La fête est-elle vraiment finie pour Orelsan ?

Orelsan – Crédit Jean Counet

Le nouvel album du rappeur inclassable se positionne comme l’aboutissement d’une carrière commencée au milieu des années 2000 et couronnée d’un succès commercial retentissant en avec Le Chant des Sirènes, deuxième volet d’une trilogie amorcée en 2009 avec Perdu d’avance, et  qui s’est conclue le 20 octobre avec la sortie de La Fête est Finie.  À travers ces trois derniers albums, on constate une récurrence de thèmes propres à l’artiste tels que la flemme, un traitement controversé des femmes, une critique toujours acerbe d’une société qui pourtant a contribué à son ascension fulgurante…

La Fête est finie apparait ainsi comme un bilan anticipé sur une carrière brillante et offre une occasion au rappeur de porter une réflexion sur la poursuite de celle-ci. Le regard porté par Orelsan est plutôt sombre et pessimiste, ne s’agit-il pas en effet pour lui de demander ouvertement « quand est-ce que ça s’arrête », comme le dit si bien le titre de l’un de ses morceaux ?

Un paroxysme du pessimisme ?

On percevait déjà une amertume frappante envers la société de consommation dans l’album « Le Chant des Sirènes » sorti en 2011, une thématique qui participe à la marque de fabrique d’Orelsan, considéré comme un rappeur flemmard et engagé. Ainsi, ces particularités se retrouvent au cœur de La Fête est Finie, notamment avec le track « Tout va bien » qui dépeint de difficiles réalités sociales de manière très sarcastique : il suffit d’en écouter les premières phrases de chaque couplet : « Si le monsieur dort dehors, c’est qu’il aime le bruit des voitures » / « Si la voisine crie très fort, c’est qu’elle a pas bien entendu » / « Si les Hommes se tirent dessus, c’est qu’y’a des vaccins dans les balles ».

Des collaborations audacieuses

La nouveauté principale de cet album, qui constitue par ailleurs son point fort réside dans les collaborations avec des artistes variés et surtout dans la qualité des morceaux qui en résultent. Ainsi, on y retrouve le featuring tant attendu avec Nekfeu avec le morceau « Zone ». A travers ce titre, on croit retrouver le rappeur que l’on avait découvert au sein des Casseurs Flowters qui ponctue ses couplets d’humour et de pointes d’arrogance. Il est intéressant de remarquer que la partie rappée par Nekfeu est d’une longueur assez conséquente et d’une grande qualité, ce qui éloigne les soupçons d’une collaboration prétexte, à seule fin commerciale.

On peut par ailleurs souligner la contribution du rappeur Londonien Dizzee Rascal, qui ajoute un degré de diversité à ce track grâce à son rap de qualité aux accents différents.

Plus surprenant : le morceau « Christophe » en featuring avec Maître Gims un rappeur aujourd’hui plutôt tourné vers le grand public. Orelsan joue de la question de la « mauvaise musique populaire » dans le refrain du morceau lui-même (« Christophe Maé, Christophe Maé, Christophe Maé, Keen V ») et c’est en cela que cette collaboration est un choix audacieux. Ce morceau mise en grande partie sur l’humour et se moque ouvertement de la chanson française telle qu’on la connaît aujourd’hui.

Enfin, le featuring avec Stromae intitulé « La Pluie » joue sur des notes plus mélancoliques dans les parties rappées et les refrains chantés par Stromae ajoutent une certaine fraîcheur par leur caractère entraînant.

Coup de coeur / Coup de gueule

Pour ma part, les morceaux les plus réussis sont Défaite de famille et San (autoportrait touchant par son authenticité, sombre et très bien mené), Zone (excellent en tous points de vue, tant au niveau des paroles que de l’instru), Paradis (retour au calme, un des seuls morceaux positifs).

Les moins réussis seraient La Fête est Finie (trop d’autotune dans le refrain et paroles moins recherchées) et La Lumière (mélodie peu entraînante à mon goût, un optimisme qui vient perturber la dynamique cynique de l’album).

Orelsan, La Fête est Finie (Wagram Music)

Article de Léopoldine Goy

 

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