musicien qui puise son inspiration dans de nombreux genres musicaux. De l’improvisation au cinéma, en passant par les festivals et événements culturels en tous genres, il ne cesse d’user de créativité pour communiquer aux autres sa passion et son rapport à la musique.

Entre Orient et Occident, son œuvre entière se présente comme un véritable parcours initiatique à la découverte du jazz, de la musique classique, ou encore du rock, le tout souvent accompagné du son de sa trompette à quarts de tons. Dotées d’une véritable complexité musicale – avec des polyrythmies à 17, 19 ou 27 temps entre autres – ses chansons traduisent aussi une forme de sincérité et de simplicité, celle qui émane de ses convictions profondes et de sa sensibilité. De la fanfare, aux batucadas en passant par le blues, la bossa nova ou l’electro-pop, il offre à son public une diversité musicale à la fois érudite et populaire, qui fait de lui un artiste toujours plus sollicité et apprécié.

Le parcours d’un trompettiste peu commun 

« Ibé » débute l’apprentissage de la musique à l’âge de 7 ans et l’étudie pendant plus de 20 ans auprès de son père. C’est l’occasion pour lui de découvrir les musiques baroque, classique puis romantique ainsi que la musique contemporaine et d’apprendre à jouer de la trompette à quarts de tons (ou microtonale) inventée par son père, Nassim Maalouf, dans les années 60. Après avoir suivi des cours durant de nombreuses années, il va à son tour en donner, tout en se plongeant dans les sciences de l’interprétation et de la composition.

Ce qui semble le guider avant tout, c’est la volonté d’exploiter les ressources de l’improvisation et de faire partager cette passion à ses étudiants et au grand public. Le 8 février dernier, il a organisé une improvisation géante pour le salon Musicora, qui s’est déroulé dans la Grande Halle de La Villette et qui a réuni plus de 2000 musiciens. L’autre objectif phare chez lui : revaloriser le rôle de la musique classique dans la musique moderne.

Cherchant toujours plus de manières de s’exprimer, cet auteur prolifique continue de diversifier les supports de ses apparitions médiatiques et  tente de mettre sa curiosité et sa culture au service d’autres artistes avec lesquels il travaille. Il met l’accent sur la technique dans son deuxième album Diachronism ou propose avec Oxmo Puccino une réécriture du roman de Lewis Carroll, Au pays d’Alice. Il collabore également avec une veine diversifiée d’artistes tels Juliette Greco, Thomas Fersen, Sting, Vanessa Paradis, ou encore Grand Corps Malade pour son album Funambule quand il ne compose pas des musiques de films : Red Rose de Sepideh Farsi, Yves Saint Laurent de Jalil Lespert ou encore La Crème de la crème pour Kim Chapiron.

Une œuvre faite de partage  

Soucieux de produire une musique qui ne se limite pas à un intérêt esthétique, il partage avec son public ses convictions les plus profondes. Il multiplie par exemple les hommages, que ce soit sous forme de concerts improvisés, comme il l’a fait le 15 janvier pour les funérailles de Tignous, ou de productions musicales. Alors que Wind fait honneur à Miles Davis, ses derniers albums Kalthoum et Red & Black Light se présentent comme un hymne aux femmes – qu’elles soient des idoles passées comme la chanteuse égyptienne Kalthoum ou modernes (on pensera par exemple à la reprise de « Run the world girls » de Beyoncé). Pensés comme deux albums complémentaires, l’un se veut la mémoire des 40 ans de la disparition de la diva égyptienne, tandis que l’autre célèbre la femme d’aujourd’hui.

A l’image de ses autres projets, chaque album se présente comme une unité cohérente à part entière qui, tout en faisant écho aux autres pièces de cette mosaïque qui compose l’œuvre de l’artiste, s’impose comme approche originale et unique. Avec ses futures apparitions à la Philarmonie de Paris pour Kalthoum et sa tournée en 2016 pour Red & Black Light « Ibé » n’a pas fini de faire parler de lui !

Mélanie Laffiac

© Claire Corrion

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