Autour de KillASon

KillASon est un artiste à 360° récemment signé sur le label indépendant Fin de Siècle. ‘Hoddest in My Town’ faisait partie de nos coups de cœur de 2015 et les titres de son album The Rize, réédité en ce début d’année, ouvrent de nouvelles perspectives à la scène Hip-Hop française. Son style ne s’impose pas de barrière, ses ambitions n’ont pas de frontière, et on lui souhaite de continuer dans cette voie, jusqu’ici très prometteuse. Portrait.

Au départ, le projet devait donner lieu à une collaboration à deux, entre potes. Finalement, The Rize est un travail très personnel, qui a donné naissance à KillASon et a révélé son alter-ego dans la production, Maki La Machete. Ces deux personnages un peu creepy et à l’énergie folle ne font qu’un et sont les purs produits de l’imagination débordante de leur auteur, Marcus de son prénom. Producteur, rappeur, danseur, et même un peu dessinateur, Marcus a choisi de se lancer en solo dans la musique parce que « c’était plus intéressant au niveau de l’identité artistique de tout faire tout seul, ça permettait de créer un univers propre, personnel ». Electron libre dans le processus de création, KillASon ne s’impose pas non plus d’attache dans le milieu du rap, et ne cherche pas à s’inscrire dans un courant particulier de la scène française : « Je me cherche encore, je suis un jeune artiste. Et ma définition de l’artiste, c’est d’être différent des autres, c’est de savoir exprimer des émotions à travers le prisme de son propre style, de sa propre patte. Y a des gens qui font des choses sympas tout en ressemblant aux autres, ça veut pas dire que c’est mauvais, mais c’est pas ce que je cherche à faire. »

On compare souvent son flow à celui d’Andre 3000, ou son personnage à celui de Tyler The Creator. Il ne nie pas ces influences outre-Atlantique (il est un peu plus sceptique quand on le compare à Zebra Kats) ; cependant ce ne sont pas tant ces artistes qui guident sa direction artistique mais bien plus l’inspiration qu’il va puiser dans des films ou des mangas. En d’autres termes, son univers n’est pas strictement musical : « il va sur d’autres chemins ».

C’est ainsi qu’il s’est constitué un personnage bien à lui, qu’il a lui même dessiné pour la pochette de l’album et qui prend d’ailleurs parfois les traits d’un personnage de manga. C’est un personnage qui joue sur l’étrange, qui assume le rôle du creep et le pousse au 1000ème degré avec ironie. Dans le rap game il est peut être bien the oddest in town, sinon the hoddest (hot + odd, NDLR). KillASon affirme accorder beaucoup d’importance à l’élaboration de son personnage et de ses différents aspects, qu’il décline également dans son flow et à travers un jeu sur sa voix qu’il module dans plusieurs morceaux : « en général les changements de voix j’aime beaucoup ça, j’aime beaucoup incarner des personnages. C’est quelque chose d’important dans mon univers. Je le fais aussi parce que certains de mes morceaux sont assez psychédéliques et le fait qu’il y ait des changements de voix ça vient accentuer cette dimension. » Toujours dans la langue de Shakespeare, il nous parle entre autres choses du ‘trou noir’ qu’est la ‘condition humaine’, d’un ‘dirty future’ (‘Ready Or Not‘) mais aussi un peu d’amour, avec humour (‘Wonder‘).

Côté platines, Maki La Machete oscille entre des basses pêchues et électrisantes, des petites perles grime (‘Black Crook’), des mélodies pop (‘The Mind’s Eye’) en passant par des productions downtempo aux sonorités planantes, teintées d’un synthé rétro et finalement rattrapées par un léger sursaut trap dans ‘Wonder’. Rien ne tombe jamais dans l’évidence, tout nous surprend. L’album, loin d’être monolithique, nous fait découvrir les multiples facettes de son auteur, qui ne souhaite « fermer aucune porte » dans la création : «  je me ferme pas en me disant que je fais du rap. J’aime la pop, l’électro, le reggae, le dancehall… Quand je fais un son je me dis pas ‘faut que ça ressemble à un son hip hop’. » Chaque morceau reflète « un état d’esprit différent, une énergie particulière » qu’il parvient à communiquer avec brio à son auditeur.

Dans la réédition de The Rize, on trouve une version étendue de son excellent freestyle pour Ready Or Not, et ce titre sombre aux tonalités grime, Black Crook, issu d’une collaboration avec Holy Faya, une marque de bijoux et vêtements imprimés en 3D. Marcus a rencontré les deux créatrices d’Holy Faya l’été dernier à Paris : « On s’est bien entendu, et je les ai retrouvé quand je suis parti à New York un mois. Nelly m’avait proposé le projet comme ça : ‘le personnage c’est Black Crook, on veut que tu fasses un son et on fera un clip ensemble’. C’était parfait pour moi, ça me permettait d’avoir un nouveau son pour la réédition de The Rize et d’avoir un double champ d’attaque, en France et aux Etats-Unis ». Le résultat est ce morceau, un des plus réussis de l’album, accompagné de son clip mêlant magie noire, strass et paillettes, et ponctué des pas de danse hypnotiques de l’inquiétant ‘Bats the Creature’, aka Bathily Mamadou. Cette collaboration a déjà éveillé la curiosité du NY Times, mais aussi de The Fader et d’Afropunk – rien que ça.

Depuis quelques temps, KillASon travaille sur un nouvel album pour lequel il ne compte pas brider sa créativité : « le but c’est de pas me fermer, et je me fermerai pas sur ce deuxième album. C’est vraiment beaucoup de travail, j’ai peut-être quatre ou cinq propositions d’album qui sont passées à la trappe, mais c’est pour 2018 alors je veux me laisser le temps de développer de nouvelles vibes. »

En attendant 2018, vous pourrez apprécier sa performance en live dès samedi au Badaboum, le soir de la release party de Fixpen Sill.
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Écoutez-le, aimez-le.

Alix Leridon

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