Rencontre avec les animaux sauvages d’Infecticide

En juin dernier, on les avait découverts au concert de Christeene à la Mécanique ondulatoire : puis ils nous ont fait hurler au Pavillon du Docteur Pierre en octobre. Le Gorille est passé à la répétition de Thomas, Jacques et Fabien, aux commandes de l’OVNI Infecticide. Il y a deux ans, le trio sortait Chansons Tristes en téléchargement libre : ils en sont maintenant à leur deuxième album – toujours sur le label indépendant Da Heard It! Records – disponible le 5 février. Poil de Coeur, c’est son nom, sera célébré le même jour aux Caves le Chapelais.
Ça risque de sentir un peu le vestiaire de judo” nous avait averti Thomas, le chanteur, avant notre arrivée. Nous ne les avons pas trouvés en judokas : on s’en est étonné, l’occasion d’interroger le groupe sur ce qui constitue une de leurs singularités, les costumes et la mise en scène, toujours très travaillés.

Le Gorille : On s’attendait à vous trouver en judokas ! Mais vous êtes souvent déguisés sur scène…

Thomas : On a été en insectes, en animaux, on a fait des espèces d’Elvis de l’espace, après on a fait des employés de fast-food. On a joué une semaine après les attentats, donc on s’est dit « qu’est-ce qu’on fait ? on peut plus y retourner en mec de fast-food : les gens ont besoin de rire », on s’est déguisés en comiques français. La veille des élections, on s’est déguisés en politiciens, un Mickey, un clown, un cochon. Quand les gens nous attendent trop, on change de costume. Les insectes on les a fait il y a pas mal de temps, mais au bout d’un moment les costumes sont détruits parce que c’est moi qui les fabrique.

Depuis quand êtes-vous sur le projet Poil de Coeur ?

Thomas : Deux ans. Les chansons continuent d’arriver. Une petite motte de peur, c’est la plus vieille chanson de cet album, on l’a composée après la sortie du premier. Et puis il y a un an et demi, on a décidé de vraiment lancer le nouvel album.

Avoir un album en vue, ça a changé votre façon de travailler ?

Thomas : Ça fait quand même un album cohérent au niveau du son, il est censé sonner mieux. Les morceaux du premier album je les ai fait tout seul en 2007. Je faisais du mixage comme je pouvais, du mastering sans m’y connaître, j’ai niqué les morceaux comme ça. On a sorti des morceaux qui sonnaient hyper mal, fallait pas que les meilleurs sonnent trop bien. Ça a vraiment été nivelé par le bas… Sur le deuxième, j’ai laissé ça aux gens qui savent faire (Rires)

Le deuxième album nous a paru plus sombre que le premier…

Jacques : Moi je le trouve pas forcément plus sombre.

Les rythmes sont plus longs, il est peut-être un peu moins dansant.

Jacques : Ah oui c’est vrai, peut-être que les morceaux sont un peu plus lents. Peut-être dans la musique alors… pas dans les textes. 

Vous avez dit à plusieurs reprises dans d’autres interviews que lorsque vous composez vous pensez beaucoup à votre public et au live. Cet album est peut-être moins dansant, ça va changer l’ambiance des concerts ?

Thomas: Il reste quand même des morceaux très énergiques. Et même dans les morceaux les plus lents, qu’on a testé en live, il y a une tension, une espèce de groove qui sont différentes. Après, le but n’est pas de refaire le premier album. Le premier album a été fait en tâtonnant, en essayant pleins de choses. Avec le deuxième album on a essayé de se surprendre soi-même. Notre but c’est pas de faire danser les gens absolument tout le temps, même si on aime ça et qu’on va continuer de la faire !

Jacques : Et puis y’en a dans l’album qui sont super dansantes.

Thomas : Le but n’était vraiment pas de faire des morceaux à pogo…

Ça vous a surpris la première fois que c’est parti en pogo?

Thomas : Ah ouais…

Jacques : Bagarre Générale, on a pas compris, et on comprend toujours pas trop !

Thomas : C’est un morceau lent, un peu hip-hop, donc c’est marrant de voir les gens pogoter là-dessus. Après en live on va pas refaire tout l’album non plus. Par exemple, on va pas refaire Derrière-mon guichet. Pour le moment, on la travaille pas, on sait pas la jouer en live. Mais on va faire en sorte que le live reste dynamique et que ça reste un défouloir. Pas que pour transpirer, mais pour rire aussi. Les paroles, c’est ce qui est souvent le plus mis en valeur dans les morceaux qui sont moins foufous.


