Borussia – “Kinda Love” ou Travolta au Boiler Room

En 2016 Borussia sortait son premier EP Gardient Groove qui nous introduisait à sa house brute et minimaliste, mettant en relief les défauts que l’on reproche au style housien en général (“qu’est-ce que c’est que ton “boum boum” répétitif ?” comme disait ma maman). Borussia avait accompli l’exploit de se démarquer et de proposer une patte particulière et immédiatement reconnaissable dans un milieu minimaliste où tous les morceaux se ressemblent fortement. Ce premier EP contenait un style frais et original, certes, mais surtout un gros potentiel encore inexploité.

Avec ce deuxième opus Kinda Love, Borussia ne passe pas à côté de ce potentiel et s’approprie les codes d’autres styles pour les mettre au service de sa propre identité sonore: une house, cette fois-ci, brute et éclectique, avec des sonorités disco, techno et French Touch. « Kinda Love » c’est un peu comme si Breakbot, Boston Bun et Gesaffelstein s’étaient rassemblés, à l’image des robots dans “Power Rangers”, pour faire une mecha-house. Paradoxalement, Borussia se sert de ce qui est à l’origine de la house (la techno et le disco) pour lui donner une nouvelle fraîcheur.

Le premier morceau éponyme de l’EP montre déjà la direction plus consensuelle que Borussia prend dans son nouvel opus. On retrouve les “high hat” saturés typiques de la house Borussienne accompagnés d’une basse disco et de samples vocaux qui rappellent les débuts de la French Touch. La combinaison de ces trois éléments donne un morceau terriblement efficace, un peu comme si Boiler Room existait dans les années 70’s.

“Kinda Love” on peut le traduire par “un peu d’amour” car les codes sympathiques du disco et de la French Touch sont dilués dans la percussion agressive de Borussia.

« Watch (I Got This) » est un morceau plus deep et agressif. En fonction de la progression du morceau, on ne sait pas si on est dans un morceau de house ou de techno. On frôle l’univers agressif et anxiogène de Gesaffelstein sans vraiment y entrer, puis on retrouve les high hats de Borussia qui nous ramènent dans son univers. C’est un morceau hybride, non pas dans l’utilisation simultanée des instruments, mais dans la structure temporelle du morceau alternant house et techno.

« Reel Back » est un track à la fois très Borussien et Kraftwerkien (l’auteur de cet article aime beaucoup inventer des adjectifs). Trois éléments principaux composent ce morceau : toujours la même percussion avec des high hats (décidément) saturés,  un riff au synthétiseur rappelant ceux de Kraftwerk dans les années 70 et enfin des vocals évoquant le hip hop. Un cocktail détonnant qui met en valeur les styles qu’il shake. En somme un morceau rétrospectif à l’image de son titre (“Rembobine”).

Avec « Mabrouk » c’est plus planant, mélangeant high hats (oui encore), longues notes de synthétiseur et riff répétitif évoquant la musique d’Etienne de Crécy. Un titre peut être moins original mais toujours efficace si on veut head banger en soirée house.

Avec cet EP, Borussia met les codes de la house au service de styles plus anciens, donnant une formule à la fois nostalgique et originale qui dépoussière le monde de la teuf. On attend avec impatience la suite.

Ed Banger Banger Records démontre encore une fois sa capacité à découvrir des perles avec un style pertinent, original et tout de suite reconnaissable. Respect.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *