Le Gorille parle Tetris avec Teki Latex & Orgasmic

Le Gorille a eu la chance de discuter avec Teki Latex et Orgasmic, le duo à l’origine du label Sound Pellegrino, pour la sortie de la nouvelle compilation maison : SND.Pe VOL 05. Ici, pas question de parler eau minérale, c’est bien de techno qu’il s’agit. Rencontre avec deux artistes atypiques passés du statut de groupe de rap à celui de patrons de label.

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La compile 

La nouveauté de ce cru signé SND Pe réside dans sa forme. Les différents artistes, pas forcément français ni signés sur le label ont été invités à composer des morceaux pour être intégrés à un mix continu de 53 minutes. Seule contrainte : un BPM de 130 à 140, et des morceaux purement mélodiques ou plus percussifs, mais toujours dans une optique d’enchaînements fluides pour créer une oeuvre originale et ouvrir des perspectives nouvelles.

« On a demandé aux gens qu’on aimait, aux gens qu’on écoute en ce moment, dont on est fan ou qu’on joue dans nos sets, aux petits producteurs à qui on parle sur Internet et aux gens qui ont déjà collaboré à certaines compilations sorties par le passé, ou tout simplement à des gens signés sur le label de faire des morceaux pour qu’ils soient mixés ensuite. »

Il s’agit donc de morceaux exclusifs, créés spécifiquement pour ce nouvel opus, à l’image de Hélix et son évocateur Drum Beat For Teki. Orgasmic a également collaboré au projet en y insérant Bercy, un des morceaux percussifs mais pas agressifs qui viennent apporter une colonne vertébrale rythmique à l’ensemble.

A travers la démarche d’une compilation sous forme de mix continu, le duo entend procéder à une forme de revalorisation du DJ. Il n’est plus seulement « passeur de disques », mais joue un vrai rôle créatif et artistique. Les morceaux sont utilisés comme des matériaux sonores bruts, transformés en un nouvel objet une fois mixés.

A noter que le CD comprend uniquement la version mixée, mais qu’un code de téléchargement à l’intérieur permet d’accéder aux morceaux individuellement, dans une optique de réappropriation de leur vision personnelle du mix.
« Un bel exercice serait de voir ce que les gens vont en faire et comment est-ce qu’ils vont se les réapproprier, on aurait presque pu proposer au gens de faire leur version à eux. En chamboulant le tracklisting, elle est remixable cette compilation, chacun a sa manière. »

A la question d’une musique électronique plus spontanée, à l’image de ce que l’on peut voir en b2b, le duo nous explique que le mix a été réalisé dans les conditions du live.
« On a enregistré à trois platines dans un studio. C’est pas du Ableton, c’est pas du montage par ordinateur. »

La compilation s’apparente donc à ce que pourrait produire le duo en club. Une soirée avec SND Pe comme si vous y étiez, en somme.
Cette démarche est à l’origine d’un vrai mouvement créatif. Ainsi certains artistes, après avoir écouté leur morceau inséré dans le mix ont fait passer au duo une nouvelle version de leur composition. Ces nouveaux morceaux permettent une recontextualisation et une réinterprétation à l’infini de certaines transitions ou enchaînements dans le mix.

Concernant la question de l’improvisation, Teki Latex explique qu’elle réside, en live, dans l’ajout d’un morceau de grime qui cartonne, ou d’un morceau de techno plébiscité, ou encore d’un a capella de rap par-dessus un enchaînement de morceaux typiques de la compile. Ainsi, les morceaux constituent des bases brutes, supports pour de nouvelles possibilités.

Sound Pellegrino : Teki Latex & Orgasmic – 12 Janvier 2016 by Rinse France on Mixcloud

Un petit point d’histoire 

Sur les 20 titres de la compile, huit seulement ont été composé par des artistes français.

Teki Latex déclare : « French Touch, c’est très connoté. Ça correspond à deux périodes, moi je prends ce qu’il y a de bon à prendre dans la première période, la deuxième aussi, mais c’est pas la peine de se cacher derrière le phénomène French Touch pour nier le fait qu’aujourd’hui il n’y ait pas de musique électronique purement française qui existe. »

On profite de la rencontre pour prendre une petite leçon d’histoire musicale par le boss de Sound Pellegrino. L’Angleterre a le grime, le Brésil a le baile funk, Baltimore a la Baltimore House, le New Jersey a la Jersey club, mais la France n’aurait pas de scène française à proprement parler. Il y aurait des « micro-niches » françaises en techno, mais pas de courant spécifique. Le seul exemple de musique française avec des contraintes, une identité propre et un langage musical dans la French Touch serait ce que Teki Latex nomme « house filtrée ».