Vous écrivez ensemble ?

Thomas : Non, c’est moi qui écrit. Infecticide, c’est un groupe que j’ai créé seul. On procède de cette façon : je compose les morceaux, et en live on est trois. On est un groupe de live. On n’insiste pas sur le fait qu’Infecticide c’est moi, parce que c’est pas le cas, on est un trio. C’est plus sympa quoi. On retravaille beaucoup pour le live, mais je leur demande beaucoup leur avis, je suis ouvert à pleins d’idées. On travaille ensemble en compo dans d’autres groupes. On a The Fat avec Jacques par exemple, qui est un groupe instrumental, plus analo [Analogique, Ndlr]. On compose à deux, mais on est quatre en live (Rires). ça permet d’avancer, c’est une question de productivité, ça permet de finir les morceaux.

Jacques : Oui, composer à plusieurs, ça demande du temps…

Thomas : Par contre, s’il y a des morceaux qui ne leur plaisent pas, je le prends vraiment au sérieux et je cherche mieux.

Vous sonnez hyper années 80, on entend l’influence de groupes comme Liaisons Dangereuses, ou d’autres groupes des débuts de la musique électronique, du postpunk, de la new wave…

Thomas : J’arrive pas à nous mettre des étiquettes. On a des influences, synthwave, coldwave, new wave, mais on a aussi des influences plus modernes comme Beastie Boys. Des influences qui se sentent plus dans le deuxième album, parce qu’il est un tout petit peu plus hip-hop que le premier, moins punk, juste un tout petit peu plus… (Rires) ! On fait de la chanson française, ça c’est sûr. On a du mal à la définir. C’est pour ça que d’habitude, je prends pleins de bouts de mots et j’en fait une description comme ça, parce que c’est absurde.

Oui, sur votre page Facebook, vous dites que vous faites du “Post-industriel-Synthpunk-electrowave-néo-dada calé-découpé”

Thomas : (Rires) Oui, on fait des petits bouts de tout ça, mais on en fait aucun en vrai. On baigne vraiment dans ce revival. Je trouve que ce sont des groupes qui refont ce qui se faisait, avec un synthé un peu pourri, plus qu’ils ne créent vraiment. Nous on aime bien défaire, je dirais. Prendre ce qu’on aime, en essayant de le combiner autrement avec autre chose. Mélanger des trucs qui normalement ne se mélangent pas. 

On avait noté une référence aux Enfoirés à la fin de l’album [Tu es dans l’armée maintenant], mais en fait c’était une référence à “In the Army Now”de Status Quo à l’origine.

Jacques : Parce qu’ils la chantent les Enfoirés ?

Oui, on a d’abord reconnu les Enfoirés, donc on s’est dit…

Jacques : Ah oui c’est… « C’est nous les Enfoirés » … Ah mais oui putain c’est vrai ! (Ils chantent) Ils arrivaient même pas à faire rentrer le texte dans le rythme. Je sais plus comment ça se terminait dans la deuxième partie… Ah oui j’avais complètement zappé… (Rires)

Oui, c’est pour ça on se demandait quelle était la référence (Rires)… Si c’était vraiment de la dérision totale…

Thomas : Ce morceau, je vais te dire d’où il vient. Notre label, Da Heard It! Records, appartient à  toute une grande famille Internet qui s’appelle Musique Incongrue. Dans Musique Incongrue, y’a Musique Approximative, y’a pleins d’autres labels, y’a des web radios, y’a des trucs passionnants qui sont toujours tournés vers la gratuité, le don, le partage gratuit des informations. C’est pour ça que tous nos albums sont toujours en téléchargement gratuit. Toute cette plateforme a été créée par un geek mélomane, Michel Bertier. Tu es dans l’armée maintenant a été écrite pour un des projets de cette plateforme, qui s’appelle Pardon My French. Le principe de projet  – c’est ouvert à tout le monde –  c’est de reprendre une chanson en anglais, de la traduire sur Google Translate, trouver une instru ludique, un pauvre micro et d’enregistrer en français. Et Michel Bertier m’avait dit « j’aimerais bien faire un morceau avec toi pour Pardon My French ». Du coup on a cherché pendant longtemps un morceau à reprendre, qui n’avait pas déjà été repris  et on a pensé à «In The Army Now » de Status Quo. Donc, oui, c’est du foutage de gueule. Du coup j’ai voulu finir l’album avec, et puis c’est aussi un hommage à Michel Bertier, qui donne énormément à la musique.

