2016 sera : FAIRE

On a adoré Jim, Annie, Christiane – les trois titres de leur dernier disque. C’est Raphaël, Romain et Simon, les trois membres de FAIRE, qu’on a donc voulu rencontrer et vous faire découvrir pour le coup d’envoi d’une semaine de découverte. Ils se connaissent du collège, et ont multiplié les groupes et les genres musicaux, du rock des premières heures au blues funky de MONEKE. Aujourd’hui, FAIRE a déjà sorti deux EP en près d’un an et demi, et le trio s’autoproduit à l’autre bout du monde. Interview virtuel sur skype avec Raphaël, Romain, depuis leur chambre ensoleillée de Mexico. Simon, lui, est encore à New York…

C’est quoi l’histoire de « Faire » ? Comment s’est constitué ce groupe que vous avez formé il y a plus d’un an et demi maintenant ?

Romain : Avant FAIRE, on a eu plusieurs groupes tous ensemble mais on était plus dans l’idée de vouloir faire quelque chose qui marche, qui fonctionne, avec des chansons bien faites : avec notre dernier groupe par exemple (MONEKE) on venait de quitter notre école de jazz, et notre objectif était de vivre de notre musique, mais ça ne marchait pas. FAIRE c’était l’inverse : on n’avait pas pour but de gagner notre vie avec ça, on se laissait même la liberté d’avoir d’autres choses à côté, on ne se présentait même pas comme un groupe mais comme un projet musical. Et puis un jour, on s’est retrouvé avec ces nouvelles machines – les synthé avec lesquels on compose aujourd’hui- et on a fait un concert dans la galerie d’une amie et ça a marché, le public a accroché. On a donc commencé à faire d’autres concerts et à jouer dans des festivals français, comme Psych Fest ou Bellastock.

Raphaël : Après ça, le public a vite commencé à se constituer tout seul et on a été sollicité pour faire d’autres dates, au fur et à mesure on s’est mis à avoir des chansons alors qu’au départ on ne faisait que de l’impro.

On vous compare souvent à des groupes comme La femme : vous êtes d’accord ? Plus globalement, quelles sont les influences artistiques que vous revendiquez ?

Romain : Disons qu’on partage beaucoup d’influences avec un groupe comme La Femme, tout ce qui s’est fait dans les années 80 et qui se rattache à la New Wave, à la Cold Wave, ou même à la musique surf. On aime bien l’idée d’appartenir à une mouvance, à cette vague française du moment qui fait retour vers les 80s (on nous a aussi comparé à Salut c’est cool par exemple), et ça nous fait plaisir.

Raphaël : On partage des inspirations, mais de là à dire qu’on leur ressemble, c’est peut-être un peu facile. On n’a pas de voix féminine par exemple. Après, à partir du moment où tu joues du synthé et que tu chantes en français … Nous on aime bien appeler ce qu’on fait de la Gaulle-Wave ou la Psych-France, histoire de rappeler cette influence New Wave avec la musique synthétique.

Ces derniers mois, votre carrière a surtout évolué outre-atlantique en même temps que vous revendiquez l’usage du français dans vos texte. Est-ce que ça ne pose pas de problème vis-à-vis du public ? Vous avez pensé à changer ou à traduire vos paroles en anglais ?

Romain : Vu que c’est un peu difficile d’écrire en français et qu’il y a pas des tonnes de groupes qui le font, on a trouvé ça important, de faire cet effort-là.

Raphaël : Et puis pour nous c’est pas forcément naturel. Avant on était plus dans un entre-deux français-anglais avec notre groupe précédent. C’est cool d’écrire en anglais, mais pour nous, c’est pas vraiment sincère, ça nous correspond pas trop. Et puis le français ne pose pas de problème vis-à-vis du public, au contraire, ça rend le truc un peu exotique (Rires).

Et de vous trois, qui est-ce qui compose les chansons ?

