/BOUKAN RECORDS/ Interview de BAMAO YENDÉ et FATAL WALIMA

Crédits : La Chambre Noire

Il en est passé du temps depuis les premières soirées YGRK KLUB. William aka Bamao Yendé revient pour Le Gorille sur la fondation de son label créé il y a maintenant un an, BOUKAN RECORDS, en compagnie de son ami et fidèle collaborateur, Fatal Walima. C’est avec douceur et sincérité, mais non sans conviction, que les deux artistes nous livrent leur vision de la musique et le récit de leur ascension progressive. Une affaire de famille en somme.

LE GORILLE : On a vu que tu étais très occupé en ce moment et que tu fais beaucoup de dates, qu’est ce qui a déclenché ton succès?

BAMAO YENDÉ : Je suis rentré en agence et j’ai joué à la Peacock et à Solidays donc les programmateurs sont devenus un peu plus friendly avec moi, ils sont plus bienveillants, il y a vraiment eu un déclic Peacock/Solidays qui m’a boosté. Et grâce à l’agence je tourne bien en France, d’ailleurs je joue au Sucre le 18 Novembre.

LE GORILLE : On a aussi remarqué ton apparition sur ID, c’est comment de bosser avec un média aussi influent que Vice?

BAMAO YENDÉ : C’est gratifiant et sympa de bosser avec eux, c’est le premier gros média qui a soutenu notre projet, ça a commencé par une interview avec Fatal autour du Grime. On est resté en contact avec les rédacteurs, on a développé une petite amitié avec eux et ils continuent à soutenir nos projets.

FATAL WALIMA : En fait ID France, c’est plus détente parce qu’on n’est pas au coeur du média qui se trouve plutôt à New York ou à Londres, ID France est assez libre.

LE GORILLE : Comment tu définirais le projet de Boukan Records?

BAMAO YENDÉ : On définirait le projet de Boukan dans la continuité du 1er collectif qu’on a monté : le YGRK Klub, qui est plutôt un collectif pluridisciplinaire qui regroupe plusieurs arts, là où Boukan est plutôt centré sur la musique qui nous tient à coeur.

LE GORILLE :  L’esthétique de Boukan est super originale (le clip de Chaleur est incroyable et les artworks aussi), comment est-ce que tu as trouvé cette identité visuelle? Qu’est ce qui t’a inspiré?

BAMAO YENDÉ : C’est un clin d’oeil à la chanson de Molare : Le Boucan. Notre identité visuelle est inspirée du coupé-décalé et de l’esthétique actuelle d’internet, on jongle entre ces inspirations. On veut rester fidèle au côté un peu cheap en essayant de donner un rendu cheap-travaillé.

LE GORILLE : Quel avenir tu imagines pour Boukan, des nouveaux projets, des résidences, des collabs, des grosses dates?

BAMAO YENDÉ : J’apprends à me projeter parce que c’est important. Au départ on vivait un peu le truc au jour le jour au fil des tracks qu’on envoyait. Maintenant on essaye d’articuler des trucs : là on va bientôt sortir une compilation best of avec nos sons déjà sortis pour fêter la distribution sur Spotify et Deezer, on passe en mode plus pro. On va aussi sortir une deuxième compilation avec des morceaux inédits de Fatal, Sottoh, et une re release de Fièvre avec des remix. Fatal va peut être bientôt sortir un EP aussi, j’ai écouté les tracks elles sont chanmés. On est entrain de monter un nouveau projet hybride : Bambtoubala (collaboration avec Magato Campbell , Steve-Anthony Imandy). Et on lance des nouvelles recrues comme Fannie Poupée qui va sortir elle aussi un EP bientôt.

À l’avenir on vise une hybridation hip hop et r’n’b plutôt que du son club parce que c’est une vibe hyper importante pour nous. La musique club c’est bien mais quand je suis chez moi j’écoute du r’n’b. C’est une part qui n’était pas assez présente dans le label du coup là on la développe et on la met plus en avant, on aura toujours les deux mais les prochaines sorties seront hip hop et r’n’b.

Il y a aussi le projet 97zoo de Prymat, lui aussi membre du YGRK, qui a vu le jour il y a pas très longtemps et qu’il veut développer. C’est un projet de percussions mélangées à de l’électronique. Sur scène il y a un DJ et un percussionniste donc c’est très sympa. Ils ont joué à l’Aérosol récemment c’était cool! La percussion africaine ajoute de la chaleur à des tracks de techno hyper droites et hyper froides, comme ça on peut garder le côté très sec du truc en le rendant chaleureux.

LE GORILLE : Vous êtes assez éclectiques dans les styles produits par Boukan Records, quels sont vos critères pour produire un artiste?

