« Le volume 2 est pour moi meilleur que le précédent » – Le Gorille a rencontré Isha

« Le volume 2 est pour moi meilleur que le précédent »

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Isha au MaMa Festival – Mathias Breteau pour Le Gorille

Au lendemain d’un concert survolté aux Folie’s Pigalle, le rappeur belge Isha s’est confié au Gorille dans le cadre du MaMa festival. L’occasion de parler du deuxième volet de « La vie augmente », prévu courant décembre, de spiritualité, mais aussi de sa conception de la musique et de la scène belge

Le Gorille : Tu as sorti un projet qui s’appelle « La vie augmente », peux tu nous dire ce que tu entends par ce terme ? Est ce que ta vie a réellement changé ?

Isha : La vie commence à changer tout doucement. Le concept de « La vie augmente » c’est l’histoire d’un mec d’en bas qui décide de faire le pari d’augmenter la vie. Chacun y va de son augmentation, mon augmentation à moi c’était déjà de prendre du recul avec l’environnement dans lequel j’étais, de mieux m’entourer et de travailler. C’est un état d’esprit, une sorte de rage de vaincre et de s’en sortir que je m’applique en tant que rappeur. C’était une sorte de pari risqué où j’ai du mobiliser beaucoup de confiance en moi. Il y a 1 an 2 ans on ne pensait pas qu’on en serait là.

LG : On voit dans ton travail que tu réserves une large place à l’esthétique notamment par le biais de clips vidéo que tu déclines en épisodes. Pour ce projet en chapitres, quelle est la place de l’image dans ton processus créatif ?

I : Concernant le visuel, je choisis un réalisateur et c’est lui qui construit tout. Je n’aime pas diriger. Je laisse s’exprimer des gens que je trouve bons dans leur domaine. Même pour les producteurs et les beatmakers je préfère être dans le partage. Chacun s’adapte pour qu’il y ait un échange constructif. J’ai travaillé dernièrement avec Willy Crank qui faisait à l’origine des vidéos de skate et de surf et je suis tombé amoureux de son image et de la manière dont il faisait passer des émotions. Je l’ai laissé s’exprimer.

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LG : Quel est ton rapport à l’écriture ? Lorsqu’on écoute tes morceaux on sent une sorte de spontanéité dans les thèmes et dans la façon dont tu les abordes.

I : En ce qui concerne l’écriture, ca part de flashs, d’images et de situations. Je me demande comment vais-je pouvoir exprimer cela en quelques mesures et en rimes. C’est très spontané effectivement. Nous les rappeurs, on aborde souvent les choses d’un même angle. Par exemple on entend souvent dans le rap : « moi je baise la meuf des autres ». J’ai fait un morceau qui s’appelle « J’ai des doutes sur ma meuf » où je me mets dans la peau du mec qui se fait trompé. En réalité, les rappeurs mentent un peu, tout le monde a déjà été parano pour x raison. De fait, j’essaye toujours de trouver un angle un peu décalé pour proposer quelque chose de différent. Je pense que c’est ça que les gens apprécient vu que je ne suis pas très pudique. Ma musique c’est comme un journal intime, je peux dire des trucs de oufs sur moi, ma famille car c’est de l’artistique avant tout.

LG : Tu rappes mais tu chantes aussi, c’était une volonté que tu avais déjà dès le départ ?

I : Selon moi il ne faut pas livrer toutes ses cartes d’avance. C’est ce que je reproche a des artistes qui peuvent être super créatif. J’ai fréquenté beaucoup de chanteurs par le biais de mon label où j’ai eu l’occasion d’écrire pour eux mais aussi d’apprendre quelques techniques. Je suis un peu timide vis-à-vis de ça dans le projet mais dans le volume 2 je me lâche beaucoup plus.

LG : On entend souvent parler de la scène belge en ce moment. N’est ce pas une expression qui t’agace, mettant de côté chaque individualité propre ?

I : Je pense que les journalistes n’ont pas encore tiré ça en longueur mais il faudra à un moment donné clore le chapitre. C’est normal de présenter une scène car ça ne fait qu’un an, un an et demi que ça dure. Dans les six prochains mois on aura le droit à des articles qui traiteront plus de cas particuliers, d’autant plus qu’on ne se sent pas tous représentatifs de la scène belge. On nous colle un peu une étiquette. De l’autre côté, ça fait plaisir qu’on parle de Bruxelles.

LG : On ressent dans tes morceaux un certain attrait pour la spiritualité, te sens-tu chargé d’une quelconque mission ?

I : La première mission c’est de m’exprimer et dire ce que je ressens. Après c’est vrai que je parle beaucoup de ça, je me suis même dit que c’était trop (rires). C’est que dans ma musique tout part du relationnel : la famille, les potes et la rue, les femmes et puis la spiritualité. Je crois au destin et cela se ressent dans ma musique.

LG : En effet, tu fais référence dans un de tes morceaux à Job (personnage de la Bible qui représente le Juste mais est aussi prophète dans le Coran).

I : Je suis fan de l’histoire des prophètes notamment par le biais du cinéma. Je trouve que dans l’histoire des prophètes il y a beaucoup d’enseignement à tirer. Personnellement, comme je suis le dernier d’une famille nombreuse, je me suis souvent identifié à Joseph qui a pardonné ses frères de l’avoir abandonné car tout le monde peut se sentir délaissé par ses frères de sang ou de la rue. J’ai été initié au pardon. J’aime bien puiser dans ces références-là, que ce soit dans la Bible (mon père était catholique) ou dans le Coran (je suis musulman).

LG : Est-ce-que la scène est pour toi quelque chose qui se réfléchit en amont et qui te permet de te réaliser artistiquement ?

I : Pour l’instant, c’est vraiment ce que j’aime le plus. C’est incroyable. Je ne savais pas que j’allais autant apprécier et que j’allais recevoir autant d’émotions. Je crois que c’est grâce à la scène que j’ai écris le volume 2 en quatre mois. La scène est devenue une source d’inspiration à part entière.

LG : Comment vois-tu l’année 2018 qui arrive ?

I : J’espère que ça va continuer comme ça. On commence à avoir tous les outils nécessaires (éditeur, tourneur) pour pouvoir combattre avec les mêmes armes que tout le monde. J’espère qu’il va se passer quelque chose de plus gros d’autant que le volume 2 est pour moi meilleur que le précédent. Il me manque ce morceau qui pourrait défoncer des portes. Rien que la petite vie que je mène, le fait de travailler, de bouger un peu, de voir que les gens autour de moi sont fiers de moi, c’est déjà que du positif. Même si ça stagne je serai bien comme ça tout en espérant que ça aille plus loin.

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« La vie augment vol. 2 » est prévu pour le 15 décembre 2017. Stay tuned !

Article d’Anthony Tuete et Mathias Breteau (Pour suivre Anthony, c’est ici et ici)

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