« Skiptracing » de Mild High Club : mélancolies de pop indolen

Les murs du Mild High Club sont bleus comme le jazz. Mais la musique, dans l’air, sonne comme une symphonie lascive, nostalgique. Vous apercevez déjà, au fond, un type avec une moustache, des cheveux de paille, une allure de beatnik moderne. C’est Alex Brettin. Présentations.

Alex Brettin est entré dans la musique par le jazz, et a fini dans les bras de Mac Demarco, un pote, sur les tournées duquel il a l’habitude de jouer de la guitare. Le garçon a débarqué avec un premier album Timeline , signé sur le légendaire label Stones Throw  Records dans une LA regorgeant des artistes les plus fous. Le leader de Mild High Club a su s’entourer d’un mentor, Ariel Pink, et d’un groupe partageant sa vision de la musique. Ayant en 2016 la volonté d’expérimenter, dans les drogues comme dans le son, Alex Brettin est arrivé sur son Skiptracing  en roue libre.

Si Timeline  avait dans le son un côté purement lo-fi, cru, le LP de 2016 est plus sophistiqué, peut-être mieux léché : le musicien a trouvé son identité et sa voix. Rappelant en interview les grooves de Steely Dan, il préfère dans l’album la guitare sinueuse d’Harrison aux évidences mélodiques du duo Lennon/Mc Cartney. Pendant les séances d’enregistrement, il insuffle un jazz qui pouvait manquer aux chaudes ambiances de Mac Demarco. Il travaille, plus que son ami peut-être, la couleur du son – une couleur, comme la note, bleue. Il sort donc, de ce second opus un concentré d’une mélancolie toute psychédélique qui s’épanche en indolences américaines sur 30 courtes minutes.

L’album commence par ce que Benjamin Scheim de Pitchfork a nommé « a heavenly, psychedelic triptych ». On passe de la chanson éponyme « Skiptracing » à « Hommage » sans ouvrir les yeux et on arrive à « Carry me back ». Le passage se fait sur des guitares fuyantes, sur des envolées de synthétiseurs à la Todd Rundgren, sur une batterie filtrée aérienne. « Carry me back » sonne comme s’il fallait revenir au monde, après le rêve. Mais on peut tout à fait y rester. Le groove de « Tesselation » n’a rien à envier aux chansons précédentes, assumant parfaitement son refrain pop 70’s. La suite est pleine de surprises, « Head out » est totalement jazz, « Kokopelli » nous ramène directement dans l’atmosphère de rêves fiévreux du LA des années 80.

Là où pour certains groupes le second album est une épreuve fatale, le Mild High Club d’ Alex Brettin s’est affirmé. En gardant la patte du premier album, Skiptracing a dépassé son petit frère en osant un pas dans l’inconnu. Si le « Mile » High Club sert en argot américain à désigner la communauté des personnes ayant déjà fait du sexe dans un avion en plein vol, le groupe de Brettin vous offre un équivalent terrestre physiquement chaste, musicalement orgasmique.

credits photos : www.sourdoreille.net ; www.matmag.net ; www.lecanalauditif.ca ;

credits : http://pitchfork.com/reviews/albums/22241-skiptracing/

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