2016 sera : Guru Fiction

Ils sont six : Melchior – le guitariste – Ian « the foreigner », à la basse, Louis dit « Loulou » – le batteur -, les deux Pepper Brothers, Sheppard et Jameson et Jesabel, dont on a entendu la voix soul et envoûtante dans le Baron Rouge de l’Impératrice. Cette bande de potes forme Guru Fiction, véritable chimère musicale où s’entremêlent rap, rock, mélodies jazzy et groove quasi-magnétique. Rencontre avec ce groupe improbable, énergumène délicieux et insolite, qui ne manquera pas de rythmer votre année 2016.

Comment vous vous connaissez tous et quand est né le projet de Guru Fiction ?

Loulou : On a tous eu des groupes avant mais ça fait depuis avril ou mai dernier qu’on s’est retrouvé pour un projet commun. Et puis, Melchior et moi on est cousins et on a toujours voulu faire de la musique ensemble.

Melchior : Moi, je connais Jameson et Shep depuis un petit bout de temps. Puis j’ai rencontré Ian en pension, on a fait un groupe, et quand Ian est venu à Paris ça s’est fait comme ça.

Jesabel : C’est un peu des destins croisés. J’ai rencontré Shep et Jameson quand on a collaboré tous les trois avec l’Impératrice, j’ai eu un gros coup de cœur musical pour leur duo (Pepper Brothers) et j’avais très envie qu’on ait un projet ensemble. J’ai fait des collab’ avec eux deux puis ils m’ont dit qu’il y avait des garçons avec qui on pouvait faire du live, et ils m’ont proposé une date au point éphémère. C’est là qu’on a fait notre premier concert à six.

Le principe de base c’est de faire un groupe uniquement live ou vous comptez trouver un label ?

Melchior : Oui, trouver un label c’est ce qu’on veut faire, mais surtout on va produire plus, et on a déjà enregistré des chansons.

Loulou : Y’a pas encore eu de sortie officielle mais là on aimerait sortir un EP, on va bientôt ré-enregistrer.

Avec Guru Fiction vous nous faites entrer dans un univers très éclectique, où tous les styles musicaux se côtoient. Est-ce que ça part de la volonté de signer un projet éclectique ou c’est parce que chacun d’entre vous apporte instinctivement son registre et son genre personnel ?

Ian : On vient tous de backgrounds très différents. Quand on était plus jeune, par exemple, Melchior jouait de la guitare, puis il a commencé à produire des sons plus dans le genre électro. Il est ensuite revenu à la guitare, dans quelque chose de plus « jazzy », ce qu’il travaille aujourd’hui au Conservatoire en parallèle. Shep et Jamo, eux, ont une dynamique hip-hop/rock/blues qui vient déjà de leur propre duo. Jesabel, avec sa voix, apporte l’aspect vraiment soul. Et puis Loulou était aussi dans un groupe de rock avant.

Loulou : Oui, j’étais dans un groupe de rock blues, où on chantait en français. Mais ça faisait très longtemps que j’avais envie de faire du hip-hop, ou plutôt du trip-hop, et surtout que j’avais envie d’être libre. C’est ce que je trouve dans Guru Fiction : on peut faire un beat hip-hop et puis d’un coup passer sur du reggae, comme dans Track III par exemple. C’est quand j’ai vu ça que je me suis dit que j’avais envie de m’investir à fond dans ce projet .

Ian : Quand on s’est tous retrouvé, ça a pris assez naturellement. Melchior apporte cette harmonie jazz au mix et on a commencé à jammer à partir de ça. Ce qui en est sorti prend un tour parfois très hip-hop, à d’autres moments plus jazzy ou rock n’roll.

Sheppard : Et puis, c’est de la musique groove, pour danser aussi.

Melchior : Je pense que le temps aussi va décider si on va s’aligner sur un truc particulier. On apprend à se connaître musicalement.

