Dans l’univers virevoltant de Perez

Son nom a commencé à résonner depuis janvier dernier. Perez gagne aujourd’hui de plus en plus en notoriété, apparaissant souvent dans les playlists de revues musicales influentes, et, bien sûr, fréquemment dans les écouteurs du Gorille. Entre pop dansante et balades mélancoliques, il offre à la chanson française un nouveau souffle avec des compositions poignantes et tout simplement belles. Un univers original qui fait de lui sans conteste un artiste prometteur à suivre de très près.

C’est par un post Facebook exprimant la nostalgie de vacances que j’ai découvert Perez. Un artiste avec un morceau pop et sombre au clip absurde rappelant des séries B revenant tout droit des années 80. Ayant eu peur d’être passé à côté de cet artiste depuis un moment je demande à un camarade « Tu connais Perez ? » question à laquelle il me répondra « On connait tous un Perez ». Habile.

Cependant Perez n’a de commun que le nom.

C’est donc avec «  Les vacances continuent » que Perez ouvre son premier album nommé Saltos. Un premier titre qu’on pourrait qualifier de passe-partout : qu’on soit dans les transports ou en soirées, triste ou heureux, ce morceau est toujours un plaisir à écouter et est sans aucun doute un titre fort et phare de cet album. Une voix envoutante, une mélodie entrainante, des paroles singulières et un clip fascinant, ce titre combine toutes les qualités nécessaires pour être mémorable et appréciable.

«J’ai fini par jouir avec le temps d’être vaincu et quand je ferme les yeux, les vacances continuent » chante-t-il. Ce morceau annonce la couleur d’un album aux imaginaires marqués, présentant à travers une pop teintée de noir, un artiste moderne au ton paresseux, mais dont la paresse est sans doute sa principale force. Perez nous offre des textes simples, beaux, aux sentiments universellement partagés. Un album de 12 titres suivant le fil rouge du chagrin, de la mélancolie ou du regret dévoilant un ensemble plus que réussi et dont certains morceaux se révèlent être excellents, au potentiel tubesque.

Une forte singularité parfois dérangeante sur certains titres comme « Blockbuster » ou « Rock’n’roll, Funny people » dont les premières écoutes laissent un peu perplexe, mais une singularité qui finit toujours par nous embarquer dans cet univers à la fois urbain, sensuel et onirique.

Bien que moderne, Saltos emprunte également ses sonorités aux années 80 avec des synthés indémodables, notamment sur « Coup d’Etats », « La vie nouvelle » ou « Gamine ». Un mélange générationnel comme on aime faisant toute l’originalité de l’album.

Débutant à Bordeaux avec un groupe de Punk Hardcore, Perez a aujourd’hui pris un virage musical, en solo, basculant vers la pop électro. Un artiste aux multiples influences, comme Alain Bashung ou encore Etienne Daho dont les signatures vocales et musicales se font ressentir sur certains morceaux de l’album comme « Le Cirage », véritable ballade mélancolique de Saltos ou encore « Une Autre Fois », sûrement le morceau le plus original de l’album.

Un mec malheureux en amour qui se transforme en chaise, voilà comment résumer en quelques mots cette chanson. Un côté absurde, étrange, qui pourrait réfracter la plupart, cependant ce titre est un incontournable de l’album. Les variations de rythme et la précision des paroles conduisent à une modernité propre à l’artiste, à un tourbillon de sensations. Un chanté-parlé à la narration puissante, aux déclarations émouvantes. « On aura tout le temps, tout le temps une autre fois» mais pas d’autres fois pour passer à côté de ce morceau tant réussi.

« Gamine » est également un incontournable de cet album. Entraînant, aguicheur, léger, on s’imagine danser autour de néons sur ce morceau pop qui se loge au plaisir dans notre tête. Une véritable aura sensuelle présente tout le long de l’album se démarque ici et fait toute la beauté de ce morceau.

Des clips souvent simples, laissant les textes s’exprimer d’eux-mêmes, nous embarquent dans l’univers si particulier que nous offre Saltos. Avec cet univers généralement sombre, la plupart des titres pourraient figurer dans la playlist d’un bien connu driver taciturne de Los Angeles.

Mais le morceau qui se détache de cet album est sans hésitation, à mon avis, « Les bars des musées ». Un titre mettant en avant toutes les qualités que l’on peut trouver dans la pop de Perez : des paroles marquées par un spleen à contrepied d’une production gaie et entrainante, des couplets et refrains percutants, des teintes d’électro venant se mélanger à la noirceur d’une pop française très moderne.

«Quand j’entends ta voix au téléphone je frémis je tremble il faut que je me raisonne, ça emporte tout, je ne suis plus personne». Avec ce morceau Perez nous offre un son dansant comme il faut que l’on a envie d’écouter en boucle. Un véritable hymne au bounce back, qui nous fait oublier toute peine de cœur ou du moins nous aide à les surmonter. «Avec qui tu veux qu’j’aille danser ?» chante-t-il. Si ce n’est avec personne, ce titre (comme l’album) fera un excellent compagnon.

Si la musique de Perez est difficile à expliquer, elle possède sans conteste quelque chose qui ne laisse personne indifférent à chaque écoute. Une musique d’un jeune artiste qui nous conduit entre réalisme et onirisme, qui vient bousculer la chanson française par un genre original, moderne prouvant de nouveau que le français est une langue belle, une langue chantante et poétique.

Félix Régnier
Félix est sur Twitter

 

 

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