Live report : dur de quitter Dour 💔

🔊  Qui a dit à Dour … (réponses au fil de l’article)

Jeudi, qui a dit : «  Vous aimez tous les sous-marins ? Qui veut faire un tour ? »
Vendredi, qui a dit (une tondeuse à la main) : « Qui c’est qui veut une nouvelle coupe de cheveux ? »
Indice : « Fashion, fashion, fashion, fashion show »
Samedi, qui a dit : « Quelles sont belles toutes ces poupées ! »
Qui a scandé : « Frites. Super frites. Frites belges. Super frites. Frites belges (…) »
Dimanche, qui a dit : « Arrêtez de me balancer des oinj et jetez moi des soutiens-gorge ! »

Jeudi, 19h45 :

💖 Les tentes à peine installées, après un long chemin depuis le parking 2 jusqu’au camping C (avec nos 10 kilos de duvets, bouffe, pastèque, alcool et autres tapis de sol sur le dos), on a envie de se faire plaisir et de se détendre. On se dépêche d’aller au Labo, retrouver Flavien Berger. Humble poète et musicien audacieux, il manie la langue française avec le cœur, dans une sincérité habilement voilée par son style surréaliste et énigmatique. En live, ce sont ses talents de conteur qui nous réjouissent le plus. Nous n’iront pas jusqu’à dire qu’il à une voix incroyable, ni même qu’il chante bien. Ce qui nous intéresse, c’est son aptitude à raconter des histoires en musique. S’il s’en sort plutôt bien sur scène, la prestation n’a pas grand chose à envier au disque (on regrette les projections à 360° de la Gaité Lyrique), jusqu’à ce que Jacques, passé sur la même scène quelques heures auparavant, vienne le rejoindre pour l’accompagner à la guitare sur certains de ses morceaux. Les deux univers se complètent parfaitement, le concert y gagne en vie et en dynamisme, on plonge dedans tête la première, et on poursuit le voyage en sous-marin.

Jeudi, 23h30 :

💖 Après l’apéro, les amateurs de house que nous sommes ont le sourire aux lèvres. À la Petite Maison dans la prairie vont se succéder Fatima Yamaha, Henrik Schwartz et MCDE. Pour faire court, impossible d’être déçu par ces trois là. Fatima Yamaha régale ses fans, qui hurlent de bonheur au début de chaque nouveau track, et deviennent fous dès les premières notes de « What’s a Girl to Do » (qui deviendra l’hymne officiel du camping C grâce au DJ du Redbull Boombus). C’est à voir, pour son sourire réjoui derrière son synthé, et pour son travail d’édit en live qui fait durer le plaisir et nous fait redécouvrir ses morceaux devenus des classiques. Mention spéciale à Henrik Schwartz qui nous surprend à chacun de ses passages. On reste plus nuancés pour MCDE qui nous avait habitué à mieux.

➕ Top : la cohérence du line-up et de son organisation ce soir là, aussi impeccable sur la frange house que techno avec l’enchaînement Nastia, Paula Temple et Dave Clarke à la Jupiler, qui n’a pas déçu les amateurs de noise et de techno « industrielle ». Cette application particulière est peut-être à mettre en relation avec le tournant très électronique qu’a pris le festival dans la direction artistique de ses nuits. Une programmation soignée, aussi pointue et éclectique qu’harmonieuse, digne des plus grands festivals dédiés au genre.

➖ Flop : on regrette l’absence de scénographie dans le chapiteau, et a fortiori sur la scène qui est nue en dehors du desk noir. C’est d’autant plus regrettable que la dite scène est relativement basse, et qu’on a très peu de chance de voir l’artiste si on est dans la deuxième moitié de la salle. La comparaison est vite faite entre les différents chapiteaux et l’impressionnante Red Bull Elektropedia, et il faut avouer qu’un set peut être très bien servi par son cadre et à tout à y gagner quand celui-ci est travaillé.

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Vendredi, 16h :

💖 Quand on arrive à la Cubanisto Dancing, nouveau chapiteau sur le chemin de la Balzaal, les gars de Salut c’est cool ont déjà bien marqué leur territoire. Une fois n’est pas coutume, les festivaliers défilent sur scène ; et au sens propre du terme. Le collectif d’ambianceurs, passé pro dans l’art de manier Paint, organise son « Fashion Show », invitant ses fans à venir se faire déguiser sur scène, voire à venir se faire faire une nouvelle coupe de cheveux, tout ceci étant rythmé par un dj set techno à leur sauce. Certains se voient affublés de tubes en plastiques scotchés sur le corps à la manière de…. rien, ça ne ressemble à rien, quand d’autre repartent danser avec une assiette en carton trouée en guise de visage. Après avoir déguisé plusieurs dizaines de personnes, le crew sépare la foule en deux pour faire apparaître un « catwalk » au cœur du chapiteau, et faire défiler les magnifiques spécimens qui sont passés sur scène, au son d’un bon gros kick des familles (pour booster leur confiance en eux). Un très grand moment.

