NuitsSo : le Moyen-Orient était à Lyon

On reproche de plus en plus aux festivals – et en particulier à ceux qui donnent la part belle aux musiques électroniques – de toujours programmer les mêmes artistes et de laisser peu de place aux producteurs, musiciens et DJ émergents. Ces critiques sont parfois justifiées, mais témoignent trop souvent d’un manque d’honnêteté – et de curiosité – du public comme de certains journalistes. Quoi qu’il en soit, difficile de faire ce reproche aux Nuits Sonores. Et si ce sont les têtes d’affiche qui font le plus de bruit dans les relais communicationnels et médiatiques, ce ne sont pas forcément elles qui font le plus de bruit sur scène.

©Laurie Diaz

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Vu et entendu au Hall 3 – Nuit 4

« C’est ça qui est dingue avec Nuits Sonores, tu prends les plus grosses claques là où tu les attends le moins. Ces gars là j’en n’avais jamais entendu parler, mais on est là pour faire des découvertes, et ici pas de risque d’être déçu ! »

Ces gars là, ce sont les quatre membres du groupe 47SOUL, point de confluence où la world orientale se jette dans le lit agité d’une électro bouillonnante et urbaine. De ce mariage découle la création d’un nouveau style musical que le groupe appelle « Shamstep » en référence à leur région d’origine, le Bilad el-Cham. L’influence de cette région transparaît dans leur musique à travers la réappropriation de genres traditionnels comme le dabke, le chobi et le mjwiz. Quand les mélodies festives et sensuelles partagent la scène avec les boîtes à rythmes, un grand regain d’énergies positives gagne le public. Le Hall 3 est sans doute le moins peuplé de la soirée, mais c’est aussi celui où l’on danse avec le plus de liberté, et où l’on peut bénéficier d’une grande proximité avec les artistes. On profite d’un concert à taille humaine, où l’ambiance particulièrement gaie nous fait oublier le caractère brut et froid du hangar. Le public communique, échange, et ne cesse d’acclamer les artistes qui semblent partager complètement cet état d’esprit, et assurent un show détonnant, entre hip-hop, lignes de guitare délirantes, chants (en arabe et en anglais), électro kitsch et synthé.

Tout au long de la nuit, le Hall 3 est un espace d’expression musicale très ouvert ; ouvert d’esprit, ouvert sur le monde et sur les styles performés. Pour cette Nuit 4, c’est le Moyen-Orient qui s’invite à Lyon, pas simplement parce que les artistes programmés viennent de cette région du monde – oui, parce que ce n’est pas parce qu’on invite Nina Kraviz qu’on met la culture russe à l’honneur –, mais parce que c’est tout une conception de la fête et de la production musicale qui est amenée sur le devant de la scène. Les artistes viennent avec leurs instruments, leur culture, mais aussi leurs revendications et leur histoire. À une heure avancée de la nuit, alors qu’on regagne le Hall 3 après une première heure de set très prometteuse de DJ Harvey (que nous retrouverons plus tard, dans une forme olympique), on a du mal à comprendre ce qu’il se passe sur scène. Un homme à lunettes de soleil et en bleu de travail se tient à côté d’un lecteur cassette (à peine plus complexe que celui que vous aviez sur votre table de nuit à 12 ans) et fait des petits pas de danse chaloupés, négligemment. On s’est demandé pendant dix bonnes minutes qui était ce technicien bourré et déguisé en Gunther (souvenez-vous) qui dansait, impassible, sur des chansons populaires orientales. Jusqu’au moment où on croise le programmateur, qui nous explique qu’il s’agit en fait de DJ K-sets, au nom on ne peut plus explicite.

©Youcantbuybuy

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Manuel Sanchez, l’homme derrière la moustache, se veut médiateur d’une culture lointaine, riche et trop peu connue, en s’adonnant à un travail d’archive gargantuesque aux quatre coins du Moyen-Orient. Lors de ses voyages, et grâce à ses amis et contacts, l’Espagnol de naissance récupère les sons fugitifs des autoradios et collecte la moindre cassette qu’il trouve, du moment qu’elle évoque la beauté chaude et ondulée des rues de l’Orient. Ce sont ces petits trésors qu’il diffuse dans le Hall 3, amenant avec lui soleil et la bonne humeur. Le public s’entortille, s’enlace, les corps et les esprits se délassent… Quand Manuel saute de scène pour rejoindre la foule ondulante, une ronde se forme autour de lui, et tout le monde danse en cœur. On n’a qu’un regret : si le lieu et la scénographie brutes collent parfaitement avec l’esprit rave que véhiculent les artistes des Hall 1 et 2, le Hall 3 fait un peu pâle figure et l’acoustique n’est pas parfaite. On se console en appréciant les soundsystems assez exceptionnels des deux premiers halls dans lesquels – et ce malgré leur très grande taille – le son semble presque palpable.

© Gaetan Clément

© Gaetan Clément

À la fin de sa performance, on retourne au Hall 2 pour le highlight de la soirée. DJ Harvey termine son set devant une foule survoltée, qu’il domine du haut de son desk. Hyperactif et juste un petit peu dingue, il nous prouve que présence scénique et dj set sont tout à fait conciliables. Il passe Mighty Real de Sylvester en remuant son popotin avec grâce, et achève de rendre le public complètement fou en enchaînant avec une grosse et grasse instru rock, qui marquera d’un point final cette nuit mémorable. On se souviendra aussi longtemps du set de Lil’ Louis, d’une force et d’une cohérence rares, à en faire pâlir les murs, et du live d’Islam Chipsy et EEK. Fort d’un synthé et de deux batteries, le trio nous a tenu en haleine des premières aux dernières notes.

AL

1 Comment

  1. C’était un show sans pareil ! Trop heureux d’y avoir assisté jusqu’à la fin pour apprécier chaque miette.

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