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Oui, enfin s’il y a quelque chose de très hétéroclite dans les vocals, ça reste aussi assez cohérent au niveau de l’instru …

Jesabel : Y’a un mélange entre l’unicité de chacun et ce qu’on en fait avec le temps. C’est sûr, on tire une force du fait d’être six et que chacun ait son propre rapport à la musique. Plus on va jouer ensemble, plus il y aura une base fusionnée, et en même temps ce groupe restera quelque chose de très original puisqu’on garde chacun notre sensibilité.

Et comment vous travaillez ? Qui compose par exemple ?

Jesabel : C’est assez libre, et puis un processus de création, c’est en évolution pendant des années, pour n’importe quel groupe. Après on a effectivement des bases de fonctionnement : par exemple Melchior ou Jamo vont apporter des prods, on va commencer à jammer dessus, et les idées viennent. Mais ça se fait aussi de manière individuelle, dans le sens où chacun met son petit grain de sel, pour créer. Chacun écrit sa partie de texte mais après on s’inspire tous les uns des autres.

Loulou : Les choses viennent ensuite naturellement. Certains ont toujours leurs carnets par exemple, avec des lyrics écrits à l’avance mais parfois on joue et les chanteurs improvisent puis on reparle de tout ça.

Sheppard : On crée à partir des émotions. On est plus dans le sentimental que dans le cérébral.

Jesabel : C’est ça aussi qui est assez fascinant avec un groupe à six et surtout à trois voix. Ca nous apprend à trouver notre espace comme à le partager, à laisser assez de place aux autres.

On a l’impression quand on écoute vos chansons que l’instru va vraiment s’adapter au groove du chanteur : lorsque c’est la partie plus hip-hop, c’est la basse qui va suivre par exemple etc. Chacun a comme son petit thème qui le suit …

Sheppard : Carrément. Mais inversement aussi, ça peut être la voix qui va suivre l’instru.

Ian : En réalité, ça part souvent de l’instru et puis les voix se greffent dessus. Je pense que ce qui est surtout important c’est qu’on « emprunte » toujours des petites chosesà chaque style, et jamais le style lui-même dans son intégralité. California, c’est un bon exemple : l’harmonie est très jazzy, ce n’est pas une chanson disco. Si tu la joues à la guitare ou au piano, le disco c’est la dernière chose qui te vient à l’esprit. Mais après, par le rythme et la manière dont les voix se posent sur l’instru, ça devient une chanson disco.

Justement, certaines de vos compositions sont assez dansantes. Est-ce que vous voulez faire de la musique pour que les gens bougent, est-ce que c’est un de vos objectifs ?

Melchior : Ca dépend. Une de nos dernières chansons par exemple, Backway, ne fait pas tellement bouger.

Jesabel : Il y a un équilibre de toutes les manières. Quand on fait de la scène, on part tous d’une envie de célébrer. La vie c’est une fête ! C’est avant tout l’idée de tous se retrouver, d’être ensemble pour passer un bon moment, pour chanter la beauté ou la difficulté des choses. Et puis dans l’effusion de la fête, on a aussi besoin de moments où se poser. C’est ce genre de moments qui vont accueillir des morceaux comme Backway et qui vont être d’agréables respirations. Ce sont ces alternances qui nous permettent d’évoluer, de réussir à varier, d’aller parfois vers des choses plus recherchées.

Mais même quand vous faites des morceaux plus lents sur scène, vous avez une énergie assez incroyable qui pousse les gens à danser …

Melchior : C’est parce qu’on est beaucoup ! Y’a tellement de personnes et d’énergie que les gens s’excitent naturellement.

Loulou : Et aussi parce que ça groove, le fond groove toujours même si c’est un peu plus lent.

Ian : C’est aussi assez naturel, parce qu’on se connaît tous tellement bien. Je pense que les gens arrivent à ressentir qu’on est très à l’aise les uns avec les autres. On est tous de très bons amis, on n’est pas que six musiciens qui se sont cherchés et retrouvés pour former un groupe. On s’amuse, on se sent bien et le public capte ça je pense.

Malgré tout, ça reste quand même assez compliqué de travailler à six parfois, non ?

