L’harmonie lyrique

Qui dit artiste particulier, dit chronique particulière. Jouons carte sur table, ce petit gars qui se cache derrière le nom de Tim Dup, je le connais et bien de surcroît. C’est pourquoi la première personne sera de rigueur aujourd’hui, parce qu’il faut savoir chambouler les codes, après avoir été soi-même chamboulé.

Faire une chronique sur un artiste dont on est proche, sur un ami, c’est toujours compliqué (ah parce que t’en as beaucoup des potes qui sont des stars en devenir toi ?). À vrai dire non, des stars je n’en connais pas – et puis je m’en fiche un peu – mais ce petit mec a déjà tout d’un grand, à tel point que l’envie furieuse de raconter son concert m’a pris aux tripes alors même que mon regard était fixé sur la scène. Sous mes yeux, un type aussi familier qu’étranger, aussi habituel que surprenant … Je me prend à (re)découvrir un artiste que je n’avais jamais vraiment écouté et le résultat est sans appel : l’ami m’a invité, l’artiste m’a convaincu.

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À la vingtaine passée, Tim Dup oscille entre insouciance volontaire et naïveté politique. On lui prête la plupart du temps l’adjectif de mélancolique mais permettez-moi un barbarisme : ce pianiste est davantage un mélanjolique. Enjolivés dans une voix criarde, souvent cassée et toujours juste, les mots prennent une rondeur, une vie, une histoire. Alors oui parfois j’ai reconnu mon pote, dans sa manière de vous prendre par l’épaule dans ses chansons et d’inspirer la confiance mais c’est surtout dans les péripéties initiatiques poursuivies par Tim Dup, que l’on reconnaît l’artiste.

Indéniablement, la poésie semble émaner d’elle-même et la prestation du chanteur a tout d’une représentation captivante. Désireux de décrocher les yeux du portrait d’un enfant aussi timide que révolté, je me mets à observer ceux qui m’entourent durant cette soirée à la Gaîté Lyrique. Des couples qui s’enlacent sur les airs de Moira Guint – une ode à l’amour inconstant et la vie insaisissable – des amis qui se lancent des regards complices sur les situations quotidiennes décrites dans Ter Centre, une petite fille qui caresse la joue de son père tendrement touchée par les envolées vocales des Ours Polaires. Oui, sa musique est personnelle et empreinte un chemin direct de son émotion à la nôtre, en ligne droite, allant parfois jusqu’à l’impact.

Je voyais ces réactions et je me disais bêtement que c’était beau, que c’était incroyable de voir comment la voix de ce petit bonhomme arrivait à embaumer cette salle de la Gaîté, démontrant par là même qu’elle était vraiment lyrique. Comme en apesanteur, il enchante son récital sans aucune fausse note en rendant un hommage vibrant à ce que nous a laissé la chanson française. Le tour de force réside effectivement dans le fait que Tim Dup semble redorer le blason d’une chanson française qui connait enfin un renouveau depuis quelques années mais qui avait bien été – il faut le dire – maltraitée. On repense enfin l’importance des mots, le choix du texte et de l’atmosphère afin de créer une symbiose quasi invisible tant elle est bien faite entre le piano et la voix. La jeunesse engendre l’audace et parfois, une base plus électro, plus pop et parfois des basses hip-hop viennent s’ajouter au duo que l’artiste entretient avec son piano ; avec un tel accompagnement rythmique ses chansons rentrent dans une autre dimension, et Tim Dup maintient son regard bienveillant tout en restant sur sa planète.

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Alors oui, il n’en n’est qu’à ses premiers pas musicaux mais la maturité est déjà bel et bien acquise et l’exercice scénique est bien maitrisé. Comment rester insensible à cette tête de gosse, qui distille ses colères et ses échecs dans des mélodies qui parlent d’elles-mêmes. Les insanités, les diatribes, les colères s’enchainent et pourtant il en demeure une légèreté indéniable, une douceur qui plane au dessus de tout cela et on se prend à être captivé à ne plus en bouger durant certaines chansons à l’image de celle qui clôture le spectacle et qui m’est personnellement restée dans la tête plusieurs jours durant… Je vous laisse la surprise. Captivé oui, enfin pas trop longtemps quand même puisque le sourire reviendra sur vos lèvres à la vue de ce petit bonhomme tentant de balbutier une blague entre deux chansons, ou littéralement en train de s’enfoncer quand il évoque un amour impossible et sa possible comparaison à un grand malade amoureux.

J’ai l’impression de m’être fait dupé en résumé. Derrière un ami peut aisément se cacher une âme, un double artistique capable de vous prouver – dès les premières notes – toute la grandeur de son talent. Petit chanteur deviendra grand et au delà de l’ami, on ne peut qu’avoir confiance en l’artiste. Cette soirée à la Gaieté restera marquante, presque bouleversante tant la variété est apparue frontalement ; j’en ai pris une vague en pleine face. Aller au concert de Tim Dup, cela vaut le détour car les agréables surprises s’enchainent tour à tour. Allez au concert Tim Dup, c’est voir un artiste se laisser aller, et avoir une petite larme qui veut s’en aller.

Jordan Moilim

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