Romain : Le schéma se pose dans tous les sens. Ca arrive qu’on soit en répét, qu’on improvise et que ça devienne un morceau qu’on écrit à 3. Y’en a pas un qui écrit plus qu’un autre, c’est sur la même balance. Dans notre EP, par exemple, Jim c’est Simon qui l’a écrit, Annie C’est Raphael, Christiane, c’est Raphael et Moi.

Raphael : On enregistre une base, et ensuite chacun rajoute ses instruments. Ca va dans les deux sens, on peut commencer soit par les paroles, soit par l’instru.

Romain : En fait, comme on a commencé comme groupe live, 90% de nos chansons partait de l’impro qu’on faisait sur scène. Mais maintenant on a sorti un disque, donc on doit apprendre les chansons enregistrées pour les rejouer.

Raphaël : On est en train d’évoluer, de trouver une méthode qui se fait toute seule avec le fait qu’on enregistre. Dans les mois qui viennent, on va travailler des sets avec des chansons plus précises et construites, qui partent souvent du live donc, et qu’on va se retrouver à enregistrer.

Pour l’instant, vous faites tout de manière indépendante. Est-ce que vous êtes en train de chercher un label ?

Raphaël : Ca dépend de ce qu’ils proposent, de si ça nous correspond, et des contraintes qu’ils imposent. On a commencé à créer notre propre structure – FAIRE production – qui deviendra peut-être notre label ensuite, si on y arrive. Notre but c’est de s’autoproduire et pourquoi pas, après, faire enregistrer d’autres groupes. On a l’impression que les labels d’aujourd’hui te vendent des images toutes faites auxquels tu dois te conformer et qui nous correspondent pas forcément.

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Quand on voit les clips que vous tournez, on a l’impression que tout est très cohérent et que la vidéo compte beaucoup dans votre travail, que FAIRE c’est finalement un univers aussi bien musical que visuel… 

Raphaël : Oui, tout est lié, c’est nous qui faisons les vidéos nous-même, avec des personnes qui nous aident. Romain taffe pas mal sur le montage, moi je lui donne mon avis sur ce que je trouve bien, ce que j’aime moins, et puis on trouve ça un peu triste les groupes qui se mettent juste derrière un fond cool et qui font semblant de jouer. Une vidéo peut même nous donner une idée pour un son après. A Paris, on a fait quelques concerts avec un groupe de VJs – Konpyuta – qui faisait des vidéos en live, avec des synthé qui permettent de déformer les images et les couleurs. Et nous on jouait, on improvisait en même temps qu’eux.

Romain : A notre époque, pour bien recevoir un produit musical, les gens ont besoin d’un univers visuel qui va avec et ça on en a pris conscience. Pour notre dernier EP, les trois clips ont été tournés au même endroit, de la même façon, et peuvent se regarder à la suite, comme s’ils formaient une seule vidéo. Et dans le futur on aimerait même bien faire un film de A à Z.

En plus de la vidéo, vous créez aussi pas mal d’autres petits trucs, des objets, des disques, avec FAIRE. Parlez-nous un peu de ça.

Raphaël : Alors, on prépare par exemple un FANZINE qu’on a commencé à NY, où on a interviewé Martin Rev du groupe Suicide ; on va mettre des images du clip qu’on va retravailler, vieillir un peu le tout pour faire quelque chose d’inédit et on va ensuite imprimer le tout.

Romain : En fait Raphaël a travaillé une méthode d’impression, ça rend un peu comme de la sérigraphie. On va sortir ça en 50 exemplaires qu’on va mettre en ligne et chacun est unique ; comme l’imprimante bade un peu à cause de l’épaisseur du papier, et fait des jets d’encre, pas une image ne sort pareille. On a aussi fait des collages avec tout ce qu’on a pu récupérer entre NY et le Mexique et on s’est ensuite fait un petit atelier avec des couleurs, des papiers, des matières ; on prend quelques jours pour faire plein de Cds qu’on peut vendre ensuite. Du coup, ça fait que chacun des Cds est unique, y’en a pas un pareil, un peu comme nos live, vu que tout est parti et que tout part encore pas mal de l’impro.

