Rencontre avec Loyle Carner

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C’est en néophyte du rap game que j’ai rencontré ce brin d’Angleterre qui sonne si bien. Loyle a mis le feu au Pop Up du Label ce soir là, mais avant ça il a pris le temps de nous expliquer un peu pourquoi le hip hop anglais est tellement au dessus du US  (haters gonna hate).

Élevé dans l’est londonien, il commence la musique à 9 ans avec la trompette, très influencé par son professeur il arrête au décès de celui-ci mais le jazz reste omniprésent dans ses beats. C’est Rebel Kleff qui mixe ses sons : «  c’est mon meilleur pote, il est la depuis le départ », ils partagent aussi le micro à l’occasion.

La musique de Loyle c’est une histoire de famille ; sa plus grande inspiration : sa mère. Elle l’a initié à la musique, elle a surtout eu les mots qui l’ont poussé à croire en lui. Il considère Kate Tempest, poète anglaise avec qui il a partagé la scène, comme sa grande sœur ; et ce n’est pas pour rien. Il l’a accompagnée en tournée et rappé sans musique: « c‘est beaucoup plus effrayant parce que c’est plus intime en quelque sorte, ça rend plus vulnérable, mais j’aime ça.».

Et en effet il ne joue pas les thug, sur scène il chauffe le public à coups de « clap your hands if you love your mum ». Ses chansons parlent de son ex, de ses potes, de son beau-père décédé dont il porte le maillot de foot. Il a volé nos cœurs avec un texte destiné à la petite sœur qu’il voudrait avoir : Florence.

Si sa fraîcheur et son humilité le font oublier, Carner n’est pas un petit. Il a enflammé Londres, Berlin et Bruxelles avant d’atterrir dans «  les grandes rues blanches » de Paris. Avant le concert il nous confie qu’il préfère généralement les petites villes où le public est moins gavé d’une offre démesurée dans la programmation musicale. Ca ne l’empêchera pas d’être plus qu’étonné que toute la salle du Pop Up connaisse par cœur ses titres.

L’été dernier il est passé par Glastonburry où il a joué son premier EP, A little late, signé chez AMF ( All My Friends). La préparation de son album devrait lui prendre l’année à venir. On y retrouvera Rebel Kleff mais aussi Thom Misch, quelques surprises nous dit-il.  « J’espère que ça sera comme mon EP, que ça sera aussi fidèle à moi-même. Mais ça pourrait être différent en certains points parce que bien sur j’ai grandi. » Une première track est sortie le mois dernier : Stars and Shards. Quand on lui demande qui sont ses influences musicales il nous dit que la plupart ne sont plus de ce monde, « and of course David Bowie was the best ». Il espère quand même pouvoir collaborer un jour avec Homeboy Sandman.

Loyle, c’est un poète, il écrit quand il est triste, pour se remonter le moral ( et ça rend plutôt bien) ; Shakespeare est un peu son père spirituel, c’est en tout cas sa principale influence en matière d’écriture. Pour lui les mots ont leur propre couleur, leur flow, c’est avec eux que tout commence. L’an dernier il a été invité à un festival au cours duquel il a donné sa patte à l’oeuvre poétique du très grand Gil Scott Heron qu’on connaît mieux pour sa musique. Pour Loyle « il n’y a pas assez d’espace pour la poésie. Après je comprends, c’est difficile de sortir de ce qu’on fait. C’est pas quelque chose de facile à écouter, ça prend du temps. ». Il nous a aussi parlé d’un ami londonien, Kojey Radical, un autre poète des temps modernes. « Il ne suit pas le beat, il suit simplement ses propres mots, ça lui fait comme un canevas. Il est brillant. »

Et puis mettons les choses au clair, ses collègues américains ne lui font pas peur : « J’ai l’impression que les mots sonnent mieux en anglais, en tout cas sur ce genre de musique. Je pense que c’est à cause de l’accent anglais, pour moi il porte les mots, c’est beau. »

 

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