BAMAO YENDÉ : En fait dans Boukan on est 7, que des potes, on se parle normalement on fait du son pour le kiffe. Y a les mecs du YGRK : Fatal, Sottoh, Kabaka, ce sont tous mes potes proches. Quand un mec est sur Boukan je le défends, c’est comme une extension de moi. Je ne me vois pas me tenir garant d’étrangers.

FATAL WALIMA : C’est un peu la même dynamique qu’on avait avec le YGRK Klub, on travaillait ensemble parce qu’on était amis à l’origine donc on se faisait confiance. On teste des connexions nouvelles avec des invités quand on kiffe leur projet mais c’est avant tout un truc de potes, on connaît les personnes avec qui on travaille, on peut leur parler et avancer avec elles.

BAMAO YENDÉ : Dans boukan on traîne ensemble dans la vie de tous les jours et on fait du son ensemble c’est un bonus.

LE GORILLE : Chacun a un style propre, est-ce que vous identifiez des courants différents dans le label ou c’est un mélange au feeling?

FATAL WALIMA : On a tous la même base avec des accentuations différentes. On a un truc hip hop/r’n’b commun, quand on était petit on écoutait les princesses r’n’b, 50 Cent, Eminem, on a été tous éduqués par ça et après quand on est rentrés dans la musique électronique on est passé par plein de styles différents, on a affirmé nos goûts mais tout en restant ouverts. C’est pour ça que des projets comme Bambtoubala peuvent exister, ça peut paraître inattendu de la part de Boukan.

BAMAO YENDÉ : Nous on trouve que c’est assez logique en fait, c’est dans la continuité du projet.

FATAL WALIMA : C’est comme dans nos sets : passer du hip hop avec de la musique électronique, à partir du moment où ça se marrie c’est cool.

LE GORILLE : Tu as commencé au MaMa avec un Booba et pour terminer vers la fin, si je me souviens bien, avec Iamddb. Tu procèdes souvent en bouclage comme ça ?

BAMAO YENDÉ : Ca dépend de l’ambiance. j’ai pas vraiment de set up prédéfini, c’est plus au gré de mon feeling, de l’état dans lequel je suis, je trouve ça bien de brasser les styles, c’est important et puis c’est comme quand t’es en soirée avec tes potes, c’est comme à la maison.

FATAL WALIMA : Je pense que c’est important ce qu’il dit sur le fait de pas avoir un set up préétabli, il faut s’adapter au public et essayer de lui donner ce qui lui plaira.

BAMAO YENDÉ : C’est le public qui est roi quand t’es dj. T’arrives avec ta vibe mais le but est de faire danser les gens, pas d’arriver faire ton truc et partir, du coup c’est bien d’avoir plein de tracks pour pouvoir naviguer. Parfois les gens kiffent le r’n’b et un autre soir ils kifferont plus d’afro.

FATAL WALIMA : Il faut tenter des trucs, pas forcément coller au style qui était annoncé, balancer un style différent surprend positivement les gens.

BAMAO ET FATAL : C’est de la générosité!

LE GORILLE : On a remarqué pendant ton set au MaMa Festival que tu appréciais particulièrement les transitions brutales. Est-ce que c’est ta marque de fabrique ?

BAMAO YENDÉ : Oui c’est comme à la maison (rires). Quand j’ai un morceau dans le casque et que j’ai envie de l’écouter sur le moment, je cut. C’est quelque chose qu’on me reproche souvent. Je trouve que c’est bien de surprendre les gens. Après j’ai déjà fait des sets en after à 8h du matin et là je ne le faisais pas pour ne pas perdre le public. Je m’adapte, mais dans l’idée ce que je préfère, c’est la culture du djing un peu à l’anglaise avec des cuts rapides. Je trouve que ça rend le truc vivant.

FATAL WALIMA : Au contraire de quelque chose de tiède et de trop calculé, l’intérêt est vraiment de ressentir le DJ qui est derrière, même si c’est des maladresses. Le djing, c’est d’abord quelque chose de festif. Nous ne sommes pas des scientifiques.

BAMAO YENDÉ : Je préfère faire cinq ou six mauvaises transitions, parce que j’aurais tenté des choses, que de faire quelque chose de plat. Je pense que la prise de risque c’est important, c’est un parti pris. Si ça ne marche pas cette fois-ci ça marchera la fois d’après.

LE GORILLE : Même au niveau de la production, on a l’impression que tu restes très ouvert à ce qui se fait actuellement. Comment l’expliques-tu ?

BAMAO YENDÉ : On évolue en même temps que le monde qui nous entoure. C’est comme dans la vie de tous les jours. Tu grandis et tu apprends de tes erreurs. On mélange nos expériences au fur et à mesure pour arriver à créer quelque chose de propre et de singulier.