Cet album là sera gratuit ?

Thomas : Il sera gratuit en téléchargement en mp3. L’objet est vendu par contre.

Vous avez des projets de tournée ?

Thomas : Oui, on continue à faire des petites tournées. Généralement, on part deux ou trois jours. La prochaine petite tournée ce sera Rennes, Nantes (fin février) et puis on en cherche encore une troisième, et ensuite début Mars, le week-end suivant on va faire l’Embobineuse à Marseille, et puis on va peut-être essayer de caler une date sur Montpellier…

On a aussi entendu parler d’une collaboration avec Christeene, c’est encore top secret ?

Christeene-x-Infecticide

Christeene et Infecticide © Philippe Garonne

Thomas : Non, on va produire un morceau dans le prochain album, qui va sortir dans pas trop longtemps. En gros c’est musique par Infecticide et paroles et chant par Christeene. On chante pas tous les deux. C’est pour son album quand même. C’est lui qui nous a demandé ça. Trop contents ! C’est une belle amitié avec Christeene. C’est cool de rencontrer des groupes comme ça. Quand on a rencontré Kenji Minogue, aussi, c’était cool. Je ne sais pas si vous les connaissez.

Non…

Thomas : C’est un groupe flamand, de filles absolument géniales. Quand on les a vues on s’est dit : ‘Mais c’est nos cousines flamandes !’ Elles n’étaient jamais venues en France, elles ont débarquées, je sais plus, à 7. On a tous dormi là. (Rires) Trois là haut, 4 là, par terre.

Et la soirée de vendredi aux Caves Le Chapelais ?

Thomas : Ah, vendredi ! On est trop content de faire venir tous ces groupes [Musique Post-Bourgeoise, Le Crabe, Fourmi, DJ Pute-Acier, DJ Sinead O’Connick Jr., Ndlr]: mais on a un peu la pression car d’habitude on joue un peu où on nous demande de jouer, et là c’est nous qui organisons cette soirée, donc on prend des risques. On fait venir des groupes qu’on aime, on a tenu à faire quelque chose d’à la fois électronique, froid, underground. Avec des paroles en français qui ne soient pas niaises.

Le français peut rapidement être niais ?

Thomas : Le français, ça ne pardonne pas, je trouve. Quand j’écris, je me réfugie derrière l’humour, le second degré pour pouvoir monter sur scène et faire comme si j’étais un chanteur. Si tu veux faire quelque chose de beau en Français, t’as vraiment intérêt à travailler parce que c’est vite ridicule, je trouve. Par contre, là je suis absolument fou des textes de Musique Post-Bourgeoise, la musique est hyper pointue aussi, un bel assemblage. Le Crabe, pareil, il y a une vraie violence, je l’ai vu tout seul : j’avais cette salopette elle était intégralement trempée, imbibée. Il a mis son iPhone, ses instrus dessus, et un micro sans effets. Qu’est-ce qu’il a envoyé !
Voilà, je voulais faire quelque chose de vraiment underground. Avec une ambiance bien sombre : et un lieu où on te fout la paix, où tu fais un peu ce que tu veux. Pas forcément contrôlé par des vigiles qui viennent te voir toutes les 5 minutes. Là, on va vraiment être tranquilles. On a fait venir DJ Pute-Acier qui est un de nos DJ préférés, belge et qui nous a toujours soutenu et nous a beaucoup aidés. Il nous a beaucoup aidés à diffuser Infecticide. Et rendre ça un peu branché à un moment (Rires). Ils nous a fait passer du squat de punks à chiens à la soirée gothique. C’est un virage important !

Infecticide sera en concert le 5 février aux Caves le Chapelais.
Écouter et télécharger l’album ici.

Photo à la Une : © DR. DA HEARD IT! RECORDS

VICTOIRE CAÏLA

WILLIAM DE LESSEUX

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