Jesabel : Oui, c’est parfois hyper dur. Après je trouve ce qu’ont dit Ian et Shep très pertinent parce que par rapport à des groupes qui vont se créer professionnellement, et où il va y avoir une énergie de travail très pro, pour nous c’est très émotionnel. Evidemment, il faut aussi apporter une base de structure pour évoluer mais ce qui nous nous réunit aussi c’est de passer des moments ensemble, de manger ensemble etc. Quand on est parti en Sicile pour enregistrer la première mixtape par exemple, on habitait ensemble, les uns sur les autres, et ça fait partie de l’histoire de ce groupe selon moi. On n’est pas seulement lié par la musique mais par des liens d’amour très profonds ! On forme tous une grande famille.

Sheppard : Yes, it’s a family affair ! (Rires)

Du coup vous avez un projet, une nouvelle session de prévue pour enregistrer d’autres morceaux bientôt ?

Jesabel : On va voir ce qu’on fait des morceaux qui existent déjà, et en même temps comme on évolue vite, on va bientôt réenregistrer et voir ce qu’on garde. Et puis c’est pas un projet exclusif, on a tous des choses à côté, des projets musicaux ou des études, comme Loulou par exemple, qui finit son diplôme d’architecture dans trois jours.

Loulou : Melchior et Ian font aussi de la prod à côté, Shep et Jamo ont leur duo, et je fais de la musique tout seul.

Vous avez un concert prévu à Paris bientôt ?

Melchior : A priori, notre prochaine date sera peut-être à Milan pour la Fashion Week.

Ian : Après on espère pouvoir trouver des festivals cet été. On essaye en France mais aussi aux US ou en Angleterre où les festivals sont très bons pour des groupes émergents et où il y a un gros marché pour les groupes comme nous qui chantent en anglais. Je pense que le public français adhère à ce qu’on fait surtout en raison du groove et des mélodies plus que pour les paroles du coup.

Et la question de chanter en français ne s’est pas posée, ou l’option de faire des chansons dans les deux langues ?

Sheppard : Bah quand on déconne, on parle plein de langues différentes entre nous, mais on n’a pas enregistré en français.

Melchior : C’est aussi un truc commercial. Les français peuvent écouter des chansons en anglais, c’est moins courant et peut-être moins facile pour les anglais de faire l’inverse.

Jesabel : Après moi j’ai jamais chanté en français non plus, je ne me définis pas comme étant française, mes influences musicales sont multiples et ça a plus de sens pour moi de chanter en anglais.

Loulou : Et puis entre nous on parle anglais ! Déjà c’est plus pratique pour communiquer avec Ian (rires). Du coup, c’est fantastique, j’ai vachement progressé ! Non et puis surtout j’ai découvert vachement des choses, des influences américaines et anglaises que les autres avaient et que je ne connaissais pas comme SnarkyPuppy, un groupe incroyable avec une autre façon de groover, qui n’a rien à voir avec ce qu’il se passe en France.

Et en plus de vos styles tous différents et vos références personnelles, vous avez des influences musicales en commun ?

Sheppard : You’ve got to be yourself man

Jesabel : Jill Scott !

Sheppard  The Eagles !

Ian : The Roots aussi, ou justement Snarky Puppy. C’est un autre exemple de gros groupe, comme nous : ils sont 40 mais avec six membres fixes, et les autres bougent et évoluent en fonction des besoins. Pour l’instant on se partage les rôles mais c’est aussi ce qu’on aimerait faire quand on pourra se le permettre, avoir des trompettes, quelqu’un pour jouer du clavier etc. The bigger we get, the better we get !

Jesabel : Oui carrément ! Après on est déjà beaucoup, pour l’instant il faut qu’on trouve notre fonctionnement pour étoffer nos propres sons.

Melchior : Mais le tout marche bien pour l’instant, on est assez content. C’est le bon début d’une histoire d’amour.

Un autre artiste qui risque de marquer 2016 selon vous ?

Loulou : Hijacked par exemple ! (Rires).

C’est ton duo Jesabel ?

Jesabel : Oui, c’est un duo électrosoul, trip-hop. On a fait une première sortie en 2014 qui est resté assez discrète et là on sort un deuxième EP en mai 2016 !

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Propos recueillis par Salomé Burstein et Alix Leridon 

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