FATAL WALIMA : J’imagine que quelqu’un qui ne fait pas de musique mais qui en écoute va réagir de la même façon. Il va avoir ses moments, ses envies et ses phases. Je pense que c’est très important d’avoir des phases. Il y a des moments où tu bloques sur un artiste et d’autres où tu tournes la page. C’est comme ça que tu avances, que tu expérimentes et que tu te lances sur des choses qui peuvent être casse gueule ou pas. C’est bien de ne pas trop suivre de règles ni trop de principes.

LE GORILLE : Ton agence ne t’impose rien?

BAMAO YENDÉ : Non. Si j’ai choisi cette agence c’est parce qu’ils ont plus ou moins pris l’ensemble du label en management. C’est la seule agence qui m’a promis de faire travailler tous mes potes. Je voulais garder cette dimension familiale. Par exemple Fatal fait le Nova Mix Club le 24 novembre, le tout premier de la saison. Le but c’est d’avancer ensemble et en équipe.

FATAL WALIMA : C’est que de l’amour (rires).

LE GORILLE : Du nom du label jusqu’au blaze des membres de Boukan Records, on sent une volonté de revendiquer une identité africaine. Qu’est ce que cela symbolise pour vous ?

BAMAO YENDÉ : Je suis un enfant de la diaspora et mes parents sont immigrés. Je suis né en France mais depuis que je suis petit, ils m’éduquent plus ou moins « à l’africaine » comme on dit. Je suis un peu des deux. Je connais tous les codes de la société française mais musicalement je suis plus proche de la musique africaine. Je fais des aller-retours entre les cultures. Je pense que c’est important de défendre cela.

FATAL WALIMA : C’est comme tout à l’heure lorsqu’on parlait de musique que l’on écoutait lorsqu’on était plus jeune. On a tous les deux baignés dans des cultures différentes, lui africaine, moi arabe. Ce n’est pas quelque chose dont je peux me défaire, cela fait partie de moi. Aujourd’hui, on ne peut pas dire que la musique électronique se fait sans les musiques africaines. Que ce soit en Afrique noire ou dans les pays du Maghreb, les percussions répétitives, ou même les mélodies, sont omniprésentes.

BAMAO YENDÉ : C’est quelque chose que l’on retrouve partout. Quand on regarde aux États-Unis, avec Drake par exemple et toute la trap que l’on entend, le rap américain est beaucoup plus saccadé qu’il y a trois ou quatre ans. La musique africaine est reprise dans beaucoup de styles différents.

LE GORILLE : Aurais-tu des conseils donner à ceux qui rêvent de monter leur label ?

BAMAO YENDÉ : Entourez-vous de vos amis et faites ça avec le cœur, je dirais. Je pense que le plus important c’est d’être bien entouré et être patient. On a l’impression que les choses se sont passées rapidement pour nous mais il ne faut pas oublier que ça fait déjà quatre ans avec le YGRK KLUB. On a déjà fait des soirées où il n’y avait personne. « On a pris des coups, mais on est toujours resté debout » (rires).

LE GORILLE : On voit dans tes projets que tu laisses une grande place à la voix. Est-ce que ça te plairait de collaborer avec des chanteurs ou des rappeurs ?

BAMAO YENDÉ : J’ai produit trois ou quatre chansons sur l’EP de Fannie Poupée, donc ça arrive. Il y a Massacre aussi qui va poser sur des prods de garage pour faire un retour à l’essence même du truc et pour réinterpréter ça à notre sauce. Je fais aussi des prods pour le nouveau projet, Bamptoubala, donc oui, à terme, j’aimerais bien sortir un peu de la musique électronique pour aller vers le milieu du hip-hop. Je pense qu’en ce moment je produis 70% de hip-hop et 30% de musique club quand je suis chez moi. Je pose ma voix sur mes morceaux ce qui rime plus à de « l’ambiançage » mais j’aimerais bien chanter aussi. Sur les projets à venir on entend, de fait, plus ma voix.

FATAL WALIMA : Il y aura une soirée le 8 décembre pour présenter toute cette partie chantée et voir les artistes sur scène, notamment avec la dernière venue, Fannie Poupée, mais aussi Bamptoubala …

BAMAO YENDÉ : Ça sera notre première vraie soirée live dans une salle de concert.

LE GORILLE : Est ce que vous seriez chaud pour éventuellement mixer à un de nos prochains évènements ?

BAMAO YENDÉ : Avec grand plaisir !

FATAL WALIMA : Une seule réponse, l’amour ! (Rires).

En leur souhaitant le meilleur, on attend ça avec impatience ! Stay tuned !

Article d’Anthony Tuete, Louise Germain et Mathias Breteau (Pour suivre Anthony, c’est ici et ici, Louise c’est par ici)

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