Guillaume Perret : le saxophone transcendé

Guillaume Perret

Guillaume Perret

Pour son nouveau projet en solo, le saxophoniste Guillaume Perret continue de repousser les limites de son instrument à grands renforts de loopers et d’effets divers. Une démonstration technique et une expérience transcendante.

Aller voir Guillaume Perret en concert, c’est d’abord plonger dans une expérience visuelle. Sur scène, le saxophoniste pose littéralement ses valises et une accumulation impressionnante de pédales d’effets. Derrière lui, des corps de saxophones démembrés sont disposés tel un orgue, comme un symbole de la déstructuration de son instrument et de la polyphonie qu’il lui invente.

L’exploit technique de Guillaume Perret est de proposer un concert complet en solo, équipé de son saxophone ténor, d’un sampler et d’une quantité incalculable d’effets. Avec cette idée originale, Guillaume Perret construit son propre son. Ou plutôt ses propres sons, puisqu’il devient en capacité de concevoir toutes les voix d’un morceau. Son saxophone réalise alors un fantasme de musicien et se fait polyphonique. Bien plus qu’un simple homme-orchestre, le musicien devient compositeur et construit devant nous la trame de ses morceaux. Le pari est risqué. Sur scène, Guillaume Perret semble marcher sur un fil tendu entre son ambition artistique et la difficulté technique. Cette instabilité nous révèle la complexité de son aventure et renforce alors l’honnêteté de sa démarche.

Guillaume Perret

Ses morceaux sont des progressions fascinantes. Il joue une première mélodie qui devient une ligne de basse en passant à travers un filtre qui la fait tomber dans des graves surnaturels. Puis il ajoute un chant, un contre-chant, un solo emporté par cette base harmonique qu’il vient lui-même d’élaborer. Le spectateur a l’impression d’abord de regarder une performance. Au fur et à mesure que les voix se superposent, on oublie d’où viennent ces sons incroyables et on assiste alors à une expérience véritablement transcendante. Guillaume Perret réalise l’exploit de nous faire oublier qu’il est seul.

Une fois qu’une boucle est lancée, elle n’appartient plus au musicien. Elle est libérée de son interprète et s’en va directement toucher son public. On se laisse facilement emporter par cette musique qui semble venue d’ailleurs, notamment le très hypnotique Heavy Dance.

Si la technique peut s’avérer une contrainte tant la multiplication des boucles rend leur maîtrise extrêmement difficile, les compositions de Guillaume Perret jouissent d’une liberté artistique totale : on peut entendre des tonalités orientales, celles d’une fanfare de la Nouvelle-Orléans, de jazz contemporain, de funk ou encore de rock progressif. Comme avec son groupe Electric Epic, Guillaume Perret repousse les limites des genres. Son dernier album Free est un manifeste pour la musique libre de toute barrière. L’album enregistré raconte ses compositions, mais c’est sur scène qu’il les amène véritablement à la vie.

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