La fête est-elle vraiment, vraiment finie pour Orelsan ?

Au Gorille vous l’aurez vu, on écoute de tout et on est tous très différents. C’est notre force. On est tellement différents qu’on a jamais les mêmes avis sur nos artistes favoris. On vous laisse avec ce droit de réponse à notre article sur le dernier album d’Orelsan.

Crédits photo : Pochette de l’album, société HK Corp

 

« Ok. J’ai demandé à Skread de faire une instru simple. Parce que j’vais dire des trucs simples. Parce que vous êtes trop cons. »

Voilà comment Orelsan nous a vendu son grand retour pour un troisième album. En prétendant redonner les bases à son audience, au travers de « Basique » et de son plan-séquence de 3 minutes sur un pont en construction.

Et puis l’album arrive sur les plateformes de streaming à minuit. On l’écoute au pas de course, forcément d’une seule traite. Au début, on est presque déçu face à l’espoir d’un Chant des sirènes n°2, donc on se le repasse. En fait, c’est en le réécoutant (en boucle on doit bien l’admettre) qu’on a vraiment pu prendre goût au « troisième volet d’la saga ». On est rapidement frappé par une chose : l’album est très cohérent. C’est franchement assez rare de se dire ça à propos de l’album d’un rappeur, donc ça vaut le coup de le noter. Cohérent dans l’enchainement des chansons, des messages, de ce qu’Orelsan véhicule. Cohérent dans les instrus, dans les rythmiques. Cohérent dans la trilogie.

« – ceux qui prétendent que cet album est son premier opus joyeux peuvent d’ores et déjà se rhabiller. »

L’album s’ouvre sur le chef d’œuvre qu’est « San » et nous envoie directement dans l’ambiance – ceux qui prétendent que cet album est son premier opus joyeux peuvent d’ores et déjà se rhabiller. Les tracks s’enchainent alors qu’Orel se promène dans une rétrospective de son passé, comme une analyse du déroulé de sa vie. Il constate à nos côtés que sa vie a changé, les gens autour de lui aussi : la fête est finie, en quelque sorte. C’est pour cela qu’il retourne vers là où il se sent en sécurité. Des fêtes de familles aux rues à la pluie de Caen qu’il aurait tant arpentées pendant sa jeunesse. En 2011, dans son album « Le Chant des sirènes », Orelsan racontait que s’il faisait une chanson d’amour ce serait pour dire qu’il n’existe pas. Là encore il a changé, en consacrant deux titres à la personne qui l’accompagne depuis plusieurs années.

« La Fête est finie » est réellement une rétrospective de sa vie, ce qu’il a aimé faire, ce qui a changé, ce qui n’a pas changé, les erreurs qu’il a faites au cours de sa vie. Il dédie même un titre à ces dernières : « Notes pour trop tard », où il conseille son jeune soi sur comment appréhender les choses de la vie, qui clôturera l’album sur des notes d’apprentissage – quoiqu’exotiques sur la voix des jumelles d’Ibeyi.

On avait l’habitude des punchlines, des kicks, des poésies acerbes sur la dépression et une sensation de vacuité face au monde. On avait l’habitude de l’entendre parler de sa vie quotidienne, de ses galères en soirées, avec ses potes, avec les meufs.

« Mes ex-fans déçus cherchent le Orelsan du début mais moi-même j’crois que j’l’ai perdu »

Dans « Le Chant des sirènes », chanson éponyme de son second album, Orelsan résumait déjà bien la situation de pas mal de ses fans. Manque de bol, « La Fête est finie » n’a pas vocation à le retrouver. Si c’est un carnet de bord de ses écueils du passé, c’est surtout un passage à l’âge adulte. Un moment de contemplation, un instant où Orelsan se retourne une dernière fois avant d’avancer : son passé, sa ville, ses fantasmes, dans le registre d’une nostalgie parfois mélancolique, toujours douce-amère.

« Un jour, tu t’écrases et t’atteris dans la vraie vie », « un jour, tu trouves », « un jour, tu réalises », « un jour, tu t’rends compte ».

« La Fête est finie » – encore une chanson éponyme – est l’incarnation de ce moment, qui va définir tout l’album.

S’il reste néanmoins quelques touches de déceptions dans cet album, elles sont bien éparses. On peut reprocher à « Défaite de famille » d’être un peu commerciale, on peut déplorer le couplet de Dizzee Rascal dans « Zone » qui casse un peu le rythme qui s’était installé entre Orelsan et Nekfeu. Certains auront hurlé d’effroi en entendant un peu plus d’autotune que d’habitude, et a fortiori en tombant sur un featuring avec Maître Gims ; mais nous très franchement on valide.

Au final, cet album sonne un peu comme l’expression de l’âge de raison pour Orelsan, d’une maturité durement acquise depuis « Perdu d’avance » en 2009. Et en même temps, c’est vrai qu’il a changé, mais c’est peut être pour le mieux.

Article par Octave Lagrange

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