Julien Doré n’est pas qu’un travesti

Revenons sur le cas Julien Doré, ovni devenu star française et internationale.

Ce fils unique qui a grandi à Lunel et à Nîmes, et réalisé sa scolarité au Beaux-Arts n’a pas fini de nous surprendre : Julien Doré divise encore l’opinion du public français.
Adoubé après sa victoire de la Nouvelle Star en 2007, et après avoir accédé à la notoriété grâce à sa reprise mythique, genrée et sensuelle de «Lolita » — surpassant largement la version originale de la chanteuse teen Alizée — il s’impose dans le paysage musical français.
Mais ça n’a pas toujours été si simple : ce n’est qu’après avoir emprunté les chemins de traverse des débuts d’une carrière de musicien, enchainant plusieurs formations consécutives, que Doré parviendra à obtenir une reconnaissance de son milieu.

En 2002, il monte son premier groupe « Dig Up Elvis » (« déterrez Elvis ») sous le nom de Julien Goldy, et écume avec son groupe les bars de Nîmes sans grand succès.
En 2006, Julien Doré et Guillaume de Molina formeront également le projet « The Jean d’Ormesson Disco Suicide » : formation polymorphe qui reprend les grands succès de la disco (tels que « Born to Be Alive »). Doré n’échappe donc pas à la règle : la route vers le succès est longue et escarpée, et trouver son public n’est pas une mince affaire pour celui qui prétend alors casser les codes de la musique populaire.

Pourtant, le voici, le succès, pour le chanteur élu « homme le plus sexy de l’année » par le magazine ELLE en 2007.
Et quelqu’un avait semble-t-il notifié la singularité du chanteur avant tout le monde : l’animateur Cauet diffuse en octobre 2006 lors de son émission sur Fun Radio un titre que le Doré lui fait parvenir : une balade toute douce appelée « Je vais t’enculer ». C’est le début de la notoriété pour cet artiste Janus : une tête tournée vers la farce et la dérision; et l’autre dirigée vers la douceur, la capacité de mettre en poésie ce qu’il y a de profondément commun.

juAlors, on a tout d’abord eu droit aux reprises de chansons de variétoch — pensons à la cultissime « Lolita » d’Alizée, mais aussi à « Femme Like You » de K. Maro — faites grâce à sa voix gutturale et sensuelle. Emoi général. Doré devient la coqueluche des françaises, et son talent musical n’est plus à prouver. Car bien au delà de l’effet de surprise des reprises proposées sur le plateau de la Nouvelle Star, c’est tout simplement de la poésie que l’artiste nous propose. Il ne fait pas que se lover dans la peau d’adolescentes pré-pubères ou exprimer les sérénades d’un rappeur à la dérive. Julien Doré ne fait pas que se travestir.

Il élève le débat. Crée du beau avec du rien. Le rien d’une soupe commune. Mais il ne se fait pas qu’acteur, car bien au-delà de modifier les chansons, par le biais souvent du cynisme et du rire, il les transforme, les fait essences d’une seconde émotion.

Pourtant, le chemin du travestissement pouvait être taxé de facilité : Julien Doré « racole » son public en le faisant rire. Mais pour qui va plus loin, l’émotion est au rendez-vous : c’est parce qu’il va chercher au fond de nous cette part d’hybride, à la croisée des sentiments, entre le rire, le cynisme, la joie, le pathétique.

Et il en reste beaucoup, de l’émotion. Car Julien Doré n’est pas simplement un chanteur à sensation, voué à disparaitre. Il va plus loin.
Et il le prouve grâce à son dernier album : Love.
On ne trouvera dans cet album aucune reprise, pour ne laisser place qu’à des compositions originales, poinçonnées par la singularité du chanteur. Il ne compose plus par dessus lui-même des personnages, alors l’essence n’est plus dans la caricature. Cette fois-ci, il devient sa musique, il donne chair à ses nuances, proposant à la fois des chansons douces, pathétiques, drôles.

Belles.

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