« Et au final, la French Touch, à part une sorte de resucée de Chicago, qu’est-ce que c’était ? On peut se poser la question. C’était aussi un style de musique très bourgeois, qui ne prenait pas ses racines dans la rue. »

En ce qui concerne le rap, Mr Latex nous explique que le rap français ayant déjà une place très proéminente en France, et qu’il n’était pas forcément nécessaire de voir émerger un second courant musical franco-français. Par ailleurs, le rap représentait une certaine forme de minorités, évoquant les problèmes du quotidien, et était plus fédérateur, tandis que la scène électronique française (Daft Punk en tête) se plaçait comme un style musical plus bourgeois, moins populaire.

Le rap français tient son originalité de la langue française. En Angleterre par exemple la prédominance du rap US chanté en langue anglaise avait rendu nécessaire la création de nouveaux courants musicaux, et la nécessité de créer de nouveau styles pour contrecarrer la similitude de langue avec les USA.

Des français font de la techno « inspirée » par d’autres courants, à l’image de Bayern, un morceau composé par Le Dom, à mi-chemin entre techno de Détroit de Dopplereffekt, et grime. La compile se compose donc de morceaux d’artistes aux confluences de plusieurs conceptions, et surtout nourris d’influences internationales.

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Lorsqu’on l’interroge sur l’évolution de la consommation et de l’appréciation de la musique en France, Teki Latex nous parle de l’équivalence entre blocks parties et festivals en plein air, mais déplore que l’explosion de la musique électronique en France ne profite qu’à la scène techno 4×4 (pas vraiment puriste, ni totalement mainstream, mais qui reste abordable et n’ose pas s’aventurer hors des sentiers battus).

« Avec le temps, il y aura une réaction à ça, tout comme ce truc là s’est fait en réaction à la French Touch 2.0. Il faut juste que les générations se renouvellent, et la génération d’après dira ‘’Fuck la techno !’’ »
Au niveau de l’événementiel autour des soirées techno, tous deux considèrent que ce genre musical se consomme plus en soirées faussement « non-officielles ».

« Il y a beaucoup d’options de lieux, malheureusement pas beaucoup d’options de musiques différentes. »

Il évoque les soirées Bonus Stage, organisées par Betty Bensimon, les soirées Mains en l’air organisées par Orgasmic, plus axées trap et qui se veulent être des alternatives aux Blue Origin, Weather Winter / Summer et autres Eclosion.

Difficile de résumer en quelques mots nos impressions sur ces deux grands de la musique, on retiendra leur simplicité et la sympathie avec laquelle ils nous ont reçu. On aurait pu parler de tellement de choses encore, notamment d’Overdrive Infinity, l’émission lancée par Teki Latex sur Dailymotion au cours de laquelle il propose à des artistes de jouer en plateau.

A noter, pour ceux qui étaient présents à La Mooglie’s #3 au Nouveau Casino le 7 janvier que la performance de Skwig dans la prochaine émission d’Overdrive Infinity sera disponible en replay à partir de mercredi prochain !

Quick Questions du Gorille 

Quel est le son qui passe le plus chez vous en ce moment ?

Réponse commune : Craig David x Big Narstie – When the Baseline Drops

Votre meilleur souvenir de soirée ?

Orgasmic : « Il y en a tellement, c’est difficile… »
Teki Latex : « C’était en 2003-2004, quand on faisait les soirées Alors les filles on s’promène ? A l’époque on faisait partie de TTC, c’était l’époque où moi je commençais à me mettre aux platines, Orgasmic était déjà DJ, on organisait des soirées où on passait d’un style à l’autre, et c’était une soirée où tu pouvais aussi bien entendre Feadz qui jouait du Noriega mélangé avec du Ellen Allien, et Orgasmic qui jouait des trucs abstraits, des trucs brésiliens mélangés avec de la Ghettotech. »

On retrouve Teki Latex et Orgasmic pour une Boiler Room exclusive le 27 janvier prochain à Paris. Billets disponibles sur ici.

Nouvelle compilation SND.Pe VOL.05 disponible ici.

Soundcloud du label

Jeanne Capeyron x Harry Clunet-Farlow 

 

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