Vendredi, 19h40 :

💔 Avides de La Femme, on arrive en avance à la Petite Maison alors que le groupe est en pleines balances. A quelques minutes du concert, on les sent un peu tendus, les tests son étant peu convaincants au niveau des voix. Quand ils reviennent sur scène pour le début du concert, deux des membres portent des jolies robes courtes et posent le décor avec une énergie communicative. On redécouvre leurs derniers morceaux, et les classiques qui fonctionnent toujours aussi bien. Pourtant, on ne les sent pas particulièrement à l’aise, et sur la plupart des morceaux, on peine à entendre clairement la chanteuse, parfois tremblante. Heureusement, la majorité de la salle connaît déjà les paroles et chante en cœur. Ce n’est pas le cas pour le morceau inédit au titre évocateur « Mycose », qu’ils jouent en avant première : on a compris le thème, et le délire (très bon délire selon nous), mais malheureusement pas toutes les paroles. Un live entre deux eaux.
Petit plus : entendre un bout de « Sphynx » a capella pendant les balances. C’était joli.

Vendredi, 22h :

💖 Peaches, à voir en live absolument. Généreuse, provocatrice, et vraie showgirl, elle nous en met plein les yeux, bien aidée par ses danseurs, déguisés en vagins géants pour l’interprétation de « Vaginoplasty ». C’est un enchaînement de loufoqueries et un combat pour les esprits libres qui se jouent sur scène, comme dans le public, où plusieurs fans font tomber le t-shirt au grand bonheur des photographes.

💔 Dur dur de passer après ça, et on doit avouer que ce soir là le line up de la Jupiler nous a semblé assez inapproprié, avec à la suite de Peaches le live de Floating Points, précédant lui-même le légendaire Richie Hawtin. Coincé entre deux bêtes de scène, à 23h30, soit l’heure où une bonne partie des festivaliers est déjà bien éméchée et prête à en découdre sur le dancefloor, le live de Floating Points n’a pas fait l’unanimité. Les impatients se cassaient la voix à coup de « Doureuuuuh » rendant concentration et écoute difficiles, beaucoup d’autres quittaient la salle, découragés, et on avoue avoir fait de même. Dommage de ne pas l’avoir fait jouer plus tôt, et pourquoi pas à la Petite Maison où son univers aurait sûrement mieux collé avec celui de Max Graef Band, par exemple.

💖 L’inénarrable Richie Hawtin a fini par nous réconcilier avec la Jupiler, avec une scénographie qui frôlait « l’egotrip », si l’on peut dire. Un jeu de lumière quasi christique le rendait incandescent au milieu de ses machines installées en angle aigu vers le public. C’était beau, et ça fonctionnait très bien avec une techno à la fois carrée et conceptuelle, progressive et entraînante, pour un live tout à fait enthousiasmant.

➕ Top : Très belle Last Arena ce jour là. On est passé voir Biga*Ranx qui s’en est très bien sorti et est parvenu à créer une belle bulle de bonne humeur autour de lui. Même diagnostic pour Mobb deep ; on s’attendait à un revival sans beaucoup de piment, mais le live s’est révélé plutôt jouissif. Le genre de live qu’on sait rare, et dont on a envie de profiter jusqu’au bout.

➖ Flop : On a encore le cœur serré pour Floating Points.

Samedi, 16h :

💖 On retente l’expérience Salut c’est cool, intrigués par le panneau « Dog contest » à l’entrée du chapiteau. À notre grand désarroi, pas de chien sur scène. Par contre, l’ambiance a bien changé depuis la veille : la Cubanisto est devenue une grotte mystérieuse, dans laquelle on pénètre à travers un rideau d’eau tiède qui tombe de son ouverture. A l’intérieur, les festivaliers portent des grosses branches d’arbres, reconstituant une forêt miniature, qu’ils animent au rythme d’une incantation à la gloire des frites belges. On n’a pas tout compris mais ça valait le détour.

Samedi, 17h30

💔 On quitte la Cubanisto en fans d’Odezenne pour les voir se produire à la Jupiler. Pour nous c’est un flop. Déjà, il y avait plus de branches d’arbres à la Cubanisto que de poupées gonflables devant Odezenne, et ça nous a un peu déçus après tout le teasing médiatique qu’avait suscité la campagne Kisskissbankbank qui devait faire de ce concert le plus gros rassemblement de poupées gonflables de Belgique. Au delà de ça, le show est assez mou, on s’ennui presque. Leur voix semblent étouffées, hésitantes, et s’harmonisent difficilement. Heureusement que le public est là pour mettre un peu d’ambiance.

