Pourquoi aime-t-on la musique?

En tant que bestioles issues de millions d’années d’évolution, nos caractères sont le fruit d’une longue sélection orientée vers un seul but : se reproduire et faire en sorte qu’il y ait le plus d’individus possibles.

La peur est un mécanisme de survie sans lequel personne ne serait là aujourd’hui, le dégoût réduit nos chances de s’exposer à la maladie, la satisfaction provient du circuit de la récompense qui délivre du bien-être lorsque nous satisfaisons nos besoins fondamentaux, l’amour est un mécanisme de dépendance à l’autre pour optimiser la survie de l’enfant…

La liste est longue, sans tomber dans une vision simpliste et raccourcie qui expliquerait tout par l’évolution (beaucoup découle d’elle mais bien d’autres facteurs viennent complexifier ces comportements).

On peut ainsi lire la psychologie humaine à la lumière de l’évolution, et c’est justement ce sur quoi la psychologie évolutionniste se penche :

« Selon l’approche évolutionniste de l’esprit, un bon nombre des mécanismes psychologiques qui permettent à l’homme d’interagir avec son environnement sont des adaptations, au sens de la théorie de la sélection naturelle. Cela implique que ces mécanismes ont été sélectionnés par l’évolution pour leur capacité à répondre avec succès aux différents problèmes posés de manière récurrente par l’environnement physique ou social dans lequel l’espèce humaine a émergé »Mercier, H & Van der Henst, J-B (2007). Psychologie évolutionniste.

Mais alors quel intérêt évolutif à la musique ? Comment l’humain a-t-il pu développer une telle relation à la musique sachant que du point de vue de la sélection naturelle, chanter ou danser au temps des premiers hommes ne paraît pas présenter de gros avantages pour la survie. Du point de vue de la sélection sexuelle, la musique ne semble pas non plus déterminante. Pourquoi aime-t-on la musique ? A quoi obéit ce désir profond d’écouter des chansons, de danser ou de jouer d’un instrument ?

Papa Darwin

Darwin le père de la théorie de l’évolution pensait que la musique était antérieure au langage. Les premières vocalises de nos ancêtres auraient servi à faire la cour aux jolies femmes préhistoriques. Des sons gutturaux qui peut-être auraient donné naissance à la musique puis au langage.

La musique et la communication

La musique serait donc liée à la communication, elle conférerait un avantage en facilitant le lien au sein du groupe, avec un rôle éminemment social.

La musique garantirait une cohésion en créant une identité. De ce point de vue, elle présente un avantage évolutif et aurait pu être le fruit d’une sélection naturelle, les individus les plus réceptifs au plaisir des stimuli abstraits se liant davantage au groupe et assurant mieux leur survie. Cela expliquerait pourquoi les petits enfants sont si réceptifs à la musique et ont une capacité étonnante à absorber les mélodies et les rythmes.

Chercher dans l’émotion

L’étude de l’émotion provoquée par la musique pourrait répondre à la question pourquoi l’humain aime la musique. Si une aire spécifique à la réception et au décorticage de la musique dans le cerveau n’a pas été trouvée et n’existe sûrement pas, on peut tout de même étudier les effets émotionnels de la musique dans le cerveau, et dire à quoi sert la musique.

Si les émotions ont été façonnées par la nécessité de la survie, alors les capacités musicales de l’homme pourraient être liées à sa capacité à analyser les stimuli auditifs et à en déduire le danger ou le bien être, comme par exemple faire la différence entre le bruit d’une tempête et le glou glou d’un ruisseau.

Les études de Robert Zatorre et Anne Blood du Montreal Neurological Institute ont montré que les zones cérébrales des émotions musicales ne sont pas différentes des zones des autres émotions. De plus, en analysant les cerveaux de sujets qui écoutaient des musiques qui leur plaisaient, ces chercheurs ont démontré que les mécanismes de motivation et de récompense étaient activés, les mêmes qui produisent du plaisir lorsque nous réalisons quelque chose favorable à la survie (ces réseaux neuronaux permettent d’encourager l’individu à se nourrir ou à se reproduire). Mais pourquoi sont-ils activés avec la musique ?

Pour les deux chercheurs, c’est cette « capacité générale à donner un sens aux stimuli abstraits » qui a augmenté, ainsi que notre capacité à en retirer du plaisir, d’où le développement d’une telle relation de plaisir à la musique.

« Acoustic cheesecake »

Le fait que l’espèce humaine soit tant attirée par la musique ne relèverait peut-être pas d’une adaptation utile à la survie mais d’un effet collatéral d’autres caractères. C’est ce que soutient le psychologue cognitiviste Steven Pinker avec son expression « acoustic cheesecake ». Il compare le plaisir de la musique au plaisir du cheesecake (que tous ne partagent pas mais on comprend l’idée). Si on trouve le cheesecake délicieux c’est parce que l’homme est programmé pour être attiré vers le gras et le sucré. En effet la plupart de nos caractères ont été acquis durant le pléistocène (compris entre 2 millions et 10 000 avant J.-C.), période où le gras et le sucre sont relativement rares, d’où une très forte appétence de l’humain pour ce genre de nourriture, ainsi motivé à partir en quête.

Aujourd’hui, nous utilisons notre goût prononcé pour le sucré en préparant de beaux gâteaux, mais l’évolution n’a plus rien à voir là-dedans.

De la même manière, selon Steven Pinker, les capacités cognitives qui font que la musique puisse déclencher tant d’émotions ont été sélectionnées pour d’autres raisons que produire du plaisir. Mais puisque l’un des effets de la musique est justement de déclencher toutes ces émotions, elle est devenue une des activités principales des hommes. Mais ce ne serait pas le but premier de la musique, ce serait juste un effet heureux qui nous rendrait en conséquence dépendants à la musique. 

Une question simple et une réponse complexe

Un bon nombre de théories tentent de répondre à cette question, et même si certaines sont très vraisemblables, elles doivent encore être étayées par d’autres recherches. Mais musique et neuroscience ont encore beaucoup de choses à se dire. En attendant, que ce soit dans un concert ou en jouant « Au clair de la lune » avec notre flûte à bec, on se dit qu’on est bien contents d’éprouver tant de choses grâce à la musique, et qu’au fond, peu importent les raisons…

Sources

http://cogweb.ucla.edu/Abstracts/Carroll_C98.html

http://www.futura-sciences.com/sante/dossiers/medecine-aime-t-on-musique-929/

https://www.youtube.com/watch?v=coGfGmOeLjE

http://phenomena.nationalgeographic.com/2013/04/11/why-does-music-feel-so-good/

https://psitec.univ-lille3.fr/wp-content/uploads/2015/pdf/Lafargue_Psychologie_Evolutionniste.pdf

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