Bon, vous avez la vingtaine, vous partez à l’autre bout du monde pour faire de la musique, vous vous autoproduisez sans trop de contraintes, et ça marche. C’est un peu le rêve sur le papier. Quelles limites ça a un système comme ça ?

Raphaël : En fait, c’est un projet qu’on nourrit depuis qu’on a 13-14 ans et avec ce groupe on s’est dit qu’on était prêts pour la première fois. On n’a jamais été aussi sincère qu’avec ça. Donc on a pris un an pour mettre des tunes de côté, faire des petits boulots, parce qu’on voulait vraiment se l’offrir ce truc de rêve. Là c’est vrai les choses commencent à prendre, on a des dates, on vient de vendre un son à Vogue Magazine NY pour une soirée par exemple, on a aussi fait un concert pour un pote à nous qui est photographe et qui a une marque de rhum : il vendait son rhum et nous on vendait nos disques…

Romain : Après aujourd’hui on ne peut pas encore en vivre, on puise toujours sur les économies qu’on avait faites avant de partir. On espère que quand on arrivera au bout de tout ça, ce qu’on a fait en amont va nous permettre de continuer. On a commencé à avoir un petit public dans les différentes villes où on est allé et les gens sont à chaque fois hyper réceptifs. A terme, on se dit que ça va prendre et qu’au au bout d’un moment, on pourra peut-être en vivre. Ca fait 6 mois qu’on est partis et ce qu’on a fait en 6 mois on l’aurait fait en 3 ans en France. On est plus créatifs avec la distance, quand tu bouges, tes idées bougent aussi. On va digérer un peu ce qu’on a appris en rentrant, et puis on espère repartir.

Et pourquoi New York ? Pourquoi Mexico ? C’est quoi votre itinéraire et votre prochaine étape ?

Romain : En fait, on a commencé par Montréal. C’est vraiment une ville superbe et la scène musicale y est incroyable, très underground, les groupes ont pas de page Facebook par exemple et il faut les connaître pour pouvoir les suivre. Ensuite on a rejoint Simon, notre guitariste, à New York où on n’avait pas prévu de rester mais on s’est vite trouvé embarqué, on a enregistré le disque en trois mois et tourné les clips.

Raphaël : Nous deux, on vivait dans un garage avec treize autres artistes, des photographes etc., on avait juste quelques concerts de prévu et on s’est dit qu’on allait enregistrer un disque, on a transformé notre chambre en studio, et on a rencontré un ingé son qui nous a aidé.

Romain : Mais à NY y’avait pas ce qu’on recherchait au niveau de l’ambiance et beaucoup de gens là-bas nous disait d’aller à Mexico. On n’avait pas prévu de rester non plus, on voulait juste monter les vidéos au soleil mais des dates de concerts sont tombées, on a eu un article dans Indie Rock Magazine qui est un des plus gros magazine de rock d’Amérique du Sud et ça nous a poussé à rester ici pour enregistrer plus de sons et faire d’autres concerts. Dans le futur, on ne sait pas trop si on va essayer de remonter vers la Californie, si on va rentrer en France, ailleurs en Europe, ça dépend des concerts qui nous attendent. On se laisse le temps de se préparer pour de gros concerts ; notre but en ce moment c’est surtout de trouver des festivals.

Et selon vous, un autre artiste qui va marquer 2016 ?

Raphaël : Nous on kiffe bien un groupe qui utilise un peu les mêmes machines que nous : INFECTICIDE. A chaque fois on loupe leurs concerts mais on aime beaucoup ce qu’ils font.

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Propos recueillis par Salomé Burstein
Photos © Maewenn Bourcelot

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