Samedi, 00h :

💖 💖 Meilleur moment du festival : Hilight Tribe à la Cannibal. Une ambiance incroyable, des festivaliers qui savent pourquoi ils sont là, des artistes qui donnent tout, un chapiteau qui tremble au son palpable des trompes tibétaines et du didgeridoo. On aura beau dire, un bon concert de trance acoustique vaut toutes les basses du monde au niveau de la puissance et de l’effet quasi charnel qu’il produit sur les danceurs. La fête.

💖 Après ça, Daniel Avery aurait pu nous paraître un peu fade, mais on a finalement très bien accrochés. Le londonien parvient rapidement à créer une atmosphère toute particulière, sombre, voire inquiétante, sans jamais tomber dans la brutalité pour autant. Il a fini par nous hypnotiser complètement au fil de ses parfaites transitions, en faisant de chaque morceau la pièce évidente d’un puzzle bien à lui. Le set de Bicep est plus hétérogène, et on sent moins la patte des deux Dj et producteurs qui nous offrent tout de même une performance efficace alliant techno et house.

Dimanche, 17h30

💖 VALD nous demande si on a « encore du jus dans les pattes ». Sincèrement ? Pas vraiment. Mais lui et son MC ont tellement la patate qu’on s’en voudrait de ne pas y laisser nos dernières forces. Résultat, on se retrouve à courir d’un côté à l’autre de la salle avec le reste du public pour offrir au blondinet une belle imitation de poissons « perdus dans l’océan », on fait des selfies, on hurle « suce ma bite » comme des abrutis dégénérés entre deux chansons, et on devient complètement hystériques quand il nous interprète un son « jamais entendu, même sur mars », un morceau « jamais entendu, même ailleurs », qui sera enregistré et dont le clip sera tourné ici-même. Bref, le mec a franchement de quoi nous séduire, et on comprend qu’il quitte la scène avec une poignée de soutifs sous le bras.

Dimanche, 18h30

💖 Le soleil tombe progressivement sur la Balzaal où Kerri Chandler s’installe tranquillement. Le cadre est magnifique, le temps parfait, et une légende house nous tend les bras… Difficile de se plaindre. Le set n’est pas abracadabrant pour autant, Kerri privilégie les classiques sans prendre trop de risque, mais à ce moment là on ne lui en demande pas plus.

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Dimanche, 23h

💖 On entame notre dernière nuit par un excellent dj set de Popof qui nous impressionne par son aptitude à capter des publics très différents, du tekos à la boite du coin en passant par la belle Cannibal. À côté, Len Faki tout feu tout flamme sur la Balzaal nous fait un peu tourner en rond et fini par nous perdre. On va écouter le live de Superdiscount 3 à la Jupiler. Etienne de Crécy semble mettre tout le monde d’accord : c’est sympa, bien foutu et efficace, mais on a le sentiment qu’il joue sur le même terrain qu’il y a 10 ans et que, décidemment, on a déjà trop entendu « You ». Mr Oizo enchaîne avec un set complètement improbable et décousu, avec des hauts et des bas assez flagrants. S’il essaye sans doute d’imposer sa touche personnelle en jouant sur l’effet de surprise et de déconstruction des modèles dominants, il fini par nous épuiser et on décide de clôturer notre festival sur un tout autre style d’expérimentation avec DJ Paypal. Celui-ci joue aussi sur l’effet de surprise et d’hyperactivité musicale, version footwork. On apprécie son énergie communicative, mais aussi d’aller se coucher sur un set résolument wtf, à l’image du festival.

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Quand on reprend la route le lendemain, on ne s’est pas vraiment douchés depuis 4 jours, on a mangé près de 3 kilos de frites à la sauce andalouse (et s’il vous plait, arrêtez la mauvaise foi, qui n’a jamais rêvé de manger des frites à tous les repas?), on a chopé une insolation et on tousse tous en choeur. Mais qu’est-ce qu’on s’en fout ! Dour ne serait pas « Doureeeeuuuh » sans vos cheveux gras, votre odeur de transpi et votre maquillage qui coule : le meilleur moyen de profiter d’une programmation musicale aussi exceptionnelle, c’est d’oublier tout le reste et de ne penser qu’à s’aimer et s’amuser.

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Comme eux quoi :

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Texte et photos Alix Leridon 

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