Le plus heureux des hommes, à la croisée des sons

Souligna, c’est « un projet solo conçu par un groupe ». « Pour faire simple, les membres ont été à mon service, mais c’est moi qui était à la baguette sur les sons » me précise Popay, artiste compositeur de l’EP. Il s‘agit, en somme, d’un travail d’équipe destiné à exprimer la créativité d’un des leurs.

C’est au sein de l’association « arting pot » que Popay rencontre le rappeur Mc Belmondo et lance son premier projet. Après plusieurs années de travail commun, le tandem en rencontre un deuxième, YuAir et Mik le Désaxé, et en 2013 germe l’idée de réaliser un album commun « pour mixer les deux univers à la base assez éloignés ». Le groupe prend le nom de Le Plus Heureux des Hommes et est à l’image de ce qu’il veut représenter : « Le concept du plus heureux des hommes est assez simple : chaque être humain a une part de sombre et une part de lumière, le Plus Heureux des Hommes c’est l’assemblage de ces deux parts. Le nom vient d’un questionnement qui consistait à se demander : « Le bonheur c’est quoi ? ». On a tous des conceptions différentes de ce qu’est « être heureux », l’idée est de compiler ça sur un album en commun sans se mettre trop de barrières. Les musiques sont donc très variées, allant de L’enfant sauvage une réflexion sur la part d’enfant qui est en chacun de nous, à Coiffeur en enfer qui présente un personnage dont le plaisir quotidien se résume à coiffer des jeunes filles rousses !» L’alliance des deux duos mime alors l’alliance des deux faces qui composent l’individu et la variété des sons, à la fois avec et sans textes, rejoue les nuances qui existent entre chaque membre. Popay se dit satisfait de la réception de leur premier album : « Nous avons eu pas mal de retours positifs sur ce projet et les premiers concerts ont permis de se faire une idée de l’accueil du public ».

Après avoir écouté l’album sorti en juin 2014, le nouvelliste Anthony Fauré rédige une biographie du groupe qui met les mots sur ce que les miens semblent ne pouvoir qu’exprimer gauchement. Selon lui, « c’est en s’associant, en s’opposant et se fracturant qu’ils sont devenus le plus heureux des hommes. Le seul capable de marcher à l’équilibre, le regard planté à l’horizon, mélange de blanc et de noir qui ne donnera jamais du gris mais au contraire une explosion de couleurs infinies. »

 

Popay m’avoue ne pas être un « grand connaisseur de musique ». « Je fais partie des gens qui ont une assez petite playlist mais qui l’écoutent en boucle. Les albums Mise en abime de Everydayz, Trouble et Come a little closer de The Ambassadeurs, Poste Nature de Lucianblomkamp et ceux de Hippie Sabotage et Flume ont été de grandes sources d’inspiration ». Il fait de la musique « pour le kiff » sans en vivre pour l’instant. « Mon but est de faire des lives car j’adore ça. Ensuite plus tard si je peux en vivre, ça serait l’idéal, je pense que c’est le rêve de tout jeune musicien ».

C’est en samplant un vieux disque de sa mère que Popay compose le premier titre de Souligna courant 2014. En rajoutant ses propres sons électroniques, il donne naissance à Dork Champa («Fleur du frangipanier » en Laotien, emblème du pays) qui clôt aujourd’hui l’EP. « J’ai adoré la musique, du coup j’ai voulu créer un album entier en gardant ce concept, cette façon de faire, cet univers. Nous avons choisi le titre tous ensemble, Souligna c’est mon prénom en laotien, ça veut dire le soleil laotien. L’EP sonne assez ethnique, pour composer j’ai utilisé des vieux cd de ma mère, des sons asiatiques. Choisir Souligna comme titre pour mon projet solo était juste parfait, petit clin d’œil à mes origines, ma famille. »

L’EP s’ouvre sur l’envoûtant Pacifique, sample d’un chant balkanique, qui donne le ton du projet. Souligna se dessine alors comme un voyage au cœur d’un univers musical métissé, à la fois inspiré d’une culture orientale et de tonalités électroniques qui ne sont pas sans rappeler Rone ou Moderat. L’excellent titre Là-Haut évoque sans aucun doute les vagues sonores ensorcelantes de Tohu Bohu qui enthousiasmait la critique à sa sortie. A l’image des plus grands, Popay oscille entre des arrangements délicats, des samples à la fois mélancoliques et chargés d’une énergie fiévreuse. On se surprend à se laisser émouvoir par les nappes légèrement dissonantes qui montent en puissance et viennent emballer les phrases musicales orientales. C’est surtout à l’écoute des deux derniers titres que la magie opère et que l’on se sent pris dans un tourbillon captivant, presque euphorique.

Capture d’écran 2016-01-04 à 17.31.52

Si Popay partage son œuvre gratuitement sur internet c’est avant tout parce qu’il veut « montrer ce qu’il sait faire », et les prochains EPs des autres membres du groupe seront mis en ligne de la même manière. Mik le Désaxé enregistre actuellement son EP Dictatures avec le reste de la clique, un « EP ironique mais engagé », un « mélange de chanson française et de rap, le tout saupoudré d’instrumentales électroniques », alléchant. S’il va pour l’instant travailler sur ces divers EPS qui se profilent, Popay me confie vouloir se consacrer à d’autres projets personnels dans le futur.  Il veut faire de la scène, surtout. En novembre dernier, son concert à la galerie Clémouchka de Lyon a confirmé cette envie et le jeune homme me précise que « d’autres sont prévus prochainement ».

Il est certain qu’en laissant les portes de Souligna ouvertes à quiconque veut le découvrir il offre une visite dans un univers prometteur qui laisse son hôte curieux de voir la suite.

Clémence Métivier

